Nous continuons notre remontée de l’arc antillais, et nous dirigeons vers des îles durement touchées en septembre dernier par le cyclone Irma. Nous avons suivi le désastre de très près, par l’intermédiaire de nos amis Pierre et Marie, installés à St-Martin depuis quelques années, avec leurs 3 enfants. Ils ont vécu le cataclysme, et s’en sont sortis indemnes, mais secoués.
Beaucoup de plaisanciers et de touristes cette saison éviteront ces îles, leur préférant des escales plus paisibles.
Irma, le 06 septembre 2017, au plus fort
Nous-même ne devions pas nous y arrêter cette année, car nous y avons fait de longues escales il y a deux ans, lors de notre passage aux Antilles. Mais nous avons finalement décidé d’y passer, même rapidement, pour plusieurs raisons :
tout d’abord parce que ces îles sont désertées par les touristes, et que nous souhaitons apporter notre petite contribution, si modeste soit-elle, à la reconstruction
pour témoigner aussi, via notre blog, montrer les dégâts, et aussi la reconstruction en cours
pour y voir Pierre et Marie bien sûr!
mais aussi car c’est là, entre St-Barth et St-Martin que nous bouclons notre tour du monde. Un symbole fort, qu’il nous tient à coeur de célébrer avec nos amis.
Nous n’avons qu’une semaine en tout à consacrer à ces 3 escales, car nous sommes attendus dans moins de deux semaines aux Bahamas, que nous avons prévu d’explorer pendant 1 mois et demi, avant avant notre transat retour en France.
SAINT-BARTHELEMY
Nous arrivons à St-Barth en fin de journée, après une petite nav’ de jour bien agréable. L’émotion est là, nous recoupons à l’instant notre sillage, et bouclons ici, à St-Barth, devant ce rocher des Gros Ilets, notre tour du monde en famille.
Partis de la Grande Motte en février 2016, nous sommes arrivés aux Antilles en mars 2016. Aujourd’hui, le 27 mars 2018, 2 ans et 9 jours nous séparent de ces deux photos.
Moby au mouillage à St-Barth, mars 2016
Nous fêtons cela par un bon repas en famille, et une bouteille de champagne, mise au frais pour l’occasion!
Nous sommes tous les 5 très émus, en réalisant le temps et les milles passés en 739 jours et 41 800 NM.
Le matin, nous observons les dégâts : si le centre ville et les commerces semblent reconstruits, de nombreuses maisons sont encore en ruines, et surtout, la végétation a grise mine.
En revanche, les méga yachts sont de retour, tel celui du milliardaire russe Ibrahamovitch, propriétaire d’une villa sur l’île. Son yacht, Eclipse, fut pendant quelques années le plus grand yacht privé du monde, avec ses 163m, 2 piscines, deux héliports, un mini sous-marin, un bouclier de défense anti-missile, un pont blindé et des fenêtres pare-balles. Nous immortalisons la trappe latérale à joujoux, où se rangent les annexes.
Nous ne restons malheureusement pas à St-Barth, car nous sommes attendus à St-Martin pour le week-end.
SAINT-MARTIN
A l‘approche des côtes, nous sommes un peu fébriles, car nous aurons bientôt sous le yeux les dégâts d’Irma, ce cyclone de classe 5 qui a ravagé le nord des Antilles en septembre 2017. Ce fut le plus puissant cyclone enregistré en Atlantique depuis 1980. Il aura causé de nombreuses victimes, et des dégâts matériels colossaux à Barbuda, St-Barth, St-Martin, Anguilla, les îles Vierges , les îles les plus durement touchées, mais aussi Porto Rico, la république Dominicaine, Haïti, Cuba et la Floride.
Lorsque nous arrivons à Saint-Martin, c’est un paysage de désolation qui s’offre à nous.
L’île est rasée, la végétation qui a survécu est terne, affaiblie, les collines arides.
Les hotels et résidences de la côte sont éventrées, il ne subsiste aucune fenêtre.
Les restaurants de plage ont été rayés de la carteet la baie Orientale offre un paysage inédit : une large bande de sable, là où s’alignaient les restaurants….
6 mois après le passage du dévastateur cyclone Irma, les plages ont été nettoyées, et réinvesties par les habitants qui viennent y passer leurs week-end et leurs soirées ;Les touristes par contre ne sont pas revenus cette année. Les tour opérateurs américains et canadiens ont blacklisté la destination. Les habitants pourtant sont là, les plages aussi, mais puisque « l’offre touristique » a disparu, le touriste déserte aussi… Plus de bars de plages, de petites boutiques, de location de jetski ou de plongée bouteille.
En quelques mois, la vie a repris sur l’île : les routes, aéroports et marinas sont praticables, les stations services, supermarchés, pharmacies etc…. sont opérationnelles à 100%.
Les restaurants de quartier et les sociétés de service rouvrent petit à petit. Tous n’ont en effet pas encore touché l’argent de leur assurance, et les autorisation de réouverture préfectorales sont données au compte-goutte. Les autorités sont en effet soucieuses de la qualité de la reconstruction, qui nécessite un bon assainissement, des canalisations en état, un traitement des déchets etc…
C’est ainsi qu’à Grand Case, haut lieu de la vie nocturne de St-Martin, seul un restaurant a réouvert….
Un seul restaurant ouvert à Grand Case
La rue principale, qui était bordée de restaurants, bars et boutiques le long de la plage sur plus d’un kilomètre n’est que ruines.AVANT
Grand Case avant le cyclone, en mars 2016
APRES
Grand Case après le cyclone, en mars 2018
Beaucoup ont tout perdu à Grand Case, et tous ne vont pas reconstruire ni réouvrir leurs commerces.
Nos amis Pierre et Marie ont vécu le cyclone, avec leurs 3 enfants et une autre famille amie, à l’abri dans une maison disposant d’un plafond en dur, et qui a bien résisté. Ils ont eu très peur, et s’en sont sortis indemnes mais marqués. La bonne nouvelle est que leur propre maison, malgré son traditionnel toit en bois et tôle, n’a pas subi de gros dégâts. Mais le réveil a été rude. Les dégâts et les pillages qui s’en sont suivis étaient tels qu’ils ont du se résoudre à rentrer passer quelques mois en France : sans eau, ni électricité, ni gaz pour cuisiner, sans nourriture et sans carburant pour se déplacer, sans travail et sans école, il était raisonnable de se rapatrier, en attendant que les activités reprennent. L’ironie est qu’il ont passé une partie de leur hiver breton… dans notre maison, que nous leur avions prêtée, car elle était inoccupée l’hiver. Et mon petit doigt me dit qu’ils ont vécu là encore, quelques grosses tempêtes…
Toute la famille est rentrée à St-Martin début janvier, pour y reprendre le travail et le chemin de l’école!
Quand nous arrivons à la Baie Orientale (B.O.),
Pierre arrive nous accueillir en SUP.
Nous passons le week-end à nous raconter ces deux années passées, intenses pour les uns comme pour les autres, et à penser l’avenir : pour eux la reconstruction à St-Martin, pour nous le retour à la vie de terriens.
Nos enfants ont tous les 6 des âges comparables, se connaissent et ont plaisir à se retrouver.
Anna et Rose s’apprêtent à aller explorer les fonds sous-marin de la baie Orientale.
Anna et Rose
Après le cyclone, toutes sortes de débris s’y retrouvent, comme ce tracteur, inhabituelle épave, qui prouve les forces du cataclysme!
Un peu plus loin, je trouve un conteneur à poubelles. Mais aussi beaucoup de débris, morceaux de toit, chaises longues, parasols….
Nous dégotons aussi quelques bouteilles : whisky, Jet 27, champagne, rosé, vin blanc….. car la plage de la B.O. était jalonnée de restaurants de plage, paillotes etc… tous disparus. Pas sur que tout cela soit buvable, il va falloir faire une soirée dégustation!
la « pêche » du week-end
Ce soir, nous fêtons nos retrouvailles,
mais aussi notre tour du monde, que nous avons bouclé la veille à St-Barthélémy.
Moby arrivant à la Baie Orientale, 2 ans après notre premier passage à St-Martin
Il y a deux ans, c’est aussi avec Pierre et Marie que nous fêtions l’arrivée de notre transat : Lanzarote-St-Martin en 14 jours.
En mars 2016, nous fêtons notre arrivée de transat à Tintamarre avec Pierre et Marie
Lundi matin, nous appareillons à l’aube pour Marigot, afin d’effectuer un gros avitaillement.
2 gros caddies remplis au Super U
En effet, nous mettons cap sur les Bahamas pour 6 semaines de navigation dans des îles souvent sauvages, peu habitées, où l’avitaillement sera problématique.
