Catégorie : Açores

  • Acores – 3 – Graciosa

    Acores – 3 – Graciosa

    Nous quittons Sao Jorge sous des abords lugubres : des lambeaux de nuages accrochés aux sombres falaises, donnent à la pointe de Rosais une allure fantomatique.

    Graciosa, apparait tout de suite plus douce et rieuse : Ce grand bâtiment, au sud de l’ile, ce sont les Thermes de Carapacho, zone balnéaire réputée pour sa source d’eau chaude soufrée et ses piscines naturelles. 
    Puis le phare de Carapacho, les iles de Baixa et Comprido, réserves naturelles, les flancs de la Caldeira, habillés de pâturages pixelisés,

     des maisons anciennes, traditionnelles, des champs…et enfin, le village de Praia, qui comme son nom l’indique, abrite la plus jolie plage de l’île. 
    Les moulins rénovés, témoignent du passé agricole de l’île : on les prendrait facilement pour les tourelles bâbord d’entrée du port!
    Aujourd’hui, petite journée de navigation entre Faial et Graciosa, nous avions une mission : terminer le dernier des 74 devoirs de Victor, à rendre au CNED au plus tard le 15 juin-dans 2 jours donc…! Comme le sujet d’art plastique ne l’inspirait pas, nous nous y sommes tous mis en famille :
    SUJET : « Construire, avec des matériaux de récupération, une maquette d’une construction, pour des hommes qui vivraient sur une planète où les intempéries n’existent pas, et où leur seule quête est celle du bonheur…. » Gloups, le sujet est un peu intimidant pour un ado qui bosse tout seul.
    Nous voilà tous les 4 (Loic se concentrait sur la navigation…), à lancer nos idées, et les mettre sur papier sous la forme d’un mindmapping. Puis à imaginer les différents éléments du projet, les matériaux à notre disposition, limités à la « poubelle de recyclables » du bord, et la caisse de bricolage des enfants.
    Au final, en 5 à 6 heures de travail collectif, sous la supervision de Victor, voilà notre résultat :
    • Une maison assez simple, pour s’isoler, s’instruire, avec une bibliothèque et une terrasse pour regarder les étoiles.  En brique de lait, batonnets de bois, cure-dent, pâte à modeler
    • un grand jardin en pleine nature, avec un verger pour les fruits, un potager, en pâte à modeler, papier de soie, bouchon de liège, 
    • une cascade pour se laver, un bassin pour l’agrément, des tables, un feu de camp et un BBQ pour cuisiner avec convivialité, des hamacs pour se reposer, avec des arbres pour attirer les oiseaux, en boite de récup’ en métal, flacon de crème, carton, papier de soie….
    • une plage de surf pour être au plus près des éléments, quelques animaux d’élevage, chats et chiens pour la compagnie : voilà pour Victor le concept du bonheur!
     
    Quelques jours plus tard, le résultat tombe : 17/20, on peut être fiers! L’enseignant n’a visiblement pas sanctionné Victor pour le travail collectif réalisé en famille, mais a souligné l’engagement dans le travail et l’effort de mise en forme.
    L’année de CNED se termine, après 8 mois de travail sans discontinuer, 84 devoirs rendus dans 11 matières. Un vrai marathon dont il se tire avec les honneurs, sans une seule impasse, avec de bons résultats dans toutes les matières, et surtout de solides bagages pour entrer en seconde au lycée l’année prochaine.
     

    En fin d’après-midi, je descend à terre avec Loïc pour les formalités. La réglementation aux Açores exige de se présenter dans chaque nouvelle île aux gendarmes : c’est fastidieux certes, mais l’accueil est sympathique.

    la Gendarmerie de Praia

    Je rapproche cela des traditions polynésiennes, de la « coutume », qui veut qu’à Fidji, en Nouvelle-Calédonie, ou au Tonga, il faille se présenter au chef du village pour y faire un cadeau, ou simplement dire qui nous sommes, d’où nous venons, où nous allons. En tant que voyageur, il me semble que c’est la moindre des politesses.

    Il faut dire qu’aux Acores, la paperasse est réduite, et c’est le gendarme qui s’en charge. Dans d’autres pays, les formalités sont interminables (Afrique du Sud), le douanier particulièrement revêche (Antigua), on nous trimbale de bureau en bureau (Bali), le contrôle sanitaire est une épreuve de stress (Nouvelle-Zélande), encore plus quand les plongeurs inspectent la coque à la recherche de coquillages indésirables (Galapagos)…. Oserais-je extrapoler et dire que le degré de civilisation d’un pays est proportionnel à la qualité de son accueil? On verrait dans ce cas Antigua et l’Afrique du Sud tout en bas de la liste, et la Polynésie Française, tout en haut, avec une mention spéciale pour les îles des Antilles françaises où les formalités d’entrées peuvent se faire via un ordinateur chez un commerçant!! Une des raisons pour lesquelles nos îles d’outre-mer sont si prisées par les navigateurs étrangers.
     
    Nous profitons d’être à terre pour faire un rapide tour du front de mer : la plage publique est équipée comme celle d’un hôtel 4*le port de pêche, 

    Le lendemain, il fait très beau!

    Moby mouillé au pied de la Caldeira

    Nous partons à l’assaut de la caldeira, ce cratère qui domine l’île de Graciosa.
    Avant d’y accéder, nous devons marcher 2km sur les petites routes, à travers les hameaux d’un quartier très rural :
    chacun cultive son potager, ses vignes, et élève vaches ou chèvres.

    Graciosa fut pendant quelques siècles le grenier à blé – et à maïs- des Açores, en témoignent ici ces anciennes meules de pierre, et les moulins, que l’on trouve massés tout près du port. Partout, des fleurs, des plantes aromatiques devenues sauvages, l’air embaume, et des oiseaux pépient constamment, il n’y a pas un instant de silence, malgré le calme des lieux. 

    Nous y voilà, tout près du « gouffre au souffre », curiosité naturelle et géologique qui se visite.

    Nous découvrons avec étonnement que l’accès se fait via une route et… un tunnel! Cet ouvrage d’art des années 50 a voulu faciliter l’accès au site aux touristes. Nous sommes un peu déçus car nous préférons marcher sur des sentiers pédestres que sur des routes. Mais les lieux sont très calmes, nous ne croiserons que 2 voitures pendant tout le trajet, et pas un seul car.
    Nous nous arrêtons déjeuner dans cette clairière, magnifiquement ombragée, qui déroule sous nos pieds un tapis de menthe sauvage, doux et odorant. Nous sommes au fond du cratère : quel panorama!Un peu plus bas, les hortensias commencent à fleurir. Ca y est, nous entamons la descente vers le gouffre.
    Anna a trouvé en chemin, ces siège taillés dans des souches, malin!
     
    Le bâtiment du parc détonne dans le cadre, avec son look résolument moderniste, mais qui se fond finalement assez bien dans le paysage, avec ses grandes baies vitrées, sa plate-forme d’observation en porte à faux, 
    Nous longeons un premier gouffre, et descendons vers les lieux…L’accès se fait via une tour maçonnée de 180 marches, 6 étages, l’équivalent du phare de St-Matthieu!
    Le site est spectaculaire, une immense grotte,accessible par 2 gouffres,

    avec à son extrémité une source de soufre qui fait des bulles et des gargouillis odorants, et en contrebas, comme une plage… et un petit lac baptisé fort opportunément : le lac du Styx!
    Arrivés en bas, l’odeur de souffre, forte, nous cueille à la gorge ; des capteurs de CO2 surveillent la zone. Elle est sans danger aux abords de la promenade guidée, mais beaucoup plus hasardeuse pour les malheureux qui s’en éloigneraient. Près du lac-là où se trouve la barque, un humain n’aurait que 10 à 15mn d’autonomie, à cause des fortes concentrations de gaz
    Nous remontons le gouffre, puis les pentes de l’intérieur de la caldeira , avant de redescendre vers Praia. L’ambiance est toujours aussi agréablement champêtre,et fleurie.

     Nous remplissons nos gourdes à la fontaine d’un des hameaux. 
    Il est 17h, à Praia, la plage est animée en cette fin de journéePas de touristes, mais des habitants, des familles, des jeunes venus profiter de la plage, de la baignade. Le lieu est éminemment social, avec ses transats, son bar, le quai…Nous en profitons pour nous relaxer sur les chaises longues après un arrêt au bar : la première gorgée de bière est exquise! Puis je vais gouter l’eau avec Anna, pour détendre nos pieds après cette longue marche. Elle a chauffé toute la journée sur le sable gris, atteignant 22° à 23° je dirais : nous tentons la baignade, elle est bonne!

    De retour à bord, nous savourons la vue sur la caldeira, celle que nous avons gravi à pied aujourd’hui, elle est désormais recouverte de nuages. 
    Le lendemain matin, le programme est moins sportif, car nous avons loué une voiture, pour faire le tour de île. Les enfants, qui aiment marcher, et en particulier gravir les sommets, apprécient aussi alterner une journée de marche avec une journée moins sportive. En quittant le port, direction Santa Cruz, nous découvrons cette fabrique de plots en béton. : une marina est en effet en construction quelques part ente Praia et Santa Cruz, la ville principale, de Graciosa.

    Nous nous mettons à la recherche du site. Nous savons aussi qu’une marina doit ouvrir dans le courant de l’année 2018, très prochainement donc.
    Nous nous attardons quelques instants sur les moulins qui s’alignent à proximité du port de Praia. Il était sans doute pratique de moudre le grain tout proche des sites d’expédition de la précieuse farine, devant alimenter toutes les Açores.
    Nous prenons un peu de hauteur et apercevons d’un côté l’usine à Praia,
    et de l’autre, la nouvelle marina, à Santa Cruz. Les travaux sont en effet en cours, et bien avancés. Un peu plus loin, la ville de Santa Cruz
    Et derrière nous, la caldeira et les champs. 
    Nous nous arrêtons à Santa Cruz jeter à oeil au front de mer: pas de véritable port, mais une cale de mise à l’eau,

    et une piscine naturelle, où les jeunes de l’île se retrouvent :Le soleil chauffe les pierres de basalte noires, réchauffant l’eau peu profonde. Un peu plus loin sur la côte c’est un aménagement d’une autre ampleur : la piscine naturelle de Barro Vermelho, aménagée de docks en bois, zones de BBQ, camping : c’est un espace de villégiature estival pour les habitants. Déserte à cette heure, on l’imagine animée les vacances et fins de semaines. 
    Puis au nord de l’île, le phare de Punta da Barca,

    sur les hauteurs, qui nous offre une vue sur des îlots déchiquetés par l’érosion.
    Cap à l’Ouest, nous sommes dans les nuages : la côte au vent, est souvent plus nuageuse que la cote sous le vent.

    Cette scène champêtre n’est pas inhabituelle : l’éleveur n’est pas loin et surveille. 

    Et toujours, les hortensias….qui font particulièrement bon ménage avec les vieilles pierres. Toujours aussi les hibiscus, libres comme ici ou en ville, taillés en haies touffues.

    Graciosa mérite amplement son surnom de « Grenier à blé des Acores » : elle est véritablement agricole et traditionnelle, comme en témoignant ces épis de mais qui sèchent, et cet âne qui porte son barda. Nous revoilà en bord de mer, au port de Folga, avec sa cale de mise à l’eau et sa grue. Puis quelques kilomètres plus loin, nous retrouvons les thermes de Carapacho, que nous avions vus de la mer en arrivant à la Graciosa. Des piscines naturelles et aménagées, et à l’arrière, de véritables thermes alimentés par une source d’eau chaude soufrée : l’accès à la piscine intérieure est possible, pour 30mn maximum, l’eau est très chaude et avoisine les 40°!!

    Nous déjeunons sur les hauteurs de Carapacho, dans un petit snack-bar qui ne paie pas de mine, et c’est délicieux, traditionnel : une cuisine à l’ail et au beurre, comme celle que faisait ma grand-mère… je me régale d’un poulpe grillé au four (qui nage dans une demi-livre de beurre salé), et Loïc d’énormes gambas grillées tout juste parfaites. accompagné d’une bière Sagres. 
    Jouxtant les thermes, un petit camping ravissant, vue mer, équipé comme toujours d’immenses BBQ en pierre de lave, et de grandes tables conviviales : on imagine sans peine les longues soirées d’été, relaxantes, après les journées passées à lézarder au soleil et se rafraîchir dans la mer, les virées dans la lande. Des plaisirs simples, mais bons!

    Je remarque partout sur l’île ces arbres aux floraisons rouges si caractéristiques :

    des « pohutukawas » de Nouvelle-Zélande!

    Je reconnais formellement les Pohutukawas, arbres endémiques de Nouvelle-Zélande, que l’on partout là-bas en bord de mer, en particulier dans l’ile du Nord. Ils semblent s’acclimater particulièrement bien aux Acores. Je suis tout à coup nostalgique de ce pays qui m’a énormément séduit, et me rend compte que le climat de la Nouvelle-Zélande et des Acores est très similaire : un soleil intense, des étés chauds mais tempérés par des apports océaniques ; des hivers doux. Je réalise que la latitude des Acores correspond à celle d’Auckland, et du Golfe d’Hauraki, l’un des bassins de navigation que nous avons le plus fréquenté en Nouvelle-Zélande. Autres similitudes : la gentillesse et la simplicité des habitants, relativement détachés du mode de vie consumériste occidental, les espaces naturels – nombreux, la mer – très présente, la nature – généreuse, le mode de vie simple : petites maison, vie de plein air, nombreux espaces verts aménagés pour la population….Ajouterais-je : du bon vin, du fromage, et des fraises, c’est  le paradis!

    Voilà pourquoi les Acores me plaisent tant!
     
    Nous remontons sur les hauteurs du phare de Carapacho; qui nous offre une belle vue sur les roches, et sur le petit quartier de villégiature des thermes en contrebas. 
     
    Sur la route du retour, nous faisons un stop à la caldeira, que nous avons grimpé hier ; mais de nombreuses autres routes et chemins sillonnent le cratère; nous décidons d’emprunter la route circulaire qui devrait donner une très belle vue panoramique sur l’île, toujours aussi fleurie.
    En effet : vue sur le phare de Carapacho,

     puis sur Luz, un village de l’intérieur des terres,

    enfin, sur la caldeira elle-même. Nous tombons aussi un peu par hasard sur un sentier qui amène à un tunnel de lave, puis à un sentier sur la crête du cratère, qui dessert une tourelle de point de vue.Panoramique, la vue :  nous devinons le volcan de Pico, sur l’île voisine, qui pointe son sommet derrière les nuages. 
    La vue est plongeante sur l’un des gouffres de la caldeira : Il parait que ces cavités, visitées uniquement pas des spéléologues confirmés, sont dignes du« Voyage au Centre de la Terre! » de Jules Vernes : Arthur se voit déjà revenir dans quelques années en spéléologue… 
    Nous croisons beaucoup de ronces en fleurs, ce doit être le paradis des mûres en fin d’été!
    Côté extérieur, c’est une vue sur les villages du plateau central.
    De retour sur la route circulaire, nous avons un joli point de vue sur le port de Praia, et Moby au mouillage.
    Nous redescendons par là où nous sommes arrivés, entre les vaches et les champs.

    Puis nous voilà de retour au port de Praia, où Moby nous attend sagement au mouillage, aux côtés de Skoiern, vieux gréement norvégien, battant pavillon français : ses propriétaires Patrick et Anne-Marie naviguent dessus depuis 40 ans, privilégiant les eaux froides des latitudes tempérées : Alaska, Patagonie, Europe du Nord… ils rentrent en Bretagne puis en Norvège fêter les 100 ans de leur bateau, mis à l’eau en 1918!
    Nous passons une dernière soirée à la Graciosa, en nous régalant comme tous les jours de fraises locales, accompagnée de délicieuse crème fouettée.
    En milieu de nuit, nous appareillons pour l‘Irlande, notre toute dernière escale avant Brest!
    Les prévisions météos ne sont pas folichonnes, et nous poussent à partir au plus vite ; nous serions bien restés quelques jours de plus pour visiter Terceira, dernière petite ile du groupe du Centre (avec Faïal, Pico, Sao Jorge et la Graciosa), mais plus nous tardons, plus nous prenons de le risque de rester « piégés » aux Acores, 8-10 jours, voir plus….Or nous avons rendez-vous à la Pointe du Finistère tout début juillet, pour y fêter en famille les 80 ans de Louis, le Papa de Loïc, notre plus fidèle supporter, qui nous pointe tous les jours depuis 2 ans et demi sur ses cartes et son journal de bord….Vivement les retrouvailles.
  • Açores – 2 – Sao Jorge

    Açores – 2 – Sao Jorge

    Nous arrivons à Sao Jorge en fin d’après-midi, au village de Velas, qui dispose d’une petite marina où nous avons une place à quai :
    seul moyen de caser Moby avec ses 8m de large dans cette petite marina des Acores…

    Nous déambulons en ville, et allons faire quelques courses,

    à la recherche en particulier du célèbre fromage de Sao Jorge, affiné 7 mois…. un régal!
    Le maitre du port nous accueille avec une gentillesse désarmante, et se plie en quatre pour nous faire plaisir. Il nous trouve une voiture de location pour le lendemain et nous donne mille conseils sur les sites à visiter avec les enfants, les marches sympas, les restaurants, les randos en paddle…..  Il nous faudrait 8 jours de plus tant il y a à faire!
    L’eau du port est d’une limpidité, qui donnerait envie de piquer une tête!A travers les hublots de la salle de bain, je vois les poissons et le fond.

    Nous ne pourrons faire le tour de l’ile en voiture dans la journée : l’île fait 50km de long, dont la moitié de petites routes sinueuses en terre. La curiosité géologique de Sao Jorge, ce sont les « Fajas », sorte de plateaux de bord de mer formés il y a des siècles par des coulées de lave qui se sont refroidies au contact avec la mer.

    Faja de Norte Grande

    Ces Fajas sont plus souvent construites de villages, plats, au pied de falaises escarpées, et ont une vocation agricole avec leurs terres très fertiles.

    Elles contrastent avec le corps de l’île, assez massif et élevé de falaises abruptes. Certaines fajas ne sont accessibles qu’à pied, et me font penser aux « îlets » réunionnais : ces plateaux isolés dans les cirques, portant un hameau ou un village, qu’on atteint par des chemins ou des routes en lacets interminables.

    Des que nous quittons Velas pour les hauteurs, nous remarquons cette physionomie si particulière des fajas.

    la faja de Velas
    Nous nous rendons à la faja de Vimes, où l’on cultive du café. La route qui descend au village est spectaculaire : l’à-pic d’un côté,

    la forêt de l’autre. La route est émaillée de points de vue sur la côte,

    et merveilleusement fleurie, d’hortensias, mais aussi d’amaryllis sauvages. Nous sommes accueillis chez un producteur : sa maison tient lieu de café.

    Nous visitons ses plantations, et dégustons bien sûr un expresso, accompagné de délicieuses pâtisseries maison : flans au café, et tartelettes aux épices douces. Leur jardin est un bonheur des yeux en ce début d’été : les vignes sont florissantes, les fruits de la passion déjà gros, 

    fleur de passion

    le potager dimensionné pour nourrir la famille toute l’année : il semble que tout pousse ici!

    Les enfants découvrent le caféier, et ses différents stades de récolte et de séchage.

    A l’étage, donnant sur la terrasse avec vue sur Pico, son épouse tient un atelier de tissage à l’ancienne, et confectionne des dessus de lit colorés traditionnels. Nous sommes très impressionnés par les machines à tisser, actionnées à la main, qui demandent à la fois force et dextérité. Nous restons un bon quart d’heure à observer leur technique ancestrale : leurs bras forment un ballet à 4 mains hypnotique, la navette se faufilant dessus, dessous, quelques petits mouvements de crochet de temps à autre, puis les battements bruyants et assourdissants du métier : le sol en tremble!!!
    A deux sur un métier, elles mettent une semaine à confectionner un grand couvre-lit.

    Notre second stop est sur la côte nord, moins ensoleillée; Nous garons la voiture à la faja dos Cubres ….,

    la faja dos Cubres

    pour une marche d’une heure environ, qui nous mènera à la Faja de Santo Christo, accessible uniquement à pied,comme toutes les fajas de la côte nord-Est, et où subsiste un mode de vie très traditionnel.

    C’est parti!
    Nous traversons un premier hameau, en rénovation, la faja do Belo. 
    Et comme toujours, une fontaine à la sortie du village.
    Nous continuons, encore quelques kilomètres, et nous voilà en vue de la Faja do Caldeira do Santo Christo, qui a ceci de particulier : une lagune, accessible par la mer, qui en fait un petit port naturel abrité.On y arrive seulement par cette piste, à pied ou en quad. On y pêche des coquillages, c’est aussi un spot de surf réputé. La preuve, cette maison des surfeurs, à louer en groupe! J’imagine en saison, des stage de surf, des bandes de copains…
    Les allées sont bordées d’aloès, d’hortensias,de cannas, d’agapantes,ou d’iris…
    et comme partout, une fontaine en bordure de village. 
    Voici l’église bien sûr, incontournable, et on devine que ce bâtiment qui la jouxte est l’ancienne école, avec sa cour, son muret.…Le sentier continue vers l’Est, et la Serra di Topo.

    Mais nous devons rebrousser chemin, et récupérer notre voiture de location. Un petit détour par le lagon : 
    J’aurais bien tenté une baignade, mais le reste de la troupe vote pour un retour au bercail! Alors après quelque ricochets, nous rentrons. Sur le chemin du retour, nous apercevons l’île de Terceira au Nord,

     et celle de Pico, au sud. Demain, nous appareillons pour La Graciosa, une autre île toute proche.
  • Acores -1- Horta, sur l’île de Faial

    Acores -1- Horta, sur l’île de Faial

    L’île de Faial se profile en milieu de matinée, austère avec ses falaises de basalte trouées de grottes, des bandes nuageuses s’étirant sur ses flancs, et des petits villages accrochés dans les plis du relief. 
    Nous approchons de Horta, port et village principal de Faial qui se cache derrière un étonnant cône volcanique effondré en pleine mer : le Monte da Guia. 
    L’arrivée se fait sous un bon crachin breton, comme si une procédure d’acclimatation était prévue pour les nouveaux  arrivants en provenance des latitudes tropicales. 
    Nous découvrons le village de Horta, très graphique : maisons aux murs immaculés, toits immanquablement ocres, pierre basaltique anthracite donnant à la ville qui s’étage sur la colline un air solennel et chaleureux à la fois.

    Le port est bondé, nous mouillons derrière le quai, entre la marina et les bateaux de pêche, et enfilons bottes

    Bénédicte en bottes

    et chaussons pour la semaine, qui s’annonce fraiche.

    et Victor en chaussons irlandais 😉
    Le lendemain, le soleil pointe son nez et nous en profitons pour sortir nous aérer. La vue sur Pico, l’île voisine, est dégagée, et son volcan nous surplombe avec élégance. 

    Nous déjeunons en terrasse au café Sport (chez Peter),

    institution locale, puisque le bar, célèbre dans le monde entier pour y accueillir chaleureusement les marins de retour de transat, fête ses 100 ans cette année! Je goute le plat emblématique des Acores : la morue grillée au four, accompagnée de la bière locale, la Sagrès.

     

    Nous sommes aussi fascinés par les sculptures à l’extérieur, qui tout de suite ont attiré notre regard :

    le bras de liaison du trimaran de Jean le Cam

    c’est bel et bien du carbone!  Mais là, il s’agit de morceaux d’épaves reconditionnées par un artiste français : Jean-Noël Duchemin. Bras de liaison ou tronçons de mat de multicoques de courses : c’est original, majestueux, et offre une seconde vie à des fragments de ces bêtes courses qui ne méritent vraiment pas de pourrir au fond des océans.

    un fragment de mat du trimaran Groupama de Franck Cammas, (route du rhum 2002)

    4 autres pièces de carbone, en provenance des bateaux de Franck Camas ou Michel Dejoyeaux se dressent fièrement vers le ciel et ponctuent la rue, tels des troncs d’arbres composites.

     
    Nous partons ensuite en ballade digestive sur le Monte Da Guia justement, que nous avons aperçu en mer. Ce cratère effondré surplombe Horta, dont il n’est séparé que par un court isthme, et une belle plage de sable noir, très abritée. Sur les hauteurs, nous observons l’organisation de la ville.
    Suivent 48h de temps maussade, couvert, avec peu d’éclaircies. Nous en profitons pour avancer le matin sur l’école, qui est presque finie : Victor a jusqu’au 15 juin pour rendre ses dernières évaluations du CNED. J’ai calé le programme d’Arthur et Anna sur les mêmes dates, ce qui devrait nous amener d’ici 2 semaines à de belles grandes vacances!
     
    Nous revenons déjeuner un midi dans l’un de ces petits bistrots du quartier de Porto Pim, qui propose sandwiches, quiches, beignets, et assiettes de fromage de Morro (à quelques km d’ici)Nous retenons aussi une farandole de mini-desserts délicieux comme des tartelettes aux noix ou les fameux « pastéis de nata », dessert emblématique du Portugal : des tartelettes de pâte feuilletées fourrées de crème parfumée aux épices légères….Dé-li-cieux!
    Nous descendons ensuite sur Porto Pim,

     l’ancien port baleinier de Horta, avec sa porte

     et sa cale en pierre de taille du 17ème siècle,
    La houle se brise sur les murs, et nous imaginons sans peine l’ambiance vivifiante en plein hiver…
    Nous flânons sur le bord de mer et dans les rues, en attendant notre voiture de location qui sera prête en fin de journée.Nous avons en effet entrevu une étroite fenêtre de temps ensoleillé ; nous avons l’intention d’en profiter pour faire le tour de l’île de Faial
    Partout en bord de mer, ces petits sièges aménagés dans les murets, propices à la contemplation.

    J’aime aussi ces trottoirs pavés de pierres noires et blanches, dessinant des motifs simples,

    ces petites ruelles piétonnes nichées entre 2 murs, ces allées couvertes et ces escaliers menant à d’improbables ruelles piétonnes : c’est une ville où il fait bon se perdre.

    Très graphiques encore les façades des églises, en pierre  de lave taillée, aplats de chaux, portes ouvragées noires, boiseries blanches, cloches en fonte, parvis pavé blanc/noir. 
    A 17h, nous avons notre voiture pour 24h! La quête fut difficile car la demande est forte  : l’immense majorité des voiliers en transat retour d’Europe choisit Horta comme point de chute, et tous se sont rués sur les locations pendant ces 48 de beau temps….. Parmi les 9 îles habitées des Acores, Faial est la première à offrir un bon abri, avec son port bien protégé et une grande marina. Seule Sao Miguel offre des infrastructures comparables, à Ponta Delgado, mais il faut encore naviguer 150NM. Pendant 2 mois, entre mai et juin, le port d’Horta ne désemplit pas. Juillet et août sont aussi traditionnellement très fréquentés, avec cette fois les voiliers venus d’Europe du Nord y passer l’été, attirés par le climat doux, de beaux paysages et un coût de la vie très raisonnable. Seul inconvénient : les mouillages bien abrités sont quasi inexistants, il faut les pratiquer par très beau temps, et aller le reste du temps de port en port. Heureusement, la majorité des petites îles offre maintenant de petites marinas modernes, telles à Sao Jorge, Terceira et bientôt Graciosa.
    Nous partons faire le tour de l’île par la route circulaire, en un peu plus d’une heure. 
    Les points de vue sont nombreux : ici, une coulée de lave récente (datant de 1672), a détruit 2 villages, provoquant l’émigration de nombreuses familles au Brésil. Les coulées ont refroidi au contact de l’eau, formant un plateau de bord de mer appelé «  Faja ». C’est une formation géologique que l’on trouve à Madeire et à Sao Jorge, deux autres îles portugaises. 
    Un peu plus loin, c’est l’impressionnant site du « Volcan des Capelinhos ». L’éruption est la plus récente de toutes les Acores, qui a eu lieu en 1958, sous l’oeil des caméras de télévision.
    La période de volcanisme de 13 mois qu’il s’en suivit a transformé à jamais la topographie et le démographie de l’île de Faial, puisque près de la moitié de ses habitants ont fui et émigré aux Etats-unis, et au Canada. L’île s’est agrandie créant une portion de terre supplémentaire de 12 kilomètres carrés. 
    Nous nous arrêtons au pied de cette toute jeune formation, de toute juste 60 ans! La végétation est clairsemée, basse, 
    En haut de la falaise, nous apercevons l’ancien cratère, le paysage est lunaire. Au nord, Loïc et Arthur repèrent un spot de surf en contrebas,

    les vagues sont superbes et régulières.
    Et à l’ouest, les vestiges du phare, toujours debout après les éruptions qui ont vu Capelhino sortir de l’eau : dire que ce phare était avant 1958 en bordure d’océan, entouré d’eau! 
    Il est trop tard ce soir pour visiter le musée qui se trouve sous terre, demain peut-être?
    Les enfants ramassent des bombes de lave,

     et s’amusent à les faire rouler, qui le plus loin?
     
    Nous continuons notre tour de l’île, et traversons de nombreux villages, déserts. Les maisons sont typiquement en pierres de laveet chaux blanche, volets colorés, les églises austères, 
    Les nuages ne sont jamais loin. 
    Nous voilà revenus à Horta.

     Le port ne désemplit pas : tous les jours, quelques voiliers repartent, mais 10 nouveaux bateaux arrivent.
    Et toujours cette vue magnifique sur le volcan de Pico, point culminant de l’archipel.

    Tous les jours, les enfants nous demandent quand nous pourrons y grimper… C’est une marche longue et difficile : 6 heures de dénivelé sur des pentes abruptes et glissantes, le plus souvent dans les nuages, or nous ne sommes pas du tout entrainés. Demain, nous irons marcher à la Caldeira  de Faial : premier entrainement!

     
    Il fait très beau le matin au réveil.
    Mais une fois arrivés en haut à la caldeira, après 30mn de voiture et quelques centaines de mètres d’altitude, nous sommes en plein dans les nuages. Nous franchissons le tunnel d’accès à la caldeira,

    peine perdue, nous sommes dans de la purée de pois! Et il fait froid!
     
    Inutile de marcher 2h dans le brouillard. Dommage, car le site est charmant, avec sa petite chapelle, et ses abords fleuris ; nous rebroussons chemin et allons sur la côte retrouver le soleil.
    Nous croisons en chemin des voitures de rallye automobile : des courses ont lieu pendant 3 jours sur l’île, avec de petites autos aux moteurs survitaminés. Je reconnais que l’île s’y prête bien, avec ses routes en lacets, ses villages typiques et ses paysages côtiers.

    L’île accueille d’ailleurs nombre d’évènements sportifs et culturels : le « Acores Trail Run » le week-end passé, qui traverse l’île de part en part, en 47 km et 2390m de dénivelé négatif, 2480 de dénivelé positif,et une course cycliste le week-end prochain. La route que nous souhaitons emprunter pour rejoindre la côte est d’ailleurs fermée pour l’occasion, et nous nous perdons avec bonheur dans les petits chemins de campagne,zigzaguons entre les champs.

    Ici, les hortensias sauvages poussent partout, formant parfois des haies de plusieurs mètres de hauteur : dommage, ils ne sont pas encore en fleurs. idem pour les érigerons, qui poussent sauvagement,tout comme le fenouil, et la menthe, que l’on trouve sur tous les bas-côtés, et qui embaument littéralement l’air.

    Nous nous arrêtons pic-niquer dans un petit port, fréquenté le week-end et pendant les vacances ; une ancienne cale, un camping aménagé, des vestiges d’un hameau.  
    Nous continuons notre route vers le centre d’interprétation du volcan, que vous n’avons pu visiter la veille. Son architecture est souterraine, le site est invisible de l’extérieur, à part ce cercle dessiné sur la plaine de lave.
    A intérieur, le hall d’accueil étonne par sa luminosité et son dépouillement. Le béton brut et lisse contraste avec le paysage brut de lave du dessus; 
    Le musée relate entre autres les étapes de la naissance du volcan de Capelinho en 1958, image à l’appui, puisque l’évènement fut national puis mondial, les caméras du monde entier venant immortaliser la naissance de nouvelles terres.
     
    Tout a commencé un matin à 1km au large de Faial, le 27 septembre 1957 :

    un baleinier, assis comme à son habitude au poste de vigie, remarque des vapeurs, de la fumée qui sort de l’eau : c’est le début de la phase éruptive sous-marine qui dura 8 mois, et finit par former des îlots de plus en plus grands qui se relient à l’île de Faial par un isthme.
    En Mai 1958, c’est le début de la phase explosive terrestre pour une durée de 5 mois :

     la formation d’un cône volcanique qui émet des gaz, et rejette des scories, bombes volcaniques etc… suivi de quelques brèves périodes effusives de lave coulante. Enfin, une dernière phase  strictement effusive de 4 mois, d’écoulement de lave en flot, jusqu’à former un lac de lave . 
     
    En sortant du musée nous assistons au départ d’un chrono du rallye auto : nous ne voyons pas vraiment les voitures, mais les entendons rugir sur la ligne de départ, et ne pouvons manquer les panaches de fumée qu’elles soulèvent en s’élançant sur la route forestière. 
    Nous avons aussi accès au phare, qui a été partiellement réhabilité pour la visite : 3 familles y vivaient et se relayaient pour le faire fonctionner. Il a été désaffecté suite à l’éruption. 
     
    La vue d’en haut est impressionnante, et on se rend mieux compte de l’avant/après éruption. 
    Les nuages nous rattrapent, la brume tombe sur Faial, et il est temps de rentrer rendre notre location, qui n’aura duré que la trop rapide période ensoleillée de 36h à peine.
    Je remarque les fontaines, à chaque village, décorées de faïences, chacune a son décor : le phare, des pêcheurs, des fleurs….
     
    Le soir-même, nous guettons l’arrivée de Luna Bay 2, l’Outremer 45 de nos amis Guillaume et Jenifer, rencontrés aux Bahamas. Jénifer a décidé de débarquer aux Bermudes, victime d’un mal de mer récalcitrant. Guillaume a continué jusqu’aux Acores avec ses Elisabeth et Serge, propriétaires de l’Outremer 51, Urubu, avec qui nous sommes ravis de faire connaissance. Ce couple de jeunes retraités vit quasi à plein temps sur leur bateau, et ils vont bientôt larguer les amarres, laissant derrière eux leurs grands enfants lancés dans la vie….
    Nous passons les jours  qui suivent entre crachin et éclaircies, à travailler l’école tous les matin, et l’art plastique l’après-midi, ente deux grains….La tradition à Horta est en effet de laisser son empreinte, sous la forme d’une petite fresque, peinte sur l’un des quais.

     Nous passons déjà quelques temps à sillonner les quais du port, pour nous imprégner de cette ambiance marine et artistique.

    Ce qui est chouette, c’est que chacun est libre d’inspiration. Les réalisations vont du plus simple, monochrome, aux plus complexes, suivant le talent, et le temps que l’on se donne.

    Nous retrouvons aussi avec plaisir la trace de bateaux que nous connaissons : Celui de mon oncle et de ma tante, qui ont bouclé leur tour du monde en 2012, sur Armelle T. Et celui de Take-off, une famille suédoise francophone croisée à Cape Town : nous les avons manqué de peu : ils ont quitté les Acores la semaine dernière. Participant à la Wold Arc, ils ont bouclé leur tour du monde en 2 ans!

    J’aime deviner, derrière chaque oeuvre, un équipage, un bateau, une aventure : tour de l’atlantique, tour du monde, en 1 an, en 10 ans, peu importe, l’aventure est belle, et les marins heureux d’arriver aux Acores, qui est souvent la dernière escale avant le retour à la maison. Et comme j’aime à le répéter, « A chacun son Everest ».

    Nous croisons finalement ici assez peu de familles ayant traversé sans équipage. Pour la majorité, la transat retour, plus exigente, se fait avec équipiers, en mode convoyage.
    Ils sont nombreux à arriver arrivent fatigués de leur transat, les conditions météos sont souvent éprouvantes sur cette portion d’Atlantique qui se traverse en faisant le saute-mouton sur le dos des dépressions, qui tracent leur sillons d’ouest en Est. L’ambiance est vraiment sympa, sur les pontons, sur le quai, au bistro : tout le monde a sa transat à raconter, et son voyage aussi.
     
    L’athmosphère pousse aux confidences : après tout, nous sommes entre nous, entre marins, nous avons tous au moins 2 transats à notre actif, souvent plus, des aventures, des anecdotes en pagaille, des galères et des joies.
     
    Le port d’Horta agit comme un sas de décompression, entre transat et retour à la maison, le vernis craque, et les langues se délient. Alors que nous approchons de l’issue du voyage, certains avouent combien leur voyage a été éprouvant, parfois décevant ou difficile.
     
    Tel ce vieux loup de mer, qui voyage en solitaire, qui aime la mer, mais qui trouve que décidément, voyager, découvrir de nouveaux pays, ce n’est plus pour lui, il est trop tard, il est trop vieux, le désir n’y est plus. Une bonne pipe et un bon bouquin, au coin du feu ou dans son cockpit, c’est ce à quoi il aspire.
    Ou cette maman, qui me confie que l’école à bord a été un échec : sur ses 3 enfants, aucun n’a voulu travailler. Alors il et temps de rentrer, de remettre tout ce petit monde à l’école.
    Encore une autre famille, qui a tout plaqué, travail, maison, les voilà libres comme l’air, sans contrainte, partis pour un grand voyage à durée indéterminée, et qui rentrent finalement, après moins d’un an passé à voyager. Sans regret, mais sans grand enthousiasme. Ils se projettent déjà dans leur nouvelle vie de terriens.
     
    Une autre maman, qui m’avoue qu’elle s’ennuie terriblement en navigation. Voyager, caboter, elle adore, mais passer 2 semaines en mer, ça plus jamais… enfin, pas avant encore 10 ou 20 ans!
     
    Tous, je les admire, d’avoir osé, d’avoir confronté leurs rêves à la réalité du voyage en bateau, avec ses joies, mais ses contraintes, et ses désillusions aussi. Tous rentrent chez eux, sans regrets, grandis, lucides, et se connaissant mieux que jamais.
     
    Je mesure d’autant plus notre chance, d’avoir conçu, voulu, osé ce tour du monde à la voile, mais surtout de l’avoir mené à bien, et plus encore, d’avoir aimé ça, et de voir combien ce voyage nous a rendu heureux tous les 5.
     
    Nous profitons de cette escale pour faire connaissance avec de nombreux autres bateaux : Jean-Roch et Marie-Claire naviguent sur leur Outremer 45 Teiva, avec leur fils Théo qui a l’âge d’Arthur : quelle chance, Théo a des Kappla à bord!
     
    Aussi, Mariposa, un Outremer 51 en escale technique, avec son skipper et 3 équipiers très sympas, venant d’horizons très différents. Nous passons nos soirées fort agréablement à nous raconter nos vies et nos parcours, 
    Tous les matins, nous levons les yeux vers le volcan de Pico,

     pour voir s’il est visible.

    Quand c’est le cas, quelle joie!
    le port de Horta est aussi très plaisant sous le soleil. 
     
    Entre deux grains, nous peignons notre fresque. Après un petit briefing familial, nous avons identifié quelques éléments graphiques à intégrer : pour le thème du tour du monde : la Terre et une flèche circulaire, puis Moby le bateau et Moby le cachalot blanc, nos 5 noms, le blog….,  Victor a dessiné à partir de ces éléments un projet assez ambitieux…
    Nous héritons de Mariposa ses pinceaux et sa peinture… Il nous reste à aller chez le chinois compléter notre équipement : du diluant, un gros pot de blanc pour le fond,
    le travail est vraiment collégial : Victor à la conception, Bénédicte à la maitrise d’oeuvre, Loïc à la logistique, Arthur et Anna aidant selon leurs envies et disponibilités : il faut dire qu’il y a de nombreux petits copains qui jouent sur les quais et les pontons, c’est là qu’ils passent l’essentiel de leur temps,
    Ca y est, après 3 journées de travail, la fresque est terminée, finitions comprises. Nous sommes super fiers du travail, d’autant que nous ne sommes pas spécialement portés sur les pinceaux dans la famille!
    Alors que Luna Bay 2 est parti vers la Médirerrannée, nos amis de Shuti sont arrivés de Florès pour quelques jours. Nous leur faisons découvrir la ville, et nous arrêtons tous chez une coiffeuse local, recommandée pour sa rapidité et sa disponibilité : c’est sans rendez-vous. La voilà tout à coup avec 8 candidats! Tous attendent ce passage chez le coiffeur avec impatience. Anna  me fait remarquer : « Maman, ce n’est pas un coiffeur cette dame, elle coupe les cheveux avec une tondeuse, comme on fait pour les moutons! « 
    Anna n’a pas tout à fait tort, et voilà les « boys » qui ressortent avec une coupe militaire +++. Arthur, adepte du style « surfer » , refuse de passer sous sa tondeuse…
     
    Le lendemain, c’est une belle journée qui est prévue par la météo, et nous nous donnons rendez-vous pour une grand trail : celui des 10 volcans, qui va nous mener en 18km de la caldeira au Volcan de Capelinhos ; J’estime la marche à une durée de 6h, plus les pauses. Nous mettrons près de 9h en tout!!!!
    Le terrain est en effet difficile, avec un dénivelé de +1000m et -1800m, et nous ne pouvons compter avec les enfants faire les 4km/h traditionnels escomptés en mode « ballade »..

    Ce trail a été couru il y a 2 semaines par des coureurs venus de toute l’Europe. La trace est issue du sentier de grande randonné qui traverse Faial d’Est en Ouest en 36km. 
     
    Un taxi nous emmène  en haut de la caldeira :

     sans être extraordinaire, la visibilité est correcte, et nous permet de voir le fond. Les températures sont très très fraiches ce matin-là, et nous ne nous attardons pas  au bord de la caldeira de peur que les enfants attrapent froid : nous sommes tous en short-équipés de polaires à capuche et de coupe-vent, mais c’est une peu juste!!

    Le long des crêtes, nous gardons une vue correcte sur le fond du cratère, malgré les rubans de nuages qui vont et viennent, La végétation est surprenante de fleurs, très colorée.
    et la fréquentation, champêtre!Bientôt, nous arrivons dans la foret, tout aussi fraiche….
    Nous avons parcouru le tiers des 18km du trail!
    Nous allons longer pendant plusieurs km la « levada », un petit canal construit dans les années 60 afin d’assurer irrigation et production d’énergie hydroelectrique dans la partie nord de l’île, moins favorisée en terme de développement.

     
    Un petit aqueduc,

    puis le canal en lui-même, qui est parfois couvert de dalles, bordé de mousses, dont les côtés sont constellés de fraises des bois, 
    Parfois, nous entrevoyons… le soleil, et la côte. puis c’est le réservoir, avec sa grille de filtration
    Enfin, nous arrivons dans les champs et retrouvons la chaleur du soleil, fort agréable. Un paysan arrive, et libère les veaux, qu’ils puissent aller téter leur mères : ici les vaches sont toutes 100% élevées en plein air. Pas d’étables, elles vivent toute l’année dehors, grace au climat océanique doux des Acores ; la traite se fait aux champs, avec des trayeuses sur remorques, que l’on amène aux animaux. Un apport de bien-être réel pour les vaches dans un tel environnement, sans stress.
    Nous marchons parmi les hortensias, florissants,

    mais dont peu sont déjà en fleur.L’île doit être magnifique en plein été, avec ces têtes multicolores, explosant de violet, de rose et de blanc. Nous retournons dans les sous-bois.Voilà le Cabezo di Fogo, l’un des 10 cones volcaniques de l’île.

    La toute première éruption connue de mémoire d’homme eut lieu sur ce cone, en 1672, détruisant 2 villages, et créant avec sa coulée de lave, la faja de Norte Pequeno. La zone a aussi été appelée « mystérios », du fait de sa fertilité, à l’époque inexpliquée….  Aujourd’hui on sait bien que la terre volcanique est riche de nutriments, en particuliers les minéraux, et particulièrement propice aux plantations.

    la faja de Norte Pequeno
    Nous entamons l’ascension de la Cabeza di Fogo, ardue, dans une lande magnifique, foisonnante de bruyères, myrthes, et d’hortensias sauvages.

    La descente n’en est pas plus aisée : le sol est glissant, les roches volcaniques roulent sous nos pieds, des rambardes de bois sont là pour nous guider et nous nous y accrochons.
    Je ne compte plus les glissades des plus petits, qui sont sur les fesses autant que sur leurs pieds!
    Arthur examine sur les cotés cette roche si particulière, noire, brillante, fine comme du sable, 
    Enfin, nous arrivons en contrebas du volcan, au lavoir, sur les rotules, et nous écroulons à l’ombre sur les bas-côté de la route, dans un lit de menthe sauvage et d’herbes odorantes.Les enfants nous sidèrent : ils ne semblent jamais fatigués, et continuent, pendant la pause, à courir, sauter, jouer, taper leurs bâtons, et lancer des pierres….
    Le sentier reprend, toujours aussi fleuri et voilà encore un autre volcan sur notre route… Il est vrai que nous avons signé pour « la route des 10 volcans…. »

    Celui-là est l’avant-dernier, le Cabezo do Canto, et devrait nous donner sur son versant descendant une vue imprenable sur le volcan des Capelinhos, apparu en 1958.
    En effet, nous y sommes, devant le volcan, le tout dernier de l’histoire de Faial.
    La vue est impressionnante.

    en particulier depuis ce belvédère/bunker, utilisé pour observer en sécurité l’évolution de l’éruption pendant l’année 1958Deux fenêtres étroites 
    Nous venons de parcourir 18km, et 1700m de dénivelé négatif, 900m de dénivelé positif : bravo à tous.

    Arrivés au volcan de Capelinhos, que nous avons déjà visité la semaine dernière, nous ne résistons pas à une ultime ascension : les enfants veulent en particulier trouver des « bombes »,

    ces projections de lave de forme ovales ou rondes.

    Autre grand jeu, les glissades sur les pentes. 
    Nous décidons de rester les quelques jours qui suivent à Horta : il fait très beau, nous sommes entourés de bateaux-copains, et ce week-end, c’est festif : un festival sur le port, et dimanche, c’est « Table ouverte » au Café Sport!

     
    Chez Peter, (dont la vraie enseigne est « Cafe Sport ») est une institution à Horta, un bar de marins, tenu de père en fils depuis 1918, et réputé comme étant le bar le plus connu au monde!! Depuis 2 semaines que nous sommes là, nous y sommes passé souvent, pour déjeuner en famille, manger des tapas, dîner entre amis, boire un verre le soir…. Mais demain, à l’occasion de la journée de l’amitié entre Faial et Pico (l’ile voisine), « Peter » invite toute l’île  à sa table! Le 10 juin est surtout la fête nationale!
     
    Nous avons peine à le croire mais l’invitation est officielle : BBQ offert toute la journée, de midi à minuit, orchestre, musique live…. En attendant la fête, nous montons visiter le petit musée de « scrimshaw » qu’accueille le premier étage du bar.
    Le scrimshaw, c’est cet artisanat baleinier qui a proliféré au 19ème siècle, à partir de dents et d’os de cachalots. Originellement gravés par les marins et baleiniers, c’est devenu un véritable artisanat du souvenir, et des sculpteurs talentueux se sont mis à graver et à vendre des souvenirs au marins justement, à la recherche de cadeaux à rapporter à leurs proches.

     

    C’est une caverne d’Ali-baba d’objets les plus variés et improbables, tous fabriqués à partir d’os de baleines.…

    Incroyable de créativité, on y trouve des bijoux, de la vaisselle, coquetiers, cuillères, couteaux, crochets, pic etc….cendriers, porte-cigarettes, découpe-tarte, …
    jeux de dames, échecs, dominos, … bougeoirs, Peter, le fondateur du « Bistro Sport » de Horta, était passionné de ces réalisations, et achetait tout ce qui avait trait de près ou de loin à cet artisanat, florissant aux Acores, plaque tournante européenne du commerce de la baleine.

    L’essentiel de ce qui est exposé provient de dents de cachalots, poncées, noircies à l’encre, puis engravées. Les pièces les pus grandes proviennent des mâchoires des cachalots, telles ces paysages sculptés.

    gravure dans une machoire de cachalot
    Le lendemain matin, dans la rue, fermée pour l’occasion, les tréteaux sont prêts à recevoir les invités, qui se succèderont toute la journée.
    A 13h nous sommes là, et nous régalons de sardines grillées, soupe de poisson délicieuse, tranches de cochon grillé, pain de mais, Merci à toute l’équipe du Café Sport!
    Le soir, c’est le festival qui continue sur le port : du spectacle de rue, des clowns, musiciens, acrobates, beat box, ça nous change! L’ambiance est familiale, et les roulottes locales alléchantes, proposant des produits essentiellement locaux.
    Le lendemain, c’est le départ! Avant de quitter Horta, nous faisons un dernier tour des fresques réalisées par nos bateaux-copains :
    L’équipage de Penn Gwen, très appliqué Pour une réalisation magnifique!L’Outremer 45 Essentielle Un tourdumondiste suédois, qui navigue en solitaire, et que nous avons souvent croisé depuis 2 ans.  Nous quittons Horta, il est temps, si nous voulons avoir quelques jours pour explorer d’autres îles du groupe. Pico ne sera pas possible, car le mouillage dans le port y est interdit. Restent Graciosa, Sao Jorge et Terceira qui nous tendent les bras à moins de 30NM de là. Sao Jorge justement, dispose d’une toute nouvelle petite marina, et d’une place à quai pour nous accueillir quelques jours, nous arrivons!
  • Traversée Atlantique retour-2-Des Bermudes aux Açores

    Traversée Atlantique retour-2-Des Bermudes aux Açores

    Après une escale assez courte mais bien agréable, comme toujours, c’est la météo qui dicte le moment du départ. Même à la fin du printemps, la traversée de l’Océan Atlantique Nord demande une surveillance continue de la situation météo et de son évolution. Le temps sur  cette zone de navigation est directement influencé par la position et  la pression de l’anticyclone des Açores, et la route suivie par les dépressions qui se succèdent tous les 2 ou 3 jours. Pour résumer, en partant des Bermudes, il faut aller chercher le régime des vents d’Ouest un peu au Nord, puis rester bien dans le Sud des dépressions et faire route vers l’Est dans des vents et une mer maniable. Les prévisions sur la zone sont très fiables à 4-5 jours, car les services météorologiques Américains et Européens mettent beaucoup de moyens pour la surveillance du temps sur l’Atlantique Nord.

    Départ des Bermudes, le samedi 19 mai à 14h

    Un grand soleil et un léger vent de secteur Est, comme attendu, sont au rendez vous dès la passe de Saint Georges franchie. Nous hissons la grand voile et le code 0. Une fois les moteurs arrêtés, nous pouvons faire route au 035°, à environ 70° du vent, et parer les nombreux récifs qui s’étendent sur près de 10 milles au Nord-Est des Bermudes. Moby approche la vitesse du vent, soit presque 6 noeuds.

    Vent léger mais progression satisfaisante

    Nous ignorons combien de temps le vent va tenir, car la fiabilité des prévisions météo lorsqu’il est prévu entre 2 et 7 noeuds de vent reste incertaine. Nous prenons tout ce qui peut être pris, car nous savons qu’il nous faudra l’aide du moteur à un moment ou un un autre dans les prochaines 36 heures, le temps de rejoindre 34° de latitude Nord, où nous serons sur la face Nord de l’anticyclone.

    Mer à peine ridée et grand soleil

    L’hydrogénérateur est remonté, car il ne produit pas assez de courant à faible vitesse

    La fin d’après-midi est agréable, les Bermudes disparaissent derrière l’horizon. Nous croisons quelques bateaux de pêche et doublons un voilier sur la même route que nous. Joli coucher de soleil, nous sommes accompagnés par un banc de dauphins joueurs.

    Le vent se maintient en début de nuit, mais il semble s’essouffler un peu, descendant souvent à moins de 5 noeuds. Nous progressons toujours sous voiles, mais cela demande beaucoup de petits ajustements dans les réglages, d’autant plus qu’un fond de houle de Sud-Est vient perturber leur gonflement.

    Dimanche 20 mai :

    A 2 heures du matin, le vent tombe entre 2 et 4 noeuds, et de fait, notre vitesse passe en dessous de 3 noeuds. Il nous faut l’aide du moteur pour continuer à progresser. En effet, le vent ne devrait pas changer de façon significative à l’endroit ou nous sommes avant au moins 48h. En revanche, à seulement 60 milles au Nord-est de notre position, il devrait se renforcer dimanche soir. Il faut donc progresser au minimum à 4 noeuds pour espérer attraper  ce « train » de vent qui nous permettra de refaire route vers l’Est.

    Objectif : sortir de l’anticyclone

    Le moteur est donc démarré à 2h15, et conservé jusqu’à 4h. Puis une nouvelle risée qui tient jusqu’à 6h45 et moteur à nouveau. Je sens que cela risque d’être le menu de la journée, cette alternance voile et moteur. A 9h, le vent, toujours faible tourne au sud, ce qui nous donne un angle au vent de 120°, le gennaker vient donc remplacer le code 0.

    Code 0 le matin…

    …suivi de l’envoi du gennaker

    Le soir venu, le bilan de la journée n’est pas si mal : à peine 5 noeuds de moyenne, mais moins de 5 heures de moteur, en comptant celles de la nuit. Au coucher du soleil, les cirrus bien visibles dans l’Ouest me  confirment l’approche l’approche du front prévu pour demain. Autre signe, le baromètre qui chute de 1 hPa toutes les trois heures depuis midi.

    La situation générale sur l’Atlantique Nord n’est pas simple depuis quelques jours et les différents modèles de prévisions divergent à plus de 4 jours .Les fichiers font état d’au moins 2 dépressions dont le centre pourrait descendre à moins de 40°N de latitude au moment où nous approcherons des Açores. Notre stratégie sera donc de ne pas monter plus au Nord que le 36°N tant que nous ne serons pas à moins de 400 milles des Açores et avec une bonne prévision météo à court terme.

    Lundi 21 mai :

    Le vent nous a lâché en milieu de nuit, de minuit à 3h du matin. Nous avons donc roulé le gennaker et mis un moteur en route pour assurer notre progression. Puis à 3h, il a de nouveau été possible de progresser sous voile, le vent s’étant établit au Sud-Ouest pour 8 noeuds environ. La pression continue de baisser lentement, nous sommes donc passé sur la face Nord de l’anticyclone. La météo du matin confirme qu’une zone de hautes pressions secondaires est située au Nord de l’anticyclone des Açores. Entre ces 2 centres HP, une petite zone dépressionnaire et un front. Les routages indiquent de le traverser pour rejoindre le flux de vent d’Ouest au nord . Je ne suis pas de cet avis, car je pense qu’un passage est possible entre les deux zones de hautes pressions, en restant au sud de la dépression et du front associé, et en profitant donc de l’étroite bande de vents d’Ouest, qui fait une petite centaine de milles de large. Le seul risque est de tomber dans du vent plus faible que les 15 noeuds prévus. En revanche, en suivant le routage, nous traverserions le front, pour nous retrouver au près pendant 18h ensuite, puis nous prendrions plus de 30 noeuds d’Ouest-Sud-Ouest dans le corps de la dépression puis 25kt de Nord-ouest après le passage du front froid. Je passe sur toutes les manoeuvres de voiles qui vont avec, la pluie, les creux de 3m et les 12°C de température de l’air après le front! Tout ça pour gagner entre 6 et 12 heures à l’arrivée, non merci!  Je privilégie le confort et la tranquillité, autant que possible.

    Depuis ce matin donc, nous passons à la vitesse supérieure sur Moby. Après 2 jours en première, on passe en seconde, en faisant une route vers l’est à 6-8 noeuds dans un vent au 240° qui se renforce un peu en cours de journée. Cela fait toujours du bien de voir le bateau avancer après deux journées de calme.

    En milieu de journée, pause dans la baisse de la pression, nous sommes calés sur l’isobare 1023 hPa et faisons route vers l’Est. Dans l’après-midi, nous empannons pour faire route BB amure vers le Nord Est, afin de nous recaler vers le nord et garder au moins 12 noeuds de vent. A 18h30, notre latitude est de 34°30’, nous pouvons à nouveau empanner et aller vers l’Est.

    photo satellite le 21 mai 20:15 UTC

    La mer s’agite en début de nuit. Cela est dû à l’effet du vent sur un courant contraire et dure une bonne partie de la nuit. Ce courant contraire atteint 2 noeuds par moment et cela se ressent sur notre progression.

    Mardi 22 mai :

    Nous sommes enfin sortis de ce courant contraire et faisons route à l’Est entre 8 et 9 noeuds sur le fond. La mer s’est allongée mais la taille des vagues est en nette augmentation, sans doute à cause des vents forts qui ne sont qu’à 300 milles sur notre arrière bâbord. J’attends impatiemment de pouvoir charger les fichiers météo de 12h UTC, car je vais prendre de gros fichiers, pour toute la zone jusqu’à l’arrivée et pour 7 jours de prévisions. En effet, par souci d’économie de data, j’ajuste la taille  de la zone et la durée des fichiers grib (en règle générale, je choisis un fichier permettant de nous projeter à 3 jours que je prends matin et soir, et toutes les 48heures, je charge un fichier plus gros, couvrant l’ensemble de la zone, jusqu’à la destination et sa date estimée).

    Le vent frais n’est plus très loin devant

    Nous empannons bâbord amure à midi, avec l’intention de poursuivre le bord jusqu’à 35°30’N, ce qui doit nous positionner au mieux pour l’arrivée du vent fort de Sud Ouest demain. Continuer plus vers le nord, c’est risquer d’avoir du vent trop fort, et si nous empannons trop tôt, la direction du vent ne sera pas assez Sud-Ouest pour faire route vers la destination.

    Nous avançons assez bien l’après-midi, la mer est croisée, avec des vagues de SW et une houle de NW, mais le bateau passe bien. Nous arrivons à 35°N un peu avant le coucher du soleil. Devant nous se dresse une barrière de nuages pas très engageante. Je ne serais pas étonné qu’un cumulonimbus puisse se cacher dans la masse. Dilemme, que fait-on? Et bien on évite, donc empannage et route à l’Est. Nous pourrons toujours surveiller l’évolution de ces nuages en début de nuit car la lune est avec nous jusqu’à 2h du matin.

    Bulletin du soir, je suis satisfait d’avoir choisi la route Sud

    Vers 23h, le vent tourne plein ouest. Conséquence, notre route diverge de plus en plus des Açores. Pour parfaire le tableau, le courant nous dépale aussi vers le sud.

    A 1h, nous décidons d’empanner pour retrouver le bord le plus rapprochant. La grosse masse d’hier soir ne nous barre plus la route, mais quelques nuages restent à négocier. A leur passage, de grosses fluctuations de vent, en force et direction mais nous pouvons toujours avancer vers notre but. En revanche le vent se met à mollir jusqu’à 7-8 noeuds. La mer est trop agitée pour que les voiles restent gonflées, nous nous trainons tout le reste de la nuit à moins de 5 noeuds de vitesse.

    Mercredi 23 mai :

    Le vent se relève avec le jour. Il vient du 240° pour 10 noeuds, tout juste assez pour gonfler la GV et le gennaker avec la mer qu’il y a, mais nous faisons route vers le Nord et il n’y a aucun doute ce matin que la brise va fraichir en cours de journée. En altitude, le ciel est pommelé, en plus de quelques cirrus et plus bas, du strato-cumulus fractus. Ce sont les signes de l’approche du front.

    Ciel pommelé

    A 8h30, nous atteignons 35°20’N, c’est suffisant, j’estime que nous sommes (après beaucoup d’effort) très bien placés par rapport à la dépression qui nous rattrape, pour empanner et nous préparer pour un long bord, peut-être de 3 jours vers l’Est tribord amure.

    Sur cette nouvelle amure, le bateau glisse mieux, car les vagues nous arrivent de l’arrière. Le vent forcit graduellement le matin, il est établi à 15-18kt en milieu de journée. Moby commence à accélérer et part au surf sur les petites vagues.

    Alors que nous terminons tout juste le déjeuner, un peu avant 14h, une risée à 22 KT, nous accélérons et au moment où le bateau ralenti sur la vague devant, nous entendons un bruit de déchirure, et voyons notre Gennaker se déchirer sur toute la longueur du guindant, puis passer à l’eau. Il chalute le long de la coque bâbord : nous intervenons immédiatement et réussissons à le ramener assez facilement sur le trampoline. Pauvre gennaker ; il n’a pas démérité sur ce tour du monde, nous tractant vaillamment sur plus de 15000 milles, soit un tiers de la distance. Il était pourtant passé en voilerie en Martinique pour une remise en forme, avec changement complet du galon de guindant.

    Gennaker déchiré

    Récupération du gennaker, assez facile heureusement!

    Après l’incident, nous établissons le solent devant, car le vent doit forcir dans la soirée et n’ayant désormais plus de gennaker, je décide de ménager le code 0.

    Nous progressons bien tout l’après-midi, l’angle au vent de 145° est parfais pour bien glisser. La mer se forme et s’organise, il y a peu de courant pour la contrarier.

    Temps dégagé en soirée, notre route est parallèle au front, dans son Sud

    Le temps est plus dégagé que prévu, les nuages sont sur notre arrière bâbord dans le Nord-Ouest, mais ne semblent pas nous rattraper. C’est vertueux d’aller vite devant une dépression, car on conserve plus longtemps du temps maniable, ce qui permet de bien se positionner. Dans les conditions que nous avons, tout en maintenant 10 noeuds de vitesse, nous sommes en mesure d’ajuster notre route de-10° à +40°, soit un décalage latéral de près de 100 nautiques en 12h si besoin.

    Jeudi 24 mai :

    Le début de nuit s’est bien passé pendant le quart de Bénédicte, bon vent, belle mer et clair de lune. Je ne suis pas sorti une seule fois de mon  lit pendant mon repos, c’est le signe que les conditions sont stables et faciles. Le contraire de la nuit précédente ou j’étais sur le pont toutes les 30 minutes pendant mon repos.

    Nous passons dans la nuit les « Corner Seamount », une zone de montagnes sous-marines qui s’étend sur une centaine de kilomètres. Le sommet le plus haut de ces montagnes est très proche de la surface, à seulement 6 mètres de profondeur, alors que le fond de l’océan est à plus de 4000m dans la zone. Nous passons à 20 milles au Nord de ce  haut-fond.

    Ambiance nocturne à la table à carte

    Le vent forcit graduellement pendant la nuit. Sa montée est lente et progressive, mais bien confirmée par l’anémomètre, qui peut nous renseigner sur la vitesse moyenne du vent sur 1, 5, 10, 30 minutes ou 1 heure. A ce train là, le 2° ris dans la grand voile sera nécessaire avant le lever du jour. Alors je décide de ne pas repousser la manoeuvre, je préfère l’anticiper un peu même. Je réveille Bénédicte, nous nous équipons, gilets, lampes. Je suis au pied de mât, et Bénédicte est dans le cockpit, à l’écoute et chariot de grand voile, et à l’éclairage de la voile. En 10 minutes l’affaire est réglée. La vitesse moyenne baisse d’un demi-noeud, pas plus, mais le gain en confort est appréciable.

    Passage à la vitesse supérieure

    Lever du jour, le 24 mai

    Au lever du jour, je découvre un temps de force 6 classique, il y a encore de beaux trous de ciel bleu, le bateau file. C’est l’heure de prendre la météo : pas de changement significatif depuis hier soir pour ce qui nous concerne, mais la dépression s’est encore creusée et est prévue à 973 hPa dans 24h. Nous sommes loin dans son Sud et attendons un vent moyen de 25 à 30 noeuds, mais les rafales pourront atteindre 40 noeuds. Le plus fort devrait nous passer dessus en fin de nuit prochaine. Bien content d’être resté sur une route très Sud. Je sais qu’il y a beaucoup de voiliers partis des Bermudes 3 jours avant nous, presque tous sont montés au Nord chercher les vents d’Ouest, ils vont être servis!

    La dépression nous rattrappe, mais le temps devrait rester maniable à notre latitude

    Sur Moby, on se prépare quand même pour du vent fort. L’intérieur est rangé et les objets susceptibles de bouger sont calés. Victor est monté me repasser le hâle-bas du troisième ris, qui avait glissé au départ des Bermudes en hissant la grand voile. Je suis content de pouvoir compter sur lui pour ce genre de manoeuvre, cela m’évite d’y aller moi-même entre le losange et le mât. Il est fort probable que le 3° ris soit pris avant la nuit prochaine.

    Milieu de journée, le vent tourne vers le Sud-Sud-Ouest, le front chaud de la dépression gagne du terrain sur nous. Nous sommes en route directe vers Florès, à 140° du vent. La mer se lève toujours, déjà 2 bons mètres de creux, Moby part au surf à plus de 20 noeuds, cela faisait longtemps que nous n’étions pas allés si vite. Vitesse moyenne de 10,5 noeuds sur le fond depuis ce matin.

    16h, le vent continue à monter sur l’échelle de Beaufort pour atteindre le haut de force 6. C’est le moment de prendre le 3° ris. Le vent apparent est inférieur à 20 noeuds, la manoeuvre est facile, même si ça reste impressionnant d’être en pied de mât quand le bateau part en surf à 18-20 noeuds. Une fois le 3° ris pris, nous allons à peine moins vite qu’avec les 2 ris. Le vent peut monter, on a de la marge maintenant.

    Peu de temps après, nous rattrapons un monocoque de 14m du nom de Gaia Soul. Il nous appelle à la VHF pour prendre des nouvelles de la météo. Je lui donne les infos de ce matin et convient de le rappeler vers 18h, lorsque j’aurai récupéré les derniers fichiers. Gaia disparait vite dans notre sillage car nous allons presque 2 fois plus vite. La mer parait de suite plus forte en voyant de près un autre bateau, qui remet une échelle à la hauteur des vagues. Je les estime à 2m en moyenne, avec de temps à autre un train de quelques vagues de 3m. Il est facile de les sous-estimer car lorsque je suis debout au poste de barre, mon oeil est à 3m50 de la surface. Lorsque je tente de l’appeler 2 heures plus tard avec une météo actualisée, Gaia est déjà hors de portée VHF.

    Nous doublons Gaia, lui aussi sous 3 ris

    Nous sommes entre 10 et 12 noeuds, le monocoque à seulement 6 noeuds disparait vite dans notre sillage

    La nuit de jeudi à vendredi est très agitée, comme nous nous y attendions. Le vent n’est pas si fort, il souffle avec régularité entre 25 et 28 noeuds, mais la mer est dans tous les sens. A bord, il faut bien se tenir, car les mouvements du bateau sont assez imprévisibles. Nous sommes sous toilé pour le vent, mais il ne serai de toute façon pas possible de dépasser les 8-9 noeuds, avec tous ces creux et bosses désordonnés.

    Bulletin du soir
    Vendredi 25 mai :

    Quand le jour se lève, vers 5h du matin (nous sommes toujours restés à l’heure des Bermudes), le temps est clair devant, en revanche lorsqu’on se retourne vers l’Ouest, le ciel est bas et noir. C’est le front qui est à notre poursuite. Il va certes plus vite que nous, mais comme il se décale vers le NNE, nous avons espoir de tenir toute la journée à courir devant. Des quatre routages issus de la météo du matin, 3 font route vers le Nord-Est, pour se faire dépasser par le front, puis se retrouver au recching puis au près bâbord amure en attendant 24h le retour des vents de Sud-Ouest avec la dépression suivante. Le 4° routage, basé sur les fichiers américains GFS, voit une possibilité de faire route plein Est, en conservant les vents forts de Sud-Ouest plus longtemps. Puis ce vent baissera, mais normalement pas sous les 10 noeuds, avant de se renforcer à nouveau avec la dépression suivante.

    Lever de soleil sur mer agitée

    Je choisis la dernière option pour sa simplicité : nous resterons tribord amure et il n’y aura qu’à adapter la toile pour la force du vent. Les autres options vont nécessiter beaucoup de manoeuvres, du près, des virements, puis des empannages et l’incertitude du vent en force et direction au passage du front. En plus, de l’autre coté du front, l’air est prévu à 14° alors que du coté sud l’air est toujours à 22°C.

    A midi, les conditions de mer se sont arrangées, les vagues sont toujours de l’ordre de 3m, mais elles sont maintenant plus longues. Le vent semble aussi avoir passé son maximum et baisse doucement. Je décide sans trop attendre de larguer le 3° ris, aussitôt, Moby regagne en tonus et notre vitesse moyenne prend près de 2 noeuds. Tout l’après midi, nous filons devant le front et il ne semble pas gagner trop de terrain sur nous. A 18h, nous avons toujours un vent du 215° pour 22 noeuds et nous filons à 120° du vent, droit vers l’Est à 10 noeuds. Notre bateau cible de routage nous avait un peu distancé ce matin, mais c’est à notre tour de lui grapiller quelques milles cet après midi.

    Un autre bateau rattrapé, réel celui-là, un voilier de 12m, Rubis Rose, que nous voyons sur l’AIS. Il est sur la route directe vers Flores, à moins de 5 noeuds. Nous le passons dans son sud, sans le voir car il est à 7 milles de nous et la visibilité ne dépasse pas les 5 milles. Je tente un contact VHF à 2 reprises, pas de réponse.

    Ciel toujours sombre dans le Nord-Ouest

    Nous croisons un Tanker

    Le front à lentement glissé vers le Nord est en fin d’après-midi, quelques rayons du soleil percent la couche nuageuse, puis le soleil apparait entre les nuages quelques minutes avant de se coucher. La lune est déjà bien levée, elle sera bien utile cette nuit pour veiller au grain, car quelques gros cumulus et cumulonimbus sont visibles à l’horizon. La mer s’est encore assagie en fin de journée, la nuit s’annonce plus reposante que la précédente.

    Grains dans notre Sud

    Le vent commence à baisser au coucher du soleil, mais la proximité de grains, plus quelques éclairs plus distants nous incite à la prudence et à conserver nos 2 ris pour l’instant. Dès 22h, le vent baisse significativement, notre vitesse est passée à 5-6 noeuds, or il faut continuer à avancer si on ne veut pas se faire engluer dans la bulle de vent faible qui enfle derrière nous.  Nous larguons donc le 2° ris, puis le 1° dans la foulée, la vitesse remonte à 8 noeuds.

    Samedi 26 mai :

    A 1h du matin, lorsque je prends mon quart, le vent a encore mollit un peu. Nous pourrions hisser le code 0 et passer à la vitesse supérieure, mais nous repoussons la manoeuvre au lever du jour, dans environ 4 heures. A 6h15, le code 0 est en l’air, il était temps car je sens que la zone de calme nous rattrappe par derrière.

    Nous nous trainons toute la matinée entre 5 et 6 noeuds. Vers midi, un grain se rapproche, le vent tombe complètement. Je démarre un moteur pour m’extraire du grain sur son coté Sud, bonne pioche car 15 minutes plus tard nous accrochons la risée d’une douzaine de noeuds qui nous ouvre une porte de sortie vers l’Est. Le moteur est coupé, et nous filons à 9-10 noeuds en accompagnant le grain, à environ un mille dans son Sud. Cette accélération nous permet de raccrocher au train de vent qui nous avait dépassé. Nous nous déplaçons à la même vitesse que le petit système météo qui nous entoure. Pendant 2 heures, nous avons la molle aux trousses, les calmes nous suivent à moins de 2 milles! La transition est beaucoup plus compacte que sur les cartes météos, qui montrent une zone de transition d’une dizaine de milles entre calmes et vent de 10 noeuds, la ou nous sommes, cette transition se fait sur moins de 1 mille, et est évidente à l’observation.

    Ne pas se faire rattraper par la zone de calmes! Notre route est proche du routage GFS, en vert

    L’après-midi se passe bien, les calmes ne sont plus visibles derrière et le vent du 210° varie entre 11 et 14 noeuds. Nous progressons un peu plus vite que le routage, car le vent est légèrement plus fort que prévu. Le ciel s’est bien dégagé, plus un seul nuage en vue à 18 heures.

    Nous roulons le code 0 à 22h, pour la nuit, car le vent a encore un peu fraichit. C’est presque pleine lune, la nuit s’annonce agréable, car les conditions sont d’une grande stabilité et il est peu probable que nous ayons la moindre manoeuvre à faire, contrairement aux 2 nuits précédentes qui n’ont pas été de tout repos.

    Dimanche 27 mai :

    Nous avons maintenu plus de 9 noeuds de moyenne cette nuit, et ce malgré un courant contraire de 0,5 à 1 noeud. La météo du matin est dans la lignée de celle de la veille, et les fichiers des différentes sources convergent, signe que la situation météo se clarifie. On peut commencer à regarder notre ETA avec une fiabilité correcte. Nous venons de décider d’aller directement vers Horta, sur l’ile de Faial, car de forts vent de Nord-Est sont prévus après notre arrivée, pour mercredi et jeudi. Par ces vents d’Est, le mouillage de Porto Lajes sur l’ile de Flores est très exposé et nous ne sommes pas sûr d’avoir une place dans le port. Mieux vaut donc pousser 120 milles plus loin vers Horta, nous reviendrons à Flores lorsque le temps sera meilleur. Notre ETA pour Horta est pour le mardi 29 mai en milieu d’après-midi. Cette arrivée coïnciderait avec le passage du front, cela veut dire que la rapidité sur cette fin de parcours sera une grande vertu, car le vent doit tourner au Nord puis Nord-Est et Est assez vite après le front. Nous espérons pouvoir éviter du louvoyage sur les derniers milles!

    Un banc de dauphins nous accompagne pendant plus de 15 minutes en nous offrant un beau spectacle ; ils sont une quinzaine dont deux particulièrement joueurs.

    C’est toujours un plaisir de voir les dauphins jouer avec le bateau

    La navigation est bien tranquille toute la journée, le 1° ris est pris à 14h, à part ça, rien à signaler. Les milles défilent, à 16h, nous passons sous la barre des 400 milles avant Horta.

    Le ciel se charge de nuages vers le Sud-Ouest, ils vont probablement nous apporter la force Beaufort supplémentaire attendue pour la nuit prochaine. En fait non, et vers 19h30 nous larguons le 1° ris car le vent a un peu baissé et adonné. La météo du soir confirme un vent de 15 à 18 noeuds pour la nuit. Vers 22h nous roulons le code 0 car le vent refuse un peu. Très bonne progression toute la nuit, mer assez courte, pas très confort, mais l’essentiel c’est de se rapprocher du but car les milles sont plus faciles à engranger de ce coté ci du front.

    Lundi 28 mai :

    Le vent a encore fraichit en fin de nuit et nous prenons le 1° ris dans la grand voile à 6h du matin. Nous ne sommes plus qu’à 280 milles de Horta et pour la troisième fois sur cette traversée, la vitesse est importante car elle nous permet de conserver le vent de Sud-Ouest plus longtemps.

    Petite baisse du vent vers midi, nous larguons le ris, puis à 15 heures, nous hissons à nouveau le code 0 car le vent à pris 20° à droite.

    A la météo du soir, il s’avère que le front arrive beaucoup plus vite que prévu, son passage étant en  fin de nuit vers les 4 heures du matin. En l’espace d’environ 2 heures, le vent va tourner du Sud-Ouest au Nord-Nord-Est en passant par l’Ouest. Nous sommes sensiblement dans l’Est de Faial, notre trajectoire va donc s’incurver vers le Nord-est lorsque le vent va commencer sa rotation, puis nous empannerons pour terminer sur un long bord de recching bâbord amure.

    En attendant nous faisons marcher au mieux et gardons le code 0 autant que possible. En fin de journée, les nuages s’amoncellent derrière nous, je pressens que le front est plus rapide que les prévisionistes météo.

    Le ciel s’assombrit, le front gagne du terrain

    Le vent se maintient entre le 220° et le 250° jusqu’à 1h du matin puis mollit rapidement en passant à l’Ouest. Nous ne tardons pas à empanner car le vent frais se trouve maintenant dans notre Nord, alors autant aller à sa rencontre. Comme le vent a faibli et que nous prenons désormais les vagues sur notre travers bâbord, nous ne pouvons pas descendre à plus de 130° du vent, nous progressons donc sur une route au 030°, pas l’idéal mais j’espère que ça ne va pas durer. Je me trompe, la transition dure près de 3 heures et c’est seulement vers 4 heures du matin que la bascule arrive. Notre progression sur la route a été moyenne pendant cette transition, mais la bonne nouvelle, c’est que le décalage opéré vers le Nord va nous donner un angle au vent très confortable et rapide vers l’arrivée, dès que le vent sera établi au Nord.

    Mardi 29 mai, arrivée à Horta, Faial :

    Le jour s’est levé et Moby file à vive allure, au vent de travers. La mer est belle et la glisse parfaite. De nombreux voiliers apparaissent sur notre écran AIS, ils sont une petite dizaine sur notre avant tribord, entre 10 et 20 milles devant, sans doute des bateaux de l’ARC Europe, partis 4 jours avant nous des Bermudes. Le front arrive tout juste sur eux, nous bénéficions donc d’un meilleur vent (plus fort et moins serré) et passons à leur vent, presque à une vitesse double de la leur. Bientôt nous apercevons la côte rocheuse de l’ile de Faial, très sombre et escarpée qui se dégage sous la couche nuageuse.

    Faial en vue

    Punta Castelo Branco droit devant

    Nous visons la presqu’ile de Castelo Branco en sachant qu’une fois ce cap franchi, nous rentrerons dans le dévent de l’ile pour les 6 derniers milles. Pas de doute, les hauteurs de Faial, culminant à plus de 1000m, créent une zone sans vent sur toute la côte Sud.

    Côte sud de Faial

    Entrée dans le port de Horta

    Nous démarrons les moteurs et profitons de ces calmes pour ranger le bateau. Moins d’une heure plus tard, nous rentrons dans le port de Horta. C’est encombré d’arrivants de transat, plus une place à quai ou au ponton. Nous mouillons l’ancre dans le port. Moby est de retour en territoire Européen. Petit coup d’oeil sur le GPS de la VHF, dont le waypoint est calé sur Brest depuis notre passage du Cap de Bonne Espérance : 1198 milles seulement!