Nous y voilà, aux Bahamas, dernière escale tropicale de notre tour du monde, et dont nous attendons beaucoup. Nous avons en effet rushé en remontant l’arc Antillais, afin de préserver au moins 6 semaines pour la découverte de l’archipel : 700 îles, dont seulement 20 sont habitées toute l’année. Les voiliers canadiens viennent y passer l’hiver en quête de soleil et de chaleur, un peu aussi les américains, mais très peu d’autres nationalités qui naviguent plutôt dans les Antilles. Cela nous intrigue un peu, et nous avons hâte de nous faire une idée sur ce bassin de navigation dont nous soupçonons qu’il soit largement méconnu des Européens.
A l’entrée dans les Bahamas, notre premier contact avec la civilisation sera le survol de Moby par l’hélicoptère des US Coast Guards Cela donne le ton : les Bahamas sont sous la coupe des USA, en ce qui concerne au moins la surveillance de leurs frontières!
Nous avons fait notre clearance tôt le matin à Mayaguana, et sommes repartis aussitôt vers Crooked Island où nous attendent mes parents, qui ont loué un Lagoon au départ de Marsh Harbour (Abacos), skippé par Sylvain.
Nous avons prévu une navigation en tandem de 2 semaines dans les iles du sud des Bahamas. En fin de journée, nous traversons un petit détroit entre les « Plana Cays » : ces îles ne sont guère plus que de longs bancs de roches et de sable plantés de tout petits palmiers.
la variété : le Thatch Silver Palm, qui ressemble en miniature au Vacoa des Mascareignes. Endémique des Bahamas, il est utilisé pour faire des toit de palme, comme son nom l’indique, mais aussi pour divers objets de vannerie, ceintures, paniers, objets de décoration….
Sur l’horizon, de très haut souffles montent dans les airs. Nous pensons tout d’abord à des baleines, mais ce sont en fait des rochers « souffleurs ».
Nous visons une arrivée de nuit à Landrail Point, au Nord-Ouest de Crooked Island, l’île principale des Atcklins. Un phare yest censé baliser l’entrée, mais il n’est pas en opération…
Mais la baie offre une entrée franche, et nos cartes Transas (i-sailor) sont comme toujours très précises, nous donnant une large zone de fond sablonneux dans 5m d’eau…juste à côté du bateau de mes parents.
Au réveil, nous découvrons des fonds d’une clarté incroyable, et d’une couleur turquoise à nulle autre pareille.
Il fait chaud, très chaud : nous installons la voile d’ombrage les enfants s’y installent … pour travailler! Je vous assure, Victor bosse son français, et Anna fait de la lecture.
Loïc lance le drone, et nous découvrons l’île de Crooked vue d’en haut,
la mouillage de Landrail
C’est vraiment magique de pouvoir visiter l’arrière pays par les airs!
le mouillage de Landrail, et le phare de Bird Rock au loin
Pour fêter nos retrouvailles familiales, nous allons tous au resto! Les enfants se sont mis sur leur 31 pour les retrouvailles avec leurs grands-parents.
Nous accostons dans un petit port creusé dans la roche.
A Landrail, nous découvrons une petite communauté Bahaméenne fort restreinte : une épicerie, un resto, un poste de police…
En marchant vers le restaurant, nous découvrons le « village ».
L’île a été ravagée par le cyclone Joaquim, en octobre 2015, qui a inondé 75% des habitations, détruit la centrale électrique, et ravagé une cinquantaine de maisons… Aujourd’hui, il reste moins de 200 habitants, répartis dans plusieurs petits « settlements »; les autres ont fui pour trouver travail et habitation ailleurs.
La reconstruction est longue, très longue, et les dégâts encore très nombreux :
L’ancienne station service est inutilisable : dommage car elle était pratique aussi pour les bateaux.Il y a un projet de reconstruction à quelques mètres de là, mais à l’arrêt.
la dalle de la future station service
Les maisons qui sont encore habitées sont par contre particulièrement pimpantes.
Au resto, nous nous régalons et découvrons les spécialités locales : langouste rôtie, thazard en légère friture, l’incontournable « mac’n’cheese » (gratin de macaroni, prononcer « maquenne-tchise »), poulet mariné, riz aux haricots, salade de haricots verts : tout est frais, délicieux, fait-maison et local!
En marchant sur la route, nous sommes survolés par un tout petit avion : il nous faudra aller visiter la piste qui se trouve non loin du village;
En fin d’après-midi, Loïc part avec Victor et Arthur plonger en apnée sur le tombant, qui descend de 5 à 200m en quelques mètres seulement.
Là, ils se font surprendre par un requin particulièrement agressif qui les charge à 3 reprises, visiblement mécontent de voir des humains sur son terrain de chasse. Heureusement, il n’a pas idée de les croquer, seulement de les intimider : sans doute les prend-il pour des prédateurs concurrents, ce qui fâche, non? Tous 3 se replient avec calme et rapidité, palmant à reculons vers l’annexe, en restant groupés serrés. Ils se souviendront longtemps de cette charge inopinée.Des émotions pareilles, ca soude une famille!
En toute fin de journée, nous allons explorer la plage, très sauvage. Tout le long, nous observons des maisons, dont presque toutes sont détruites et à l’abandon.
Au nord de l’île, sur un ilot, le phare de Bird Rock est impressionnant de stature, il date de 1876.
Tout au bout de la plage, la piste d’aviation! Fréquentée par des pilotes-propriétaires américains et canadiens,qui viennent pour la pêche, en particulier la très confidentielle et très select pêche au « Bone fish » sur les « flats », ces grandes étendues d’eau sablonneuses et peu profondes dont Crooked Island regorge. C’est une pêche à la mouche sportive de « catch and release » (le bone fish n’est pas réputé pour la finesse de sa chair, il est très difficile à préparer), très populaire chez les américains du sud.
Deux pêcheurs à la mouche en route vers les Flats, dans leur tenue typique « camouflage des sables »
Un jeune homme vient nous accueillir et nous propose de faire avec lui le tour du propriétaire. L’occasion pour nous de nous familiariser avec l’accent Bahaméen qui est très particulier. Les installations aéroportuaires sont sommaires :
un beach bar, particulièrement bien placé,quelques quelques bungalows dotés de chambres, une salle de restaurant et c’est tout!
Plus loin, un projet de marina a été abandonné : la maison du propriétaire, un américain, a été détruite,et la reconstruction n’a pas encore eu lieu…. quand à parler de développement, ce n’est surement pas pour tout de suite. L’île de Crooked est très basse sur l’eau, et particulièrement vulnérable aux cyclones : la montée des eaux barométrique y fait des dégâts impressionnants.
En longeant la plage au retour, nous passons devant la ruine de cette jolie maison. L’arbre à coté, qui ressemble fort à un filaos n’est pas en meilleur état…
Anna et moi ramassons des gorgones, qui jonchent la plage par centaines : vertes, roses, violettes, jaunes, marron….
Une fin de journée paisible à profiter de la plage, de la nature
et du soleil qui se couche.
Nous appareillons pour French Wells, un mouillage tout au sud de Crooked.Nous passons sur un banc de sable peu profond. Les garçons surveillent le fond. Difficile d’évaluer à vue d’oeil la profondeur tant l’eau est claire!
Nous sommes tous sous le charme de ce « turquoise » si particulier des Bahamas. Je mitraille, et me donne comme objectif de « capturer » les 50 nuances de turquoise.
Le Lagoon 42 loué par mes parents a un peu plus de tirant d’eau que nous, nous lui avons ouvert la route
Ils sont très contents de leur bateau,qui bien que petit, est remarquablement habitable, en particulier la cabine propriétaire,
et dispose d’espaces à vivre particulièrement réussis. En terme de performance, ca n’est évidement pas une bombe… mais il a de bons moteurs! ll faut bien ça pour pouvoir suivre Moby, véloce dans le petit temps….
Nous mouillons dans des eaux cristallines.
La plage est très belle et le sable d’une douceur….
Le site est très sauvage, inhabité, les eaux turquoises,Petite curiosité : un vieux puit, toujours praticable! De l’eau douce donc, venant de nappes phréatiques. Ces puits sont très courants aux Bahamas, pratiques pour le ravitaillement des bateaux, ils étaient dans l’ancien temps des étapes incontournables. J’apporte ma bassine et en profite pour faire des lessives de serviettes!
Et derrière la plage,
la mangrove s’avère accessible en annexe via un canal naturel.Nous partons pour une belle ballade naturaliste
au coeur de la mangrove,
L’eau est peu profonde, mais d’une clareté….
Nous dérangeons un petit requin nourrice venu trouver refuge dans les méandres.
Le coucher de soleil est hypnotisant, la plage magnifique, il n’y a pas de vent : c’est le site idéal pour faire un feu!
Papily et les enfants ont préparé les branchages avec l’aide précieuse de SylvainNous prenons l’apéro sur la plage. Les enfants nous ont aussi fabriqué une table en pierre et Sylvain des sièges en vieux cordage de marine
Les enfants sont tellement heureux de pouvoir partager avec leurs grands parents cette vie de plein air qui leur plait tant. Le lendemain, nous partons un peu plus au sud pour Long Cay.
Au petit déjeuner, nous faisons des crêpes! Je n’ai pas emporté mon Bilig (nom breton de la crêpière traditionnelle en fonte électrique), il est resté à la maison… mais une simple poêle à crêpe anti-adhésive dépanne. Nous faisons aussi des crêpes blé noir, le repas préféré des enfants, quand nous trouvons du sarrasin, que j’ai bizarrement eu un mal fou à trouver aux Antilles françaises, alors qu’en Polynésie et à la Réunion, sans problème!
Côté pêche, ca n’est pas un succès : dès que nous attrapons un poisson, il sert d’appât aux requins, qui le croquent d’un coup de dent…
ce qu’il reste de sa bécune dans les mains de Sylvain…
Loïc lance le drone, et cette fois, c’est Anna qui pilote! Très concentrée…
Nous voulons prendre de belles photos de Moby, car c’est décidé, nous le mettons en vente. Sans regret, car il nous aura permis de réaliser notre rêve : un tour du monde à la voile en famille. Mais d’ici quelques mois, nous reprendrons nos vies de terriens, le travail, l’école, le jardin, et n’aurons pas usage d’un bateau de grand voyage. Nous espérons que Moby aura un nouveau propriétaire qui continue à naviguer longtemps…
Nous continuerons bien sur à naviguer sur les bateaux de la famille, les enfants à faire de la voile légère, et nous aurons peut-être un day-boat pour profiter des beaux jours en famille?
Mais le virus du voyage nous a piqué, et nous repartirons un jour en bateau, pour continuer à explorer à la voile cette planète qui est si belle, à la découverte de ses habitants, nos frères humains : « Tous pareils, tous différents! »
A Long Cay, nous sommes mouillés tout proches du village d’Albert Town.
Vers le Sud de Long cayvers le Nord de Long Cay
Là encore, c’est une longue plage de sable blanc, de l’eau turquoise, mais on ne s’en lasse pas….
Albert Town a été un des plus gros villages des Bahamas du temps de la marine à la voile, jusqu’au milieu du 19ème siècle avec près de 2000 habitants : c’était en effet un port d’entrée aux Bahamas, stop idéal pour les voiliers, le port disposant d’un accès aisé à la voile, d’une rade abritée sous le vent de l’île et d’une bonne profondeur.
Du jour au lendemain, avec l’avènement de la marine à vapeur, le village est devenu fantomatique, puis carrément désert avec aujourd’hui seulement… 12 habitants.
Albert, c’est aussi le nom de mon papa : il FAUT aller à terre y faire un tour.
Nous débarquons sur la plage, le quai est impraticable.
Nous croisons nombre de ruines, de maison abandonnées, les ruelles sont désertes…
Une habitante qui était sur le pas de sa porte nous aperçoit, et nous salue. Les visiteurs sont rares, et elle nous fait les honneurs de l’église : détruite par un cyclone…. Curiosité : elle n’a été reconstruite que partiellement :
seul un des bas-côtés a été rebâti
Nous nous enquerrons du prêtre : il ne vient que très rarement officier.
Un autre habitant vient à notre rencontre. Justin veut que nous immortalisions la rencontre,en particulier avec Albert, en visite à Albert Town!
Justin et Albert
Il nous offre des vestiges du temps passé : d’anciennes bouteilles en verre.
En rentrant au bateau en annexe, nous longeons encore quelques maisonnettes en ruines : quelle tristesse de savoir que tous ces habitants ne reviendront plus. C’est une des tristes réalités des îles extérieures des Bahamas : quand elles sont touchées par un cyclone, de très nombreux habitants décident de ne pas reconstruire, et d’aller plutôt tenter leur chance ailleurs, dans le nord, sur des îles plus touristiques et densément peuplées. Ainsi, les « Outer Islands » se dépeuplent inexorablement au gré des cyclones.
Le soleil se couche sur Albert Town….
Nous quittons le groupe des Atcklins pour rejoindre Long Island, via le Crooked Passage. Nous atterrissons à Little Harbour, un curieux petit port naturel de la côte au vent : une échancrure rectangulaire parfaite dans les terres, fermée par deux petites îles, et ouverte sur une passe. Nous n’avons que l’embarras du choix côté plages, et nous décidons pour le tout petit banc de sable qui borde l’îlot fermant la baie. Ce sera notre plage « privée » pour la journée. Skimboard, snorkeling,
chateaux de sable…..
Quand nous appareillons le lendemain, nous apercevons drossé à la côte une ancienne épave, de ce qui a dû être un très grand bateau.
Nous faisons escale à Clarence Town, qui sur la carte ressemble à un gros village et où nous espérons faire un avitaillement de produits frais. Papily et Mamily partent à terre avec leurs sacs…. et ne reviennent à la nuit que plusieurs heures plus tard. Nous commencions à être inquiets. N’ayant pas trouvé ce qu’ils voulaient dans la boutique du village, la patronne leur propose de faire le « taxi » pour eux jusqu’au supermarché le plus proche….. Tope-là! Sauf que le commerce se trouve en réalité à une petite demi-heure de distance en pick-up sur une route défoncée….Le dos de Papily se souvient encore des cahots de la route et de la conduite sportive de sa conductrice… Ils reviennent 2 heure trente plus tard chargés de victuailles, produits frais et savoureux, encore sous le charme de l’hospitalité et de la gentillesse des Bahaméens.
Pendant ce temps-là, nous sommes à la plage avec les enfants
ballade en amoureux, skimboard, chateaux de sable…
Nous retrouvons nos amis de Luna Bay II, Un Outremer 45 avec 3 enfants à bord : Théotime, Charline et Léonie ont à peu de chose près le même âge que Victor, Arthur et Anna. Nous les avons croisés plusieurs fois, et avons enfin le temps de bien sympathiser autour d’un apéro : les parents dans le cockpit autour d’un ti-punch, et les enfants sur le trampoline à faire les fous!
Au petit dèj du lendemain, un bon pain de mie grillé, fait maison dans notre machine à pain. Nous en sommes très contents, depuis qu’ Alexandre nous l’a offerte à l’île Maurice. Nous y faisons du pain, du pain de mie, des brioches, mais aussi des cakes au chocolat, au yaourt, aux pommes, des financiers…. et même du gateau breton!
Cette fois-ci, c’est Arthur qui pilote le drone : décollage, vol, et atterrissage. Il n’a pas voulu faire de photos, seulement un film!
Nous sommes à Rum Cay, dans la baie de Flamingo, une superbe plage, et encore une fois, nous ne sommes que 2 bateaux au mouillage; Après avoir exploré presque toute la baie à la recherche d’un bon mouillage, nous revenons mouiller près de la passe : c’est le seul endroit sans patate de corail. Le snorkeling en revanche est très prometteur, avec tout ce corail.
Là encore, sable blanc fin comme de la farine, des kilomètres de plage où nous prenons l’habitude de nous balader en fin de journée, du skim pour les garçons,
on ne s’en lasse pas.
Nous partons faire un snorkeling dans le nord du récif,près d’une épave.
Les coraux Elkorn sont majestueux. Nous croisons quelques gros spécimens, de mérou, de requin nourrice aussi…mais l’animal est craintif, et nous tourne le dos.
Puis nous retournons le lendemain à Long Island, tout au nord, dans la jolie baie de Stella Maris. Nous nous arrêtons en mouillage de jour dans une petite baie adjacente, très sauvage. Nous déposons Papily et Mamily sur leur petite plage personnelle. C’est merveilleux de profiter de ces plages calmes et peu fréquentées. Encore du bleu turquoise intense, du sable blanc à faire mal aux yeux, et de petites grottes.
Nous irons en fin d’après-midi explorer Galliot Cay, et en particulier le petit village de Seymours, à travers un méandre de mangrove,
que l’on parcourt en annexe, le long de grottes, jusqu’à un petit pont doté d’un ponton
En fait de village, il ne s’agit que d’un « settlement » comme on appelle ici ces regroupements de maison. Pas vraiment de commerces : un barbier, une location de « cottages », et c’est tout. Une vieille dame sort de sa maison pour nous saluer, et papoter. Ancienne postière à Nassau, elle est revenue passer sa retraite dans la maison familiale, et améliore ses fins de mois en tressant des feuilles de palme pour en faire des paniers, des ceintures, typiques de l’artisanat Bahaméen.
Demain, nous quittons les Bahamas du Sud pour entrer dans les Exumas, chapelet d’îles et d’îlot magnifiques, où la navigation se fera par sauts de puces, et où nous attendent de magnifiques snorkeling, des centaines de petites plages, des épaves d’avions et de bateaux, des grottes sous-marines, des cavernes semi-immergées, des iguanes, des cochons nageurs….à suivre….
Cela fait plusieurs jours que nous surveillons de loin la tempête tropicale formée le premier mai au nord-Est des Fiji. Elle est inhabituellement tardive, la saison cyclonique étant censé se terminer…. début avril-et nous sommes début mai! Cela est d’autant plus étonnant qu’un cyclone, COOK, est déjà passé tardivement sur le Vanuatu et la Nouvelle Calédonie il y a moins d’un mois :
Le cyclone Cook, passé sur le Vanuatu et la Nouvelle Calédonie, les 8 et 11 avril derniers
Le 3 mai, la tempête tropicale pend la forme d’un cyclone, et est nommée : Donna devient une menace sérieuse pour la région.
Dans l’expectative d’un cyclone, il y a deux solutions : s’abriter dans une marina, ou dans un trou à cyclone. Les marinas de Nouméa étant bondées, nous pensons au trou à cyclone de la Baie de Prony, distante de 35 NM de l’île des Pins où nous nous trouvons.
à Prony, la baie des Kaoris et la baie du Carénage
Le plus souvent niché au coeur de mangrove et au fond d’estuaires, un trou à cyclone permet de s’abriter du mauvais temps, en particulier de vents cycloniques qui peuvent tourner de 360° en quelques heures, et aussi de la mer qui ne peut rentrer grâce aux méandres de la rivière. La végétation très résistante des mangliers (connus aussi sous le nom de palétuviers), qui plantent solidement leurs racines mi-aériennes/ mi-aquatiques dans les fonds, permet qu’on s’y amarre si nécessaire, et fera protection en cas de montée des eaux barométrique. Les fonds sont en général d’excellente tenue.
Cependant, nous ne sommes pas trop inquiets pour nous même ni pour Moby, car les eaux autour du sud de la Nouvelle Calédonie sont « froides », pas plus de 25°. Or un cyclone a besoin d’eau chaude pour puiser son énergie : à moins de 26°-27°, il perd de sa puissance.
Après avoir vécu plusieurs années à l’île Maurice, où nous habitions en bord de mer et avions aussi un bateau, nous avons connu de très nombreuses alertes cycloniques, et un seul cyclone nous a véritablement touché avec des vents supérieurs à 200km/h : Dina, en janvier 2001, qui avait fait beaucoup de dégâts, matériels et humains. Ce sont donc des phénomènes que nous connaissons, en particulier Loïc par son métier de pilote de ligne. Nous savons qu’il faut toujours se préparer au pire, car au delà de la force d’un cyclone, c’est sa trajectoire qui dira la force et la direction des vents à un point précis. Il existe aussi une part d’incertitude quand à la trajectoire exacte de ces phénomènes.
Loïc suit donc de très près la météo sur les sites spécialisés, et nous décidons le 5 mai de quitter notre mouillage de l’île des Pins pour la baie de Prony, où se trouve l’un des meilleurs trou à cyclones de la région.
La baie de Kaori
Le cyclone Donna est encore loin, mais nous venons de passer 8 jours très tranquilles à l’île des Pins : nous sommes contents de bouger, et avons l’idée de tester le mouillage cyclonique de Kaori Baie ou du Carenage, « au cas où » , puis d’aller explorer le reste de la baie de Prony qui offre de nombreux mouillages, balades à terre dans des lieux historiques de peuplement, des point de vue en hauteur, des cascades et baignades en rivière etc….
vestiges de l’exploitation minière
Prony est surtout un terminal de minerai, avec un très grand port, d’où vont et viennent les chargement de minerai, en particulier de nickel.
A notre arrivée, déjà 4-5 bateaux sont au mouillage, un dans le bras de rivière de la Baie des Kaori, les autres dans celui du Carenage.
la baie du Carénage
La couverture gsm n’est pas bonne, alors pour récupérer la météo, nous avons trouvé la parade : 2 fois par jour, j’active le partage de connexion de mon iphone, je l’enrobe dans un petit sac, et nous le montons en haut du mat pour une meilleure réception : et ca fonctionne!
Nous avons aussi toujours notre téléphone satellite avec lequel nous prenons les fichiers GRIB.
Finalement, le lendemain, 6 mai, nous décidons de rester dans la baie de Kaori. En effet, le cyclone s’intensifie, passe en catégorie 4 et sa trajectoire s’infléchit vers la Nouvelle-Calédonie.
Le cyclone Donna, le 6 mai, au nord-Est du Vanuatu
Rester à Kaori nous permet de plus de « sécuriser » notre mouillage : étant arrivés les premiers, nous avons choisi ce qui nous semble être le meilleur emplacement, à l’embouchure même de la rivière.
ou mouillage à Kaori Baie
La situation météo est particulièrement inhabituelle pour un début mai : il s’avérera que Donna est le cyclone le plus fort jamais enregistré au mois de Mai dans la zone SW Pacifique. Il passera brièvement en catégorie 5 dans la journée du 8 mai!
Nous prenons notre mal en patience pendant ces quelques jours d’attente avant de savoir quelle trajectoire et quelle force aura le phénomène, et s’il nous touchera ou pas.
la trajectoire prévue pour Donna , datée du 7 mai
Le matin nous commençons par un bon petit-dèj qui traine un peu, puis nous montons l’iphone en haut du mat pour récupérer de la météo, et prendre des nouvelles de la France : nous sommes en en effet en pleine campagne présidentielle, entre les deux tours!
Puis nous continuons avec 2 heures d’école, histoire de prendre un peu d’avance.
Après le déjeuner, c’est relax, nous bouquinons, regardons des films parmi le millier de notre médiathéque.
En fin de journée, nous allons aussi aux bains des Kaoris, accessibles seulement à marée haute : c’est une source d’eau chaude naturelle. Il y a des restes de volcanisme en Nouvelle-Calédonie!
vers les sources d’eau chaude
A 5mn en annexe, en amont de notre mouillage, il nous faut zig-zaguer entre les méandres de la rivière,
et les bancs de sable
jusqu’à atteindre un ponton.
C’est par là!
Nous sommes impressionnés par l’aménagement de la source.
Un véritable jacuzzi naturel! Bon, l’eau est plutôt à 32-33° qu’à 35-36°, mais c’est quand même sympa pour se délasser en fin de journée,Les enfants se défoulent en perfectionnant leurs roulades sous-marines et nous restons une bonne heure à barboter .
Nous remontons aussi un peu plus haut observer les chutes d’eau. Tout cela serait encore plus spectaculaire sous le soleil, mais nous n’aurons pas cette chance : en 7 jours à Prony, et nous ne verrons pas un seul coin de ciel bleu!
Le 8 mai, Donna est à son pic d’intensité : cyclone de classe 5,avec une trajectoire qui nous passe droit dessus.
Prévisions de trajectoire le 8 mai
Il a une forme assez parfaite de cyclone, avec un oeil bien marqué.
Donna le 8 maila situation du phénomène à échelle régionale
Mais il reste encore 48h avant l’arrivée du phénomène, qui devrait diminuer en intensité à mesure de sa descente dans le sud.
Tous les jours, la pluie s’intensifie un peu plus, laissant au début 30mn de répit entre les grains, puis 15mn, puis seulement 5mn à la fin. Nous finissons donc pas aller et revenir de la source sous la pluie.
Alors on s’équipe! Même sous la pluie, les enfants sont très motivés par le bain des Kaoris.
Nous sommes aussi séduit par la beauté des lieux, sauvages à souhait.
La mangrove est magnifique, même sous le ciel gris.
Ici, un petit bras de rivière caché…
Et sur les mangliers et les rochers, on découvre des huîtres!
Ici, un rayon de soleil qui transperce nous offre un mémorable arc-en ciel.
Le 9 mai, Donna perd de sa puissance : sur les images, son oeil a disparu.
Donna, le 9 mai
Sa trajectoire s’incurve vers le sud, et il accélère sa descente, droit sur le sud de la Nouvelle Calédonie, entre l’île des Pins et Prony où nous nous trouvons.
Trajectoire prévue de Donna au 9 mai
Heureusement, le phénomène va beaucoup faiblir, et repasser en « simple » tempête tropicale quand il va nous toucher.
Côté cuisine, j’aimerais me dire : « Tiens, si on en profitait pour cuisiner un peu plus, faire des gâteaux? ».
Mais non, car les réserves de produits frais s’amenuisent… je n’ai plus d’oeufs, presque plus de beurre, plus de fruits non plus, et quelques rares légumes esseulés…Nous n’avions pas prévu de rester si longtemps en baie de Prony, il nous faut donc «tenir» une grosse semaine sur des réserves de 3-4 jours.
Alors je jongle avec la cuisine du placard, comme ces fougasses au fromage ou au chorizo qui permettent un plat unique de pic-nic avec de la farine, de l’eau, un filet d’huile d’olive, et une poignée de fromage râpé, de chorizo, de jambon de montagne, des câpres, d’olives ou de tomates séchées….
Et pour changer des pâtes (au pesto, aux champignons, à la sauce tomate, ….), et de la pizza au thon/anchois/câpres/poivrons, j’ai aussi dans mon escarcelle :
– la salade de pois chiches (avec un poivron, une tomate coupé en dés, et une vinaigrette au massala),
– la salade de lentilles agrémentée d’une carotte râpée et d’un assaisonnement cumin-paprika
A la fin de la semaine, le frigo vraiment vide…
Et Donna dans tout ca? Cela fait 5 jours que nous attendons ; d’un jour à l’autre , les prévisions de trajectoire changent.
La pluie s’intensifie, pour ne former qu’un rideau épais.
Cela ne nous empêche toujours pas d’aller nous relaxer à la source des Kaoris… de plus en plus équipés!
Le mercredi 10 mai, Donna est prévu de passer le lendemain sur les îles Loyauté, à l’Est de la Grande Terre.
prévisions de trajectoire de Donna le 10 mai
Nous nous préparons donc pour la nuit : les vestes, les lampes frontales, les gilets de sauvetage, les lampes de pont au cas où il nous faudrait manoeuvrer.Finalement, Donna va toucher de plein fouet les îles Loyauté, en se désagrégeant au passage, revenant au stade de dépression tropicale intense, puis modérée.
Bizzarement, dans la nuit, nous sommes réveillés vers 2h du matin, par… le silence. En effet, le vent est tombé, la tempête tropicale s’est essoufflée. Le lendemain, jeudi 11 mai le temps se découvre.
Nous attendons la levée de l’alerte cyclonique pour lever l’ancre et nous diriger vers Nouméa. Que cela fait du bien de revoir le ciel bleu et le soleil!
Nous nous donnons 3 jours pour préparer le bateau, récupérer les derniers colis, faire les appros et dire au-revoir aux copains : nous dînons à bord du bateau de Carole et Antoine, le lendemain, c’est un BBQ chez Michel et Peggy , et enfin, Nancy vient gentiment nous déposer un colis qu’elle a réceptionné pour nous.
Nous reste tout juste le temps de faire un tour au marché pour faire le plein de fruits et légumes non réfrigérés, qui se conserveront donc bien, puis un gros plein au supermarché, en particulier des fromages : camemberts, fourme d’Ambert, buche de chèvre…. pas sûr que l’on trouve un si bel achalandage avant longtemps!
Les cales sont bien remplies, les pleins d’eau et de gazoil sont faits!
Nous restons sur notre faim, d’un séjour mitigé en Nouvelle-Calédonie. Notre départ tardif de Nouvelle-Zélande aura écourté un séjour que nous aurions aimé plus long : Loïc avait très envie de faire le tour complet de la Nouvelle-Calédonie : 4-5 semaines eurent été nécessaires pour monter vers Belep via la côte Ouest, et redescendre vers l’île des Pins via les îles Loyauté et la côte oubliée. Nous n’avions que 3 semaines, qui finalement ont été bien tronquées par le cyclone Donna, qui nous aura immobilisé 8 jours à Prony.
Ce sont là les aléas du voyage en bateau, qui nous rend tributaires de la météo! Il nous faudra donc un jour revenir en nouvelle-Calédonie, qui mérite bien 2 mois qu’on s’y arrête! La belle surprise aura été de revoir des amis de longue date comme Michel et son épouse Peggy, Carole et son mari Antoine, et de faire la connaissance de Nancy et Thomas, amis chers de mon frère.
En quittant Nouméa, la providence nous fait trois beaux clins d’oeil :
Nous croisons notre ami Michel sur son JPK 10.80, qui passe la ligne d’arrivée en tête de la régate du week-end.
Léon, le voilier de Michel
cette tortue qui sort sa tête comme pour nous dire au-revoir
et dans la passe de Dumbéa, nous croisons la route d’un paisible lamentin, à quelques mètres de notre étrave, qui semble nous dire « Revenez, vous n’avez pas tout vu! »-désolé, pas de photo à vous montrer, la rencontre aura été furtive…