Là encore, le cyclone a laissé des marques : de nombreux bateaux sont démâtés, d’autres coulés, y compris des yachts de plus de 30m, retournés comme des crêpes dans le port. Les chiffres de l’industrie nautique ont annoncé pour St-Martin 1000 bateaux lourdement endommagés, et 500 réduits à l’état d’épave. Les travaux de renflouement se poursuivent.
La marina de Fort Louis est de nouveau opérationnelle.
En ville, à Marigot, beaucoup de commerces sont encore fermés, en particulier dans les petites rues.
Nous sommes aussi interpellés par l’état des voitures qui circulent,
cabossées, bringuebalantes…. Il apparait que les experts sont débordés.
En quittant St-Martin, nous ne pouvons nous empêcher de faire un comparatif avant-après, avec les photos d’il y a 2 ans :
celles de la décharge sont explicites la décharge en mars 2016 la décharge en mars 2018,
Le volume des déchets a au moins été multiplié par 5, si ce n’est plus.
cette baie aussi, qui était bordée de magnifiques villas: Les 6 villas noyées dans la végétation, en mars 2016
n’est plus que l’ombre d’elle-même.
les mêmes villas en mars 2018, après le passage d’Irma,
Nous quittons St-Martin un peu tristes en nous disant que l’on est peu de chose face à la force des éléments. La nature se remet vite, mais les oeuvres des hommes beaucoup moins.
Notre prochaine escale aux îles Vierges Britanniques nous le confirmera.
Les British Virgin Islands (B.V.I.)
L’archipel est lui aussi dévasté, mais la reconstruction bat son plein. Il faut dire qu’ici, le tourisme est plutôt haute gamme, avec des villas de propriétaires et peu de grands ensembles.
Nous sommes même étonnés de voir autant de belles maisons, comme neuves : elles viennent sans doute d’être rénovées. D’autres sont comme soufflées, ne restent que les murs,
Et certaines sont réduites en débris.
Nous arrivons en vue de Necker Island, l’île de Richard Branson,
qui met les moyens de la reconstruction.
Loïc va faire les formalités à Spanish Harbour, et remarque tous ces bateaux aux secs : certains sont très endommagés, d’autres simplement posés sur leur coque, sans ber.
Les enfants attendent avec impatience d’aller se baigner aux Baths, la mythique plage de Virgin Gorda. Nous sommes déçus d’apprendre que le débarquement à terre est interdit, à cause de fortes houles attendues dans la nuit et le lendemain.
Nous n’aurons pas accès au parcours aquatique que nous aimons tant, entre roches et mer, et qui est sans doute dangereux ces jours-ci.
Nous irons nous faufiler tout de même par la plage la plus éloignée
et nous balader à terre sur la plage.
Comme partout ailleurs, les villas sont soit très pimpantes, et donc récemment réparées, soit ravagées,
ou en pleine reconstructionLa végétation a elle aussi souffert.
Plage et roches n’ont pas bougé….Les garçons s’amusent en Skim.
Anna et Arthur ont trouvé un filon de sable volcanique noir et fin comme de la suie!
Les petits cactus ont survécu. les gros aussi
La houle permet à Victor de belles acrobaties. Il faut dire que les conditions de houle sont au top.
Loïc, prévoyant, nous a apporté l’apéro à la plage.
Nous partons le lendemain pour White Bay, à Guana Island.
En route, nous ne croisons que peu de voiliers : quel contraste avec il y a 2 ans, où le plan d’eau était sillonné de centaines de bateaux de charter. Depuis, les BVI ont perdu 80% de leur flotte de location. Seuls quelques cata à moteurs sillonnent la zone. C’est l’année ou jamais pour naviguer tranquille aux B.V.I.!
Quelque bateaux de propriétaires sont là. Quelle classe!
Ce magnifique yacht à l’ancienne navigue avec… son petit day-boat quillard, pour la balade. Comme il doit être agréable de se balader ainsi à la voile au mouillage!
En longeant la piste, nous découvrons de très nombreuses épaves, signe que tout n’a pas été renfloué.
Une plage a été aménagée pour les touristes, avec des installations provisoires : paillottes, roulottes, bars de plage, transats et parasols….
Nous restons dans les îles extérieures, car nous attendons une fenêtre météo pour naviguer vers les Bahamas.
Nous arrivons à Guana Bay.
La plage est sublime, et les pélicans chassent devant nos yeux.
Les garçons glissent en skim pendant des heures, et ne s’arrêteront qu’épuisés de fatigue.
Derrière la plage, le terrain est en friche, les habitations ont été rasées et la reconstruction a commencé.
Nous appareillons le lendemain pour les Turks & Caicos puis les Bahamas, qu’il nous tarde d’explorer!
Victor aide à hisser la grand voile
Dès les premiers milles en mer, les dauphins nous accompagnent,
Ils jouent autour de Moby, particulièrement bondissants! C’est leur façon de nous dire au revoir et à bientôt…
Cela fait plusieurs jours que nous surveillons de loin la tempête tropicale formée le premier mai au nord-Est des Fiji. Elle est inhabituellement tardive, la saison cyclonique étant censé se terminer…. début avril-et nous sommes début mai! Cela est d’autant plus étonnant qu’un cyclone, COOK, est déjà passé tardivement sur le Vanuatu et la Nouvelle Calédonie il y a moins d’un mois :
Le cyclone Cook, passé sur le Vanuatu et la Nouvelle Calédonie, les 8 et 11 avril derniers
Le 3 mai, la tempête tropicale pend la forme d’un cyclone, et est nommée : Donna devient une menace sérieuse pour la région.
Dans l’expectative d’un cyclone, il y a deux solutions : s’abriter dans une marina, ou dans un trou à cyclone. Les marinas de Nouméa étant bondées, nous pensons au trou à cyclone de la Baie de Prony, distante de 35 NM de l’île des Pins où nous nous trouvons.
à Prony, la baie des Kaoris et la baie du Carénage
Le plus souvent niché au coeur de mangrove et au fond d’estuaires, un trou à cyclone permet de s’abriter du mauvais temps, en particulier de vents cycloniques qui peuvent tourner de 360° en quelques heures, et aussi de la mer qui ne peut rentrer grâce aux méandres de la rivière. La végétation très résistante des mangliers (connus aussi sous le nom de palétuviers), qui plantent solidement leurs racines mi-aériennes/ mi-aquatiques dans les fonds, permet qu’on s’y amarre si nécessaire, et fera protection en cas de montée des eaux barométrique. Les fonds sont en général d’excellente tenue.
Cependant, nous ne sommes pas trop inquiets pour nous même ni pour Moby, car les eaux autour du sud de la Nouvelle Calédonie sont « froides », pas plus de 25°. Or un cyclone a besoin d’eau chaude pour puiser son énergie : à moins de 26°-27°, il perd de sa puissance.
Après avoir vécu plusieurs années à l’île Maurice, où nous habitions en bord de mer et avions aussi un bateau, nous avons connu de très nombreuses alertes cycloniques, et un seul cyclone nous a véritablement touché avec des vents supérieurs à 200km/h : Dina, en janvier 2001, qui avait fait beaucoup de dégâts, matériels et humains. Ce sont donc des phénomènes que nous connaissons, en particulier Loïc par son métier de pilote de ligne. Nous savons qu’il faut toujours se préparer au pire, car au delà de la force d’un cyclone, c’est sa trajectoire qui dira la force et la direction des vents à un point précis. Il existe aussi une part d’incertitude quand à la trajectoire exacte de ces phénomènes.
Loïc suit donc de très près la météo sur les sites spécialisés, et nous décidons le 5 mai de quitter notre mouillage de l’île des Pins pour la baie de Prony, où se trouve l’un des meilleurs trou à cyclones de la région.
La baie de Kaori
Le cyclone Donna est encore loin, mais nous venons de passer 8 jours très tranquilles à l’île des Pins : nous sommes contents de bouger, et avons l’idée de tester le mouillage cyclonique de Kaori Baie ou du Carenage, « au cas où » , puis d’aller explorer le reste de la baie de Prony qui offre de nombreux mouillages, balades à terre dans des lieux historiques de peuplement, des point de vue en hauteur, des cascades et baignades en rivière etc….
vestiges de l’exploitation minière
Prony est surtout un terminal de minerai, avec un très grand port, d’où vont et viennent les chargement de minerai, en particulier de nickel.
A notre arrivée, déjà 4-5 bateaux sont au mouillage, un dans le bras de rivière de la Baie des Kaori, les autres dans celui du Carenage.
la baie du Carénage
La couverture gsm n’est pas bonne, alors pour récupérer la météo, nous avons trouvé la parade : 2 fois par jour, j’active le partage de connexion de mon iphone, je l’enrobe dans un petit sac, et nous le montons en haut du mat pour une meilleure réception : et ca fonctionne!
Nous avons aussi toujours notre téléphone satellite avec lequel nous prenons les fichiers GRIB.
Finalement, le lendemain, 6 mai, nous décidons de rester dans la baie de Kaori. En effet, le cyclone s’intensifie, passe en catégorie 4 et sa trajectoire s’infléchit vers la Nouvelle-Calédonie.
Le cyclone Donna, le 6 mai, au nord-Est du Vanuatu
Rester à Kaori nous permet de plus de « sécuriser » notre mouillage : étant arrivés les premiers, nous avons choisi ce qui nous semble être le meilleur emplacement, à l’embouchure même de la rivière.
ou mouillage à Kaori Baie
La situation météo est particulièrement inhabituelle pour un début mai : il s’avérera que Donna est le cyclone le plus fort jamais enregistré au mois de Mai dans la zone SW Pacifique. Il passera brièvement en catégorie 5 dans la journée du 8 mai!
Nous prenons notre mal en patience pendant ces quelques jours d’attente avant de savoir quelle trajectoire et quelle force aura le phénomène, et s’il nous touchera ou pas.
la trajectoire prévue pour Donna , datée du 7 mai
Le matin nous commençons par un bon petit-dèj qui traine un peu, puis nous montons l’iphone en haut du mat pour récupérer de la météo, et prendre des nouvelles de la France : nous sommes en en effet en pleine campagne présidentielle, entre les deux tours!
Puis nous continuons avec 2 heures d’école, histoire de prendre un peu d’avance.
Après le déjeuner, c’est relax, nous bouquinons, regardons des films parmi le millier de notre médiathéque.
En fin de journée, nous allons aussi aux bains des Kaoris, accessibles seulement à marée haute : c’est une source d’eau chaude naturelle. Il y a des restes de volcanisme en Nouvelle-Calédonie!
vers les sources d’eau chaude
A 5mn en annexe, en amont de notre mouillage, il nous faut zig-zaguer entre les méandres de la rivière,
et les bancs de sable
jusqu’à atteindre un ponton.
C’est par là!
Nous sommes impressionnés par l’aménagement de la source.
Un véritable jacuzzi naturel! Bon, l’eau est plutôt à 32-33° qu’à 35-36°, mais c’est quand même sympa pour se délasser en fin de journée,Les enfants se défoulent en perfectionnant leurs roulades sous-marines et nous restons une bonne heure à barboter .
Nous remontons aussi un peu plus haut observer les chutes d’eau. Tout cela serait encore plus spectaculaire sous le soleil, mais nous n’aurons pas cette chance : en 7 jours à Prony, et nous ne verrons pas un seul coin de ciel bleu!
Le 8 mai, Donna est à son pic d’intensité : cyclone de classe 5,avec une trajectoire qui nous passe droit dessus.
Prévisions de trajectoire le 8 mai
Il a une forme assez parfaite de cyclone, avec un oeil bien marqué.
Donna le 8 maila situation du phénomène à échelle régionale
Mais il reste encore 48h avant l’arrivée du phénomène, qui devrait diminuer en intensité à mesure de sa descente dans le sud.
Tous les jours, la pluie s’intensifie un peu plus, laissant au début 30mn de répit entre les grains, puis 15mn, puis seulement 5mn à la fin. Nous finissons donc pas aller et revenir de la source sous la pluie.
Alors on s’équipe! Même sous la pluie, les enfants sont très motivés par le bain des Kaoris.
Nous sommes aussi séduit par la beauté des lieux, sauvages à souhait.
La mangrove est magnifique, même sous le ciel gris.
Ici, un petit bras de rivière caché…
Et sur les mangliers et les rochers, on découvre des huîtres!
Ici, un rayon de soleil qui transperce nous offre un mémorable arc-en ciel.
Le 9 mai, Donna perd de sa puissance : sur les images, son oeil a disparu.
Donna, le 9 mai
Sa trajectoire s’incurve vers le sud, et il accélère sa descente, droit sur le sud de la Nouvelle Calédonie, entre l’île des Pins et Prony où nous nous trouvons.
Trajectoire prévue de Donna au 9 mai
Heureusement, le phénomène va beaucoup faiblir, et repasser en « simple » tempête tropicale quand il va nous toucher.
Côté cuisine, j’aimerais me dire : « Tiens, si on en profitait pour cuisiner un peu plus, faire des gâteaux? ».
Mais non, car les réserves de produits frais s’amenuisent… je n’ai plus d’oeufs, presque plus de beurre, plus de fruits non plus, et quelques rares légumes esseulés…Nous n’avions pas prévu de rester si longtemps en baie de Prony, il nous faut donc «tenir» une grosse semaine sur des réserves de 3-4 jours.
Alors je jongle avec la cuisine du placard, comme ces fougasses au fromage ou au chorizo qui permettent un plat unique de pic-nic avec de la farine, de l’eau, un filet d’huile d’olive, et une poignée de fromage râpé, de chorizo, de jambon de montagne, des câpres, d’olives ou de tomates séchées….
Et pour changer des pâtes (au pesto, aux champignons, à la sauce tomate, ….), et de la pizza au thon/anchois/câpres/poivrons, j’ai aussi dans mon escarcelle :
– la salade de pois chiches (avec un poivron, une tomate coupé en dés, et une vinaigrette au massala),
– la salade de lentilles agrémentée d’une carotte râpée et d’un assaisonnement cumin-paprika
A la fin de la semaine, le frigo vraiment vide…
Et Donna dans tout ca? Cela fait 5 jours que nous attendons ; d’un jour à l’autre , les prévisions de trajectoire changent.
La pluie s’intensifie, pour ne former qu’un rideau épais.
Cela ne nous empêche toujours pas d’aller nous relaxer à la source des Kaoris… de plus en plus équipés!
Le mercredi 10 mai, Donna est prévu de passer le lendemain sur les îles Loyauté, à l’Est de la Grande Terre.
prévisions de trajectoire de Donna le 10 mai
Nous nous préparons donc pour la nuit : les vestes, les lampes frontales, les gilets de sauvetage, les lampes de pont au cas où il nous faudrait manoeuvrer.Finalement, Donna va toucher de plein fouet les îles Loyauté, en se désagrégeant au passage, revenant au stade de dépression tropicale intense, puis modérée.
Bizzarement, dans la nuit, nous sommes réveillés vers 2h du matin, par… le silence. En effet, le vent est tombé, la tempête tropicale s’est essoufflée. Le lendemain, jeudi 11 mai le temps se découvre.
Nous attendons la levée de l’alerte cyclonique pour lever l’ancre et nous diriger vers Nouméa. Que cela fait du bien de revoir le ciel bleu et le soleil!
Nous nous donnons 3 jours pour préparer le bateau, récupérer les derniers colis, faire les appros et dire au-revoir aux copains : nous dînons à bord du bateau de Carole et Antoine, le lendemain, c’est un BBQ chez Michel et Peggy , et enfin, Nancy vient gentiment nous déposer un colis qu’elle a réceptionné pour nous.
Nous reste tout juste le temps de faire un tour au marché pour faire le plein de fruits et légumes non réfrigérés, qui se conserveront donc bien, puis un gros plein au supermarché, en particulier des fromages : camemberts, fourme d’Ambert, buche de chèvre…. pas sûr que l’on trouve un si bel achalandage avant longtemps!
Les cales sont bien remplies, les pleins d’eau et de gazoil sont faits!
Nous restons sur notre faim, d’un séjour mitigé en Nouvelle-Calédonie. Notre départ tardif de Nouvelle-Zélande aura écourté un séjour que nous aurions aimé plus long : Loïc avait très envie de faire le tour complet de la Nouvelle-Calédonie : 4-5 semaines eurent été nécessaires pour monter vers Belep via la côte Ouest, et redescendre vers l’île des Pins via les îles Loyauté et la côte oubliée. Nous n’avions que 3 semaines, qui finalement ont été bien tronquées par le cyclone Donna, qui nous aura immobilisé 8 jours à Prony.
Ce sont là les aléas du voyage en bateau, qui nous rend tributaires de la météo! Il nous faudra donc un jour revenir en nouvelle-Calédonie, qui mérite bien 2 mois qu’on s’y arrête! La belle surprise aura été de revoir des amis de longue date comme Michel et son épouse Peggy, Carole et son mari Antoine, et de faire la connaissance de Nancy et Thomas, amis chers de mon frère.
En quittant Nouméa, la providence nous fait trois beaux clins d’oeil :
Nous croisons notre ami Michel sur son JPK 10.80, qui passe la ligne d’arrivée en tête de la régate du week-end.
Léon, le voilier de Michel
cette tortue qui sort sa tête comme pour nous dire au-revoir
et dans la passe de Dumbéa, nous croisons la route d’un paisible lamentin, à quelques mètres de notre étrave, qui semble nous dire « Revenez, vous n’avez pas tout vu! »-désolé, pas de photo à vous montrer, la rencontre aura été furtive…
Depuis 3 semaines que nous naviguions dans l’ile du Sud, nous avons globalement eu du beau temps grâce à un positionnement idéal des anticyclones qui se sont succédés, centrés environ sur la latitude 40°S. L’automne austral approchant, le centre des hautes pressions tend à remonter vers le nord, laissant aux dépressions la place pour balayer l’ile du Sud et le sud de l’ile du Nord.
Lever de soleil sur Homewood Bay, Pelorus sound
Comme d’habitude avant toute navigation conséquente, j’ai suivi de près la situation météo des derniers jours, guettant l’ouverture d’une fenêtre météo favorable pour avaler les 500 à 600 milles vers Auckland, en fonction de la route choisie.
Une fois de plus, je suis surpris de constater autant de différences entre les fichiers météo successifs, les modèles semblant ne pas savoir anticiper la position d’un centre dépressionnaire prenant naissance aux abords de Sydney, et prévu de se mouvoir vers l’est. Le samedi 4, la prévision la voit passer sur le détroit de Cook tôt le mardi 7. Le dimanche 5 au matin, elle la voit passer au nord de l’ile du Nord le mardi 7 au soir. La prévi du dimanche soir voit un déplacement plus lent de la dépression, qui ferait route vers le sud-est avant d’arriver en Nouvelle-Zélande. Cette dernière situation générale serait donc très favorable à une remontée par le détroit de Cook, puis le long de la cote Est, contournant le cap Est, Bay of Plenty et passage du cap Colville avant de rentrer dans le Golfe d’Hauraki. En revanche, plus question avec cette météo de passer par l’ouest comme nous l’avions fait à la descente. Le choix est donc simple : par l’Est dès lundi matin ou on attend dans les Marlborough encore une bonne semaine la prochaine ouverture (ou pas!) de fenêtre météo. C’est donc avec impatience que j’attends la prévision du lundi matin.
Lundi 6 mars 2017:
Bonne nouvelle pour commencer la journée, la météo de ce matin conforte celle de la veille, et les prévisions à 3 jours des services météo NZ sont en accord avec les données brutes des fichiers grib sur l’ensemble des zones concernées.
Je lance un routage qui aide à se projeter avec plus de précisions en temps et conditions sur la route prévue. En partant à 8h lundi, le routage nous met au Cap Colville mercredi soir vers minuit.
Globalement les conditions prévues sont les suivantes: Lundi vent de nord-ouest à nord 15 noeuds fraichissant 20 puis 30 dans l’après-midi dans le détroit de Cook, avant de mollir en approchant du cap Palliser. Pour la première nuit, de l’ouest à nord-ouest entre 10 et 20 noeuds. Mardi 7, baisse du vent progressive le matin, calmes l’après-midi et vent revenant au sud 15kt en soirée, puis fraichissant sud-est 20-25 noeuds pendant la nuit. Mercredi matin est-sud-est 25kt, fraichissant 30kt en journée tournant Est le soir.
Nous quittons le mouillage d’Homewood Bay, dans le Pelorus sound un peu avant 8h. La première heure se fait au moteur, car le vent ne parvient pas à franchir les reliefs des Sounds. Nous profitons de la fin de la marée descendante et son courant portant. Vers 9 heures, en sortant de l’abri des collines, nous touchons le vent de nord-ouest attendu et Moby peut filer au travers sous GV et Solent dans une bonne dizaine de noeuds de vent. Nous pourrions envoyer le code zéro, mais je préfère attendre d’être encore plus dégagé des côtes pour bien évaluer la force du vent.
Moby sous code 0 à la sortie du Pelorus sound
Devant nous à 12 milles le cap Jackson. Le vent est stable, nous hissons le code 0 et apprécions ces jolis paysages des Sounds. La mer est belle et les conditions idéales pour amariner mon jeune équipage. Nous doublons le cap Jackson avant 11h et sommes bien content de bien glisser sur l’eau à près de 10kt, car la renverse à eu lieu et nous avons 3 noeuds de courant contre.
The Brothers
Nous avons droit devant « The Brothers », ilots rocheux connus pour être le 2° endroit le plus venté de Nouvelle Zélande avec près de 200 jours de force 8 ou plus par an! Le vent a fraichit à presque 20 noeuds, un temps de demoiselle pour les parages. A 12h45, alors que les « Brothers » ne sont qu’à une poignée de milles dans notre sillage, je pressens l’accélération du vent et décide d’affaler le code 0. Bien vu, quelque minutes plus tard c’est au tour du 1° ris puis le 2° à 13h et le 3° à 13h15 avec 5 tours dans le solent. Moby file grand largue à fond la caisse entre 15 et 21 noeuds.
Flagrant délit d’excès de vitesse sur Marine Traffic 17,5kLe vent se lève sur le détroit de CookLe vent accélère dans le détroit de Cook
Une fois de plus les météos ont un peu sous-estimés le vent en prévoyant 20 à 30kt; notre anémomètre est stable entre 40 et 45kt et d’expérience, il n’a pas tendance à exagérer! La mer est courte, vent contre courant oblige, et Moby, calé entre 2 vagues à leur vitesses surfe sans jamais ralentir. C’est un plaisir pour tout l’équipage que de glisser aussi vite sur l’eau. A cette vitesse moyenne, les 30 milles de détroit de Cook sont vite avalés, nous passons devant Wellington et le vent commence alors à baisser un peu. En passant le cap Turakirae, le vent s’arrête net, nous sommes dans le dévent du relief, bien qu’à plus de 5 milles des côtes. Je renvoie toute la toile après quelques minutes à observer et m’être assuré que la baisse de vent s’était bien étendue. Il est 16h, le cap Palliser n’est qu’à 20 milles de nos étraves. J’aimerais le contourner avant la nuit, mais avec cette pétrole qui n’était pas du tout prévue, ça semble difficile. Ne souhaitant pas m’attarder dans ces parages pour un temps incertain, je mets un moteur en marche et en avant vers le cap Palliser, qui a la particularité d’être exactement aux antipodes de notre village de Plougonvelin.
aux antipodes de PLougonvelin!
Nous sommes accompagnés par de nombreux dauphins et croisons aussi quelques phoques en chasse de leur diner. L’eau, dont la température n’est que de 15°C, regorge de vie marine.
Les dauphins interrompent leur chasse pour nous accompagner un peuPuis c’est au tour d’un phoqueUn albatros décolle à nos côtés
Nous doublons donc le cap Palliser vers 19h au moteur, notre route qui était au sud-est prend maintenant 90° sur bâbord pour pointer vers le nord-est. Presque 300 milles pour rallier le prochain point tournant que sera le « East Cape ». Cette côte de Nouvelle Zélande est assez inhospitalière, la bande côtière n’étant pas complètement cartographiée et ne propose que 2 ou 3 replis possible en cas de mauvais temps, tel Castle Point, Napier ou Gisborne.
Le vent revient vers 20h et souffle du nord-ouest à 10 noeuds puis 15 à partir de 21h. Le premier ris est vite pris dans la GV et nous faisons route à 9 noeuds. La mer devient agitée.
Mardi 7 mars 2017:
Le vent se maintient en milieu de nuit, mais la mer croisée rend la navigation assez inconfortable. Nous prenons un 2° ris, histoire de ralentir un peu afin de passer plus souplement. En fin de nuit, le vent adonne un peu en mollissant. Le bateau passe mieux, ça tombe bien, c’est mon tour d’aller me reposer!
un Albatros Royal nous suit
La mer s’est bien calmée au matin, et à 10h toute la GV est renvoyée. Le vent continue sa rotation à l’ouest, tout cela colle bien aux prévisions et à 11h30, j’envoie le gennaker. Nous savons que nous allons vers une zone sans vent et que quand il reviendra, ce sera par le sud et il soufflera également de cette direction. Nous sommes à la mi-journée à une quarantaine de milles dans le sud-est de Napier, et faisons une route sensiblement parallèle à la côte.
En début d’après-midi, les dernières prévisions météo disponibles montrent assez peu de changement avec les précédentes, à l’exception de la zone « Plenty »qui est est sous la menace d’un avis de grand frais à coup de vent. Je prends le temps d’analyser la situation. Ce vent fort prévu demain sur Plenty résulte du gradient de pression du thalweg qui s’étend au sud-est de la dépression se trouvant en mer de Tasmanie. Ce thalweg assez complexe se retrouve pris en étau entre deux zones de hautes pressions situées dans son nord et dans son sud, augmentant le gradient de pression sur une zone assez peu étendue mais néanmoins proche de notre route. Quelle décision prendre? Faire escale à Napier ou Gisborne, ou bien continuer vers East Cape? J’évalue tranquillement les faits dont je dispose, les avantages et inconvénients des différentes options. Si nous faisons escale, nous ne pourrons pas atteindre Napier avant le début de nuit, quand à Gisborne, ce serait en milieu de nuit. En poursuivant vers East Cape, compte tenu des prévisions, il conviendrait d’adapter notre vitesse pour y arriver le plus tard possible et laisser le gros du vent devant nous, mais quand même avant la rotation des vents à l’Est prévue pour le début d’après-midi de mercredi. Ce timing est très facile à tenir, il nous suffit de réduire la toile cette nuit pour se ralentir de manière à viser le passage d’East Cape en fin de matinée. Nous prenons donc la décision de poursuivre la route. L’après-midi de mardi se passe tranquillement, le vent est assez instable et capricieux, une légère houle de sud-est se lève.
un peu avant le coucher de soleil, le ciel s’assombrit
Un peu avant la tombée de la nuit, le vent s’établit entre 10 et 15 noeuds de secteur sud. Cela est conforme aux prévisions. Nous affalons le gennaker et très tôt je réduis la grand voile. Il reste 115 milles pour East Cape et nous voudrions y être dans 14-15 heures, soit 8 noeuds de moyenne maxi. Pour ne pas être trop rapide, je prends le 2° ris mais comme nous sommes encore trop vite, nous affalons complètement la grand-voile. Grand largue, le solent nous suffit à maintenir la vitesse voulue. Quand le vent va monter graduellement il sera très facile de le rouler un peu pour maintenir nos 8 noeuds max.
Mercredi 8 mars 2017:
La nuit est agréable, le bateau sous-toilé est bien confortable. Le vent se maintient jusqu’à l’aube aux alentours de 25 noeuds, le ciel s’est bien couvert dans la nuit et les averses de puis fines sont assez fréquentes. Quelques rafales à 30 noeuds, le solent a été un peu roulé. Nous croisons quelques cargos descendant vers le sud, et d’autres nous dépassent en remontant au nord. Au lever du jour, nous sommes à 25 milles du point tournant. Le vent à un peu mollit, entre 20 et 25 noeuds et nous commençons à ressentir les effets du courant à l’approche du Cap. Nous empannons à 11h, en passant à 3 milles au large d’East Island. Une brève éclaircie nous permet d’apercevoir la côte. Nous commençons la traversée de la « Bay of Plenty » et sommes maintenant bâbord amure, route au 300° vers le Colville channel, situé 170 milles devant, entre le cap Colville et le sud de Great Barrier island.
Passage d’East Cape
C’est toujours un bon moment à bord quand un cap ou autre passage remarquable est franchi. Cet East Cape n’a pas très bonne réputation, nous nous réjouissons de le savoir derrière. Le timing jusqu’ici est bon; le vent amorce sa rotation à l’est-sud-est. C’est quasi vent arrière, mais comme il doit forcir, tout va bien! Justement, à propos de forcir, le vent vient de prendre une dizaine de noeuds après le passage du cap. Peut-être l’effet de côte? Pas seulement je crois. Le bulletin VHF de 12h33 vient de revoir à la hausse ses prévisions: 45kt pour « Plenty » et pour « Colville ». Même si cela n’est que 5 noeuds de plus que ce qui était prévu au bulletin de ce matin, cette révision à la hausse ne me réjouis guère, et l’état de la mer est passé de « rough » à « very rough ». Le bulletin annonce ces conditions jusqu’en milieu de nuit, avant une baisse relative à 35 noeuds demain matin. Encore une fois, il vaudra mieux aller lentement et laisser le plus fort du vent qui est devant nous se tasser un peu.
A 13h30, le vent rentre assez franchement entre 40 et 45kt. Je roule complètement le solent et nous filons à sec de toile. La mer est peu agitée, en fait assez belle comparée au vent. Moby file entre 8 et 16 noeuds, la force du vent dans le gréement est suffisante pour partir au surf sur les vagues. Il nous faudrait ralentir pour ne pas rattraper ce mauvais temps qui se trouve devant nous. Je décide d’essayer de laisser filer un trainard en boucle derrière nous. 6 aussières raboutées pour une longueur totale de 100m me permettent de former un U entre les deux coques. Je suis satisfait du résultat, la vitesse à diminué sensiblement, et le bateau ne part plus au surf comme avant, tout en gardant assez de vitesse pour bien répondre à la barre et rester bien calé sous pilote automatique.
préparation des trainardsInstallation des trainardsLa mer se forme et les vagues commencent à déferlerTout va bien à bord
La pluie refait son apparition en milieu d’après-midi. Le vent est assez irrégulier en force. Entre 35 et 50 noeuds. La mer se creuse au fil des heures et dès 16h, les vagues font un bon 3m moyen avec quelques unes à 5 ou 6m. Mais Moby se comporte à merveille; à l’intérieur les enfants et Bénédicte lisent et se divertissent comme d’habitude.
Pour moi dans le cockpit, c’est un peu plus humide. La tendance est toujours à la hausse et l’anémomètre reste invariablement entre 48 et 52 noeuds. Comme il est paramétré à la valeur d’amortissement maximale de 9 secondes, c’est bien un force 10 que nous étalons depuis plus d’une heure. L’état de la mer ne trompe pas, avec de longues trainées blanches, l’écume des déferlantes suis se fait emporter et les embruns permanent. Le bruit du vent dans le mat, les haubans, les drisses. La pression du vent que je ressens dans mon dos. Je me rassure en me disant que tout va bien et que Moby se comporte parfaitement, mais je m’inquiète aussi de savoir jusqu’où ce vent va forcir, et comment la mer va grossir dans les heures qui viennent.
Difficile d’apprécier l’état de la mer sur les photos, mais ça grossit toujours
Le vent à pris un peu d’Est depuis 16 heures, et je suis partagé entre la route directe et une route un peu plus à gauche, qui nous ferait rentrer un peu plus dans la Bay of Plenty. Le vent et la mer devrait y être un peu mieux, en revanche, en s’engageant dans la baie, nous diminuons notre marge de manoeuvre par rapport à la côte sous notre vent. Je choisis le compromis entre les 2, et évaluerai à nouveau ces deux options dans quelque temps, en fonction de l’évolution météo que je constaterai.
Bulletin météo VHF de 17h33 : Et une couche de plus! Pour « Plenty » et « Colville », on nous prévoit maintenant 50kt et « High seas »!!! D’un côté, ça me rassure, car ce sont les conditions que nous avons déjà, mais ce qui me rassure moins, c’est de voir les prévisionnistes en retard d’une guerre à chaque bulletin successif.
La nuit approche. Je profite des dernières lueurs du jour pour faire un tour d’horizon et jauger des conditions de mer tant que je peux encore voir les vagues. Je constate que leur hauteur moyenne à encore augmenté et dépasse facilement 4m. Les plus grosses, qui déferlent sur plus de 50m de large, dépassent 6m. En revanche, la longueur d’onde des vagues à nettement augmenté depuis cet après midi. Cette longueur augmentée rend leurs faces moins raides et je les trouve de ce fait moins impressionnantes et moins dangereuses. Cela laisse plus de marge en terme d’angle de route par rapport aux vagues. Je décide, avant qu’il ne fasse complètement nuit de faire un essai en les prenant sur notre quart arrière bâbord, à environ 45° du bateau. Le résultat me convient, encore une fois Moby se comporte parfaitement et tient son cap avec une précision satisfaisante. J’opte donc pour aller chercher des conditions plus clémentes vers la côte.
Bulletin VHF de 20h33 : Cela se détériore encore plus, avec toujours 50kt pour « Plenty » mais 60kt maintenant pour « Colville ». Cette surenchère prouve une fois de plus que les prévisionnistes ont été surpris par l’évolution rapide du phénomène et tirent la sonnette d’alarme. Heureusement que lorsque tombe ce bulletin, nous avons déjà commencé à sentir l’effet positif de notre décalage de route. Les étraves pointent désormais vers Tauranga, 65 milles devant. Dans l’heure qui suit, la baisse du vent se confirme, il ne souffle plus qu’à 40 noeuds et cela nous donne l’impression relative de calme. Le vent a également continué sa rotation, il vient de l’ Est. Nous n’avons plus de raisons de nous freiner sur cette route, je remonte donc les trainards, puis déroule un peu de solent. Je ne peux pas savoir si la baisse que nous constatons est due à notre recalage plus au sud ou au fait que le plus gros soit désormais devant nous, comme les gribs le prévoyait la veille? Qu’importe, ce qui compte c’est de se sortir de ce mauvais temps et le plan fonctionne bien.
Image satellite, toute la Nouvelle Zélande est sous les nuages
Jeudi 9 mars 2017:
Nous progressons bien dans la nuit, le vent soufflant de l’Est entre 30 et 35kt. Nous passons à une quinzaine de milles sous le vent de White Island, ile volcan qui laisse en permanence échapper un nuage de vapeur de soufre. Nous ne le voyons pas mais son odeur forte de soufre nous parvient, même si éloigné. Puis nous passons au nord de l’ile de Motiti. Nous arrivons à Tauranga en fin de nuit, le timing est bon, car nous nous pointons juste quelques minutes après l’étale de marée haute, vers 5h du matin. Le courant de marée à l’entrée du port de Tauranga peut être fort et il y est fortement conseillé de passer à l’étale ou avec un léger courant rentrant. Le port de commerce est actif H24, un cargo en sort, un paquebot rentre. Nous rentrons dans son sillage et allons mouiller dans la rivière, en face de Bridge Marina. Nous sommes accueillis par nos amis Nico et Anne-marie d’Excallibur qui sont à nouveau à flot après un mois d’escale technique à Tauranga.
Le goulet d’entrée à Tauranga est franchiEncore un mille et nous mouillerons derrière les docks. Le repos bien mérité est proche!
Moby a passé la nuit dans les sangles du Tavel-lift du chantier, la mise à l’eau étant prévue ce matin dès l’ouverture. Les zones météo de part et d’autre de Whangarei sont depuis hier soir en avis de coup de vent de secteur sud-est. La pluie est forte depuis le milieu de la nuit et le vent souffle fort, entre 20 et 30 noeuds lorsque nous nous réveillons à 6h30. Etant donné la météo, je me demande si la mise à l’eau ne sera pas reportée de quelques heures, mais je vérifie tout de même les derniers points de ma check-list « Sortie de chantier-Mise à l’eau »
A 7h30, j’entends le moteur diesel du travel-lift qui démarre. Je sors sous une pluie battante discuter avec le responsable de la manutention afin de bien se mettre d’accord sur la façon de procéder. Il vaut mieux anticiper et préparer cette coordination, car dans ces mauvaises conditions météo, non seulement la manoeuvre sera plus délicate, mais la communication aussi sera plus difficile.
Quinze minutes plus tard, Moby est dans son élément, toujours dans les sangles. Je prends bien le temps qu’il faut pour m’assurer que tout est en ordre de marche à bord et en particulier les moteurs qui, bien que sortant de révision, n’ont pas pu être démarrés au sec. Avec des rafales à 30 noeuds travers à l’axe de sortie et moins de vingt mètres d’eau à courir sous le vent, il serait délicat de gérer une panne moteur suite à une bulle d’air restée dans le circuit carburant! Les manutentionnaires s’impatientent, qu’importe, Moby est à l’eau, c’est moi qui décide. Toutes mes années de pilotage m’ont appris à résister aux pressions externes et à celle du temps, et j’applique ces enseignements sur l’eau aussi. Quand j’estime que tout est prêt, entre deux rafales, je donne le signal d’appareillage et tout se passe bien.
Nous profitons du courant sortant de la rivière de Whangarei pour faire route au moteur, face au vent, dans l’étroit chenal menant vers la mer. Au bout de 2 heures, nous atteignons Urquharts Bay ou nous mouillons à l’abri du vent de sud-est.
La pluie cesse enfin, elle aura au moins eu le mérite de parfaire le rinçage de Moby. Le soleil refait son apparition. Nous terminons de tout remettre en ordre pour reprendre la mer au plus vite.
(Depuis notre arrivée en Nouvelle Zélande il y a plus de 2 mois, notre confrontation quotidienne à la météo nous à permis d’apprécier la valeur relative de la fiabilité des prévisions.
Le climat océanique ambiant voit se côtoyer des masses d’air aux caractéristiques très différentes, en particulier durant la saison estivale. Les trois acteurs principaux sont les masses d’air polaire venant du sud, les masses d’air tropicales situées au Nord, et des masses d’air d’origine continentales, sortes de bulles d’air chaud formées au dessus des espaces désertiques d’Australie. De tels contrastes de masse d’air sont à l’origine des phénomènes météo de la région. Ajoutons à cela les effets de côtes et de relief dont les deux îles sont à l’origine, et on obtient un challenge de taille pour les prévisionnistes météo.
Cela se traduit concrètement par une prévision météo assez précise à 24h, une idée globale de la situation à 48/72h et au delà, seulement à une tendance à titre indicatif.)
Pour rejoindre l’Ile du Sud et les Marlborough Sounds en partant de Whangarei, deux options sont possibles :
Passage par le nord et l’ouest, en laissant à bâbord le Cap Nord et le Cap Reinga puis descendre plein sud vers le Cap Farewell et emprunter le détroit de Cook.
Passage par l’est et le sud en contournant le Cap Colville, le Cap Est, le Cap Palliser avant de remonter par le détroit de Cook.
En distance, et au départ de Whangarei, les deux options sont à peu près égales, avec un peu plus de 600 milles nautiques chacune.
Elles ont l’une et l’autre leurs avantages et inconvénients et la particularité de n’être pas en ligne droite. L’élément clé dans le choix, en fonction des performances du bateau et de l’équipage est donc la fenêtre météo.
L’analyse des prévisions, dont je suis l’évolution depuis quelques jours, montre qu’une fenêtre peut être saisie dès aujourd’hui pour un passage par le nord et l’ouest, en profitant des vents assez soutenus de sud-est pour aller vite contourner le Cap Nord, commencer la descente vers le sud dans un vent d’est mollissant, traverser un zone de vent calme et finir par le courant de nord-ouest d’une dépression prévue dimanche et lundi dans le sud de l’ile du Sud. Impératif absolu d’être arrivé avant le passage du front froid et la bascule des vents au sud-ouest prévue dans le journée de lundi.
Pour le passage par la côte Est, il nous faudrait attendre 2 jours que le flux de sud-est baisse et tourne au sud-ouest sur la zone avant de pouvoir faire route vers le Cap Colville. Ensuite la descente vers le sud se ferait avec des vents d’ouest dominants, donc vent de terre sur cette partie de la côte. Plutôt portant vers le Cap Est puis travers ou près ensuite vers le Cap Palliser et pour terminer de fort vent de face dans le détroit de Cook. Mais là on est dans du J+5 ou J+6 donc pas très fiable.
le passage du cap Brett
A l’heure du déjeuner, nous discutons ensemble des options possibles et décidons de partir pour la route nord et ouest en début d’après midi et de profiter de la fin de la marée descendante pour les 6 premiers milles de louvoyage vers le cap Bream. Nous levons l’ancre à 13h30 et partons sous grand-voile 2 ris et solent. La mer est courte et l’allure assez inconfortable ; heureusement nous n’en avons pas pour plus d’une heure de près, une fois le cap Bream passé, nous pourrons abattre et faire route au largue vers le nord. L’après midi passe vite, les milles défilent et nous longeons la côte. Les baies et caps se succèdent. Passé le cap Brett, notre route change de 30° vers l’ouest et nous sommes maintenant contraints d’empanner 3 fois pour rejoindre le Cap Nord.
les quarts se font sous l’éclairage de la lune
Vendredi 10 février, 1013 hPa
lever du jour
A 3h du matin nous passons le Cap Nord. La côte nous abrite de la houle de sud-est qui nous accompagnais depuis le départ. Nous filons toujours sous 2 ris et solent vers le Cap Reinga, extrémité nord-ouest de l’ile du nord de la Nouvelle Zélande. Ce cap, qui par régime de vents d’ouest a une très mauvaise réputation pour ses courants et vagues venant de la mer de Tasmanie, se montre aujourd’hui plutôt calme. Nous le franchissons un peu avant l’aube et profitons même d’un bon courant portant de fin de marée montante
Quand le jour se lève un peu avant 7 heures, le cap Reinga se distingue à peine dans notre sillage et nous faisons route vers le sud-sud-ouest. Le vent commence à baisser, conformément aux prévisions. Les deux ris sont vite largués et la vitesse commence à chuter. Il faut dire que depuis notre départ, notre vitesse moyenne sur le fond a été de 10,6 kts. Pas de doute, les vents faibles qui nous attendent vont sérieusement faire chuter la moyenne.
Surprise ce matin au lever du jour : ce poisson volant qui s’est échoué cette nuit sur le trampoline. Il n’a pas malheureusement pas survécu .
Il est vraiment très gros!
Le code 0 remplace le solent et à midi nous progressons toujours à 8 noeuds.
Aujourd’hui est une journée spéciale : c’est l’anniversaire d’Anna, 5 ans!
Elle prépare avec Bénédicte son gateau d’anniversaire.
Et à midi , au dessert, on souffle les bougies!
et on déguste un délicieux cake banane :
Anna ouvre ses paquets, et découvre des petits cadeaux de la part de ses grands-parents, parrains et marraine : tout le monde a pensé à elle!
Dans l’après midi, le vent diminue toujours et une houle de sud-ouest provocant un tangage rythmé, vient perturber le travail du vent dans les voiles. La vitesse chute inexorablement. Puis c’est le calme plat. Pendant 3 heures, pas un souffle d’air. Je me résous à démarrer un moteur.
L’occasion d’observer cet oiseau posé sur l’eau faute de vent.
Il est énorme, c’est un Albatros Royal!
Nous assistons à son décollage :
Quelle puissance!
et quelle envergure!
A 17h30 une très légère brise rentre du sud-ouest.
Nous reprenons notre progression sous voiles vers le sud-sud-est.
Au coucher du soleil, le vent amorce une rotation lente vers le sud, notre trajectoire s’incurve vers l’est.
Samedi 11 février, 1008 hPa
Nous virons de bord à 1h du matin, le vent est du 200° pour 6 noeuds. Nous progressons lentement vers l’ouest-sud-ouest. Je constate que la prévision météo est bien différente de la réalité, d’après les fichiers, nous devrions avoir un vent du 110°/ 10kts.
quelques minutes avant le lever du soleil
Je suis impatient de recevoir les mises à jour météo pour décider du bord le plus favorable à long terme. Dans le doute nous poursuivons vers l’ouest car c’est de ce coté que viendra le vent, tôt ou tard!
le soleil se lève
Quand les fichiers tombent, pas de surprise, une vaste zone de calmes va couvrir notre zone pour les 12 prochaines heures, puis un vent de nord-ouest prendra le relais, et devrait forcir graduellement jusqu’à notre arrivée avec l’arrivée de la perturbation. A ce stade, pour notre arrivée, les fichiers prévoient 25 kts, rafales à 30.
A 13h la légère brise, qui avait tourné au sud-est en cours de matinée, disparait complètement. Pour la deuxième fois en deux jours, pas un souffle d’air, mer d’huile. Je n’aime pas, comme tous les bons amateurs de voile, faire appel au moteur, mais je décide quand même de faire route au moteur au régime économique, en les utilisant à tour de rôle. En fait, je ne voudrais surtout pas être pris de court pas la dépression et en particulier la saute de vent au sud-ouest au passage du front froid. Des vents de 30 à 35 noeuds au portant sur Moby, c’est plutôt plaisant et rapide tant que la mer reste maniable. La même force de vent au près dans une mer croisée, ça le fait mais c’est nettement moins agréable!
J’ai aussi noté depuis une douzaine d’heure que la pression atmosphérique baisse plus vite que sur les fichiers. J’ai l’habitude de recroiser ces infos afin de valider la justesse des fichiers grib. La chute que je constate est deux fois plus rapide que prévu, méfiance.
A partir de 18h, quelques rides apparaissent sur l’océan, le soleil descend sur l’horizon et filtré par d’abondants cirrus, eux aussi annonciateurs du changement de temps. Je refais quelques essais avec le code 0, mais le vent, qui a maintenant tourné au nord-ouest est trop faible pour nous faire progresser sur la route, avec toujours cette houle de sud-ouest, qui vide les voiles que le vent vient de remplir. Le vent devrait bientôt rentrer du nord-nord-ouest, aussi nous anticipons un changement de voile d’avant. Le code 0 est remplacé par le gennaker, il n’y aura plus qu’a le dérouler quand le vent rentrera.
En attendant, nous savourons le coucher du soleil.
Suivi quelques instants plus tard….
par le lever de lune
Nous avons la chance d’avoir la lune pour nous en ce moment, ce qui rend les quarts de nuits beaucoup plus agréables.
Il nous faut attendre 23h pour que le vent se stabilise au nord-ouest pour 8 noeuds. C’est assez faible, mais suffisant pour filer sous voiles entre 5 et 7 noeuds.
Dimanche 12 février, 1003 hPa
La lune est pleine cette nuit, cela rend la veille facile et agréable. Nous progressons correctement durant la nuit, pas aussi vite que j’espérais mais bien mieux que les 24 derniers heures. Pas de quoi se plaindre donc et le vent s’est bien maintenu en force et direction jusqu’au lever du jour. Vers 7h, il passe à 10-12 noeuds. C’est n’est qu’une force beaufort de plus, mais en terme de vitesse, cela se traduit par 2 à 3 noeuds supplémentaires. Je descends me reposer à 8h30. Moins d’une heure plus tard, je suis réveillé mes sens, sentant Moby filer à vive allure. Effectivement le vent vient de fraichir subitement, Bénédicte était sur le point de me prévenir. 25 noeuds de vent réel, sous grand-voile et gennaker, à 140° du vent, nous filons à 16 noeuds. Un tour rapide d’horizon me laisse penser que le vent est en train de rentrer ; le ciel est dégagé, mais une bande nuageuse continue s’étale à une dizaine de milles dans notre ouest, le front chaud arrive. C’est parti pour un peu d’exercice: dérouler le solent, enrouler le gennaker, prendre un ris, affaler le gennaker et le remplacer par le code 0, le hisser, le dérouler et enfin enrouler le solent. Nous ne sommes certes pas en course, mais il ne faut pour autant pas trainer.
Avec GV 1 ris et le code 0, nous avançons confortablement entre 10 et 12 noeuds. Si nous maintenons cette vitesse, nous devrions mettre moins de 15 heures à parcourir les 145 milles restant, soit une ETA aux alentours de minuit. Le dernier fichier météo prévoit le passage du vent de 25 à 35 noeuds pour 4 heures du matin.
Le temps se couvre avec l’arrivée du front chaud à midi, trente minutes plus tard, c’est régime stratus, bruine, la visibilité tombe à moins d’un mille, mais le pire, c’est le vent qui perd plus de dix noeuds en adonnant. Notre vitesse se réduit, à environ 8 noeuds. Pas bon pour l’ETA. J’attends une demi-heure avant de remettre de la toile, au cas ou cette accalmie ne soit que momentanée, et je décide de larguer le ris, puis quelques minutes après renvoie le gennaker. L’après-midi se passe ainsi, sous un vent encore mollissant et adonnant, la visibilité chutant par moment à moins de 200m. Comme si ce n’était pas suffisant, voilà une mer croisée, hachée et une houle de sud-ouest qui viennent réduire encore plus la moyenne. Nous nous trainons à 6-7 noeuds, j’ai beau essayer de régler les voiles au mieux, la combinaison des éléments est telle que le bateau est chahuté dans tous les sens et ne glisse pas bien.
A 16h, la pression est de 998 hPa.
17h33: Nous sommes maintenant à portée VHF des côtes et je reçois le bulletin météo de « Auckland Maritime Radio » qui alerte d’un avis de tempête sur les zones Stephens et Cook qui nous concernent avec des vents de 55 noeuds pour la nuit. Bien supérieur au fichier grib qui date d’à peine six heures!
Il faut attendre le début de soirée pour que le vent reprenne des forces; à 20h, il est revenu à 15-18 noeuds, le bateau apprécie. La pression descend toujours, 994 hPa.
Et au même moment, Moby franchit les 40° de latitude sud!
La nuit arrive vite avec cette couche nuageuse et cette pluie fine continue. Avant la nuit noire, nous prenons un ris dans la GV, avec toujours le gennaker devant; nous avançons entre 9 et 10 noeuds et le vent ayant légèrement refusé, ce qui nous arrange, nous faisons route directe sur Farewell Spit. C’est toujours ça de pris, pas besoin d’empanner!
21h33, nouveau bulletin météo à la VHF, presque identique au précédent, mais avec 60 noeuds de prévus pour Cook dans la nuit. C’est impressionnant, mais je ne suis pas inquiet. Nous ne sommes plus qu’à 25 milles de Farewell Spit, nous y serons donc vers minuit, ensuite il ne nous restera que 25 milles de plus, mais en eaux abritées de la Golden Bay, et avec moins de 20 milles de fetch la mer restera certainement maniable.
Le vent n’est que de 20-22 noeuds lorsque je décide d’affaler le gennaker à 23h30, nous approchons de Farewell Spit. La visibilité s’est un peu améliorée et nous apercevons l’éclat blanc du phare balisant l’extrémité du banc de sable. Dans moins de 2 nautiques nous contournerons le cap et ferons route au sud, vers le mouillage d’Onetahuti, qui devrait être suffisamment protégé des vents annoncés. Nous venons d’apprendre l’échouage de 600 « pilot whales » ou globicéphales sur la partie sud de Farewell soit, coté intérieur de la Golden Bay.
La photo du désastre reprise dans les médias français.
Certaines ont heureusement pu être renflouées aujourd’hui, j’espère ne pas en trouver sur notre route. Le baromètre est descendu à 988 hPa. Par prudence, je prends le 2° ris et roule un peu le solent. Les risques de collision avec les cétacés se réduisent en dessous de 10 noeuds.
Nous sommes à peine rentrés dans la baie que le vent augmente rapidement. Une rafale passagère? Je choque la GV, presque 30 noeuds de vent et l’impression que ça va encore augmenter. Mon ami Bruce m’avait mis en garde sur la rapidité avec laquelle le vent peut monter dans ces parages. Il m’avait relaté une de ses navigations dans le détroit de Cook où le vent était passé de 30 à 60 noeuds en 30mn.
Le clair de lune passe à travers les nuages qui se sont fragmentés. Plus de doute, c’est le vent qui arrive. J’entame la prise du 3° ris. Du pied de mât d’où je manœuvre, je sens le vent forcir encore, j’annonce à Bénédicte que préfère affaler complètement la GV. Quelques minutes plus tard , la GV est affalée et sécurisée. En une dizaine de minutes le vent à pris 2 forces beaufort. Il souffle à 40 noeuds maintenant. Si le vent se maintient en direction, nous sommes à 140° du vent vers notre destination. Je roule complètement le solent et nous continuons à sec de toile. Avec le mât angulé à 35°, le bateau est parfaitement équilibré et file droit sous pilote, entre 6 et 7 noeuds. Le vent est encore monté et s’est stabilisé entre 50 et 55 noeuds. Le bruit du vent dans le gréement est impressionnant, les embruns traversent le cockpit en continu. Nous mettons deux heures dans ces conditions à rallier la baie d’Onetahuti. Sur les 5 derniers milles, nous nous rapprochons de la côte au relief élevé, quasiment plus de fetch, et les falaises rocheuses commencent à nous abriter du vent. A 2 milles du but, les moteurs sont démarrés, nous nous présentons entre l’ile Tonga et la côte. Nous apercevons les feux de 2 voiliers au mouillage. Lentement, nous approchons à 200 mètre de la plage et mouillons par 10 mètres d’eau sur fond de sable. Le vent, venant complètement de terre rentre par rafales, mais l’abri est très satisfaisant, étant donné les conditions.
Nous prenons une petite heure pour ranger le bateau et décompresser un peu. Les dernières heures ont été intenses, et il nous prenons quelques minutes pour nous relaxer : nous méritons bien un petit verre de whisky ! C’est d’ailleurs le seul verre (en verre) restant, car dans la tourmente, 3 verres ont été fêlés….
Il est 4 heures du matin, nous descendons nous coucher, satisfaits d’avoir mené Moby et son équipage à bon port.
Demain matin au réveil, nous devrions découvrir ce magnifique mouillage :
Partis de Suwarrow depuis 48h, et en route pour les Fiji, nous apprenons par nos fichiers météo qu’une dépression tropicale est en formation entre les Fidji et les Vanuatu.
La décision du captain est sage : nous allons nous arrêter quelques jours en chemin pour laisser passer ce mauvais temps. Ce ne sera pas Niuatoputapu aux Tonga, pourtant recommandée par mon oncle Jean-Alain, car elle se trouve sur une route un peu trop sud pour être vraiment protégés du mauvais temps. Cela aurait pu être Pago-Pago aux Samoa Américaines : escale tentante avec les supermarchés bien achalandés, ou les Samoa Occidentales, encore trop éloignées de notre destination. Finalement, nous continuons notre route Nord et gardons le cap à l’ouest, pour rallier Wallis!
passage devant les Samoa Occidentales
Petit territoire français d’Outremer, Wallis et Futuna sont à abri des routes de passages des tourdumondistes : une quarantaine de voiliers par an y font escale : nous serons le 38ème! La plupart de ceux qui rallient la Nouvelle -Zélande en octobre/novembre pour quitter la zone cyclonique du pacifique sud, optent pour les îles Cook, puis les Tonga.
Cela nous fait tout drôle d’entrer dans ce lagon -qui ressemble pourtant à bien d’autres lagons polynésiens- sans y voir un seul voilier! Pas non plus une seule barque de pêcheur à l’horizon, pas une pirogue ni même un va’a, ces remarquables pirogues de sport à balancier : il faut dire que c’est dimanche, tout le monde doit être à la messe…
la passe de Wallis
entrée sous pilote+barre franche (pour cause d’avarie de barre à roue)
le motu de la passe
Nous saluons de loin quelques personnes venu passer le dimanche au motu de la passe,
et rejoignons Mata-Utu, le village principal où nous irons faire notre clearance le lendemain au près de la gendarmerie.
Wallis Mainland
Il ne fait pas très beau à Wallis pendant notre séjour, nous essuyons grains sur grains, puis de la pétole sur une chaleur torride : nous avons bien fait de nous y abriter quelques jours, être en mer ne doit pas être agréable.
Le marnage est important, et à marée basse, des pêcheurs à pieds apparaissent
pêcheur à pied
le village
rochers à parée basse
chiens en maraude…
Nous profitons de cette escale inattendue pour récupérer notre retard à l’école : Victor a dû travailler double dose et reprendre tous ses cours : le travail qu’il a en effet effectué au CNED pendant les 3 première semaines de septembre n’a pas pu être pris en compte, car les cours de 4ème que nous avons téléchargé fin août sur le site du CNED étaient ceux de l’année 2015-2016 au lieu de ceux de l’anne 2016-2017, et les premières évaluations de Victor n’ont pu être corrigées par les profs, désolés de ce mauvais aiguillage, mais impuissants. Comment une telle erreur a pu être possible sur le site du CNED, nous n’avons toujours pas eu de réponse de leur part et restons perplexe- nous ne sommes pourtant pas les seuls, nos amis du bateau Excallibur sont dans le même cas.
J’en profite pour rédiger un petit aparté «CNED », à destination des futurs parents français qui s’apprêtent à utiliser le CNED pour leurs enfants : les cours du college sont d’une qualité exceptionnelle, à la fois très bien organisés, joliment présentés, clairs, avec de très nombreuses illustrations, et un niveau d’exigence très élevé.… qui demande une forte implication des parents, surtout dans les matières scientifiques. Et pourtant nous avons la chance d’avoir un élève très bien préparé au collège, autonome et qui pige vite. Mais cela ne suffit pas : Loïc s’est donc beaucoup investi depuis la rentrée, en Sciences Physiques et Maths, où l’on aborde des bases importantes : fractions, puissances, calcul de surfaces, etc…. Les 2-3 heures de travail quotidien se sont donc transformées en 4-5 heures, histoire de pouvoir mettre Victor en vraies vacances aux Fijis quand nous aurons la visite des grands-parents.
cours de maths sur le trampoline
J’ai la chance d’avoir un mari pédagogue et investi dans l’éducation des enfants, ce qui est loin d’être le cas des bateaux que nous rencontrons, dont les mamans assurent seules la scolarité des enfants, et je leur tire mon chapeau!
Les journées se passent donc le matin à travailler, l’après-midi à se relaxer, à terre, à bord de Moby ou au Motu.
travail sur le calendrier : merci Sodistra pour son beau calendrier plastifié!
thème du jour en art : dessine tous les bleus de la mer
les lettres rugueuses Montessori
les additions d’Arthur
la date….
le gros gros cahier de balthazar d’Anna
atelier « carte postales » : mise en page, choix des photos, rédaction
Dès le lundi, nous descendons à terre, pour quelques petites courses.
La superette locale est une belle découverte, probablement la mieux tenue de toute la Polynésie Française. Nous restons ébahis devant le rayons surgelés, impeccablement présenté, et achalandé… en produits bretons!
le rayon « saucisses » surgelé
le poulet breton…
les terrines bretonnes
L’attroupement que nous formons et nos yeux gourmands ne passent pas inaperçu (il faut dire que nous sommes quasi les seuls clients, et surtout les seuls en tenue de touristes : shorts et casquettes….) : le directeur vient nous saluer gentiment. Après quelques minutes de palabres nous apprenons qu’il sait qui nous sommes, son ami qui s’occupe de la « radio » l’avait prévenu qu’un catamaran arrivait dans l’île. Il faut dire que Moby ne pas pas inaperçu, seul bateau au mouillage…
A Wallis, tout se sait, c’est un pays de la taille d’un village!
Avec 1 roi (Wallisien), et un préfet (français), l’île se partage entre des traditions restées vivaces, une très forte influence des églises (les écoles primaires sont toutes tenues par des religieux) et une jeunesse qui grandit en lorgnant des yeux la vie à l’occidentale : il en résulte une émigration importante, et un dépeuplement inexorable. (il y a plus de Wallisiens émigrés que de Walllisiens résidents à Wallis. ). La nouvelle -Calédonie est le choix premier, avec qui Wallis entretien de très forts liens économiques et logistiques : c’est par là que transitent les fameuses Saucisses Jean Floch’!!
Peu d’avenir donc pour cette île qui se vide de sa jeunesse active et pensante : rares sont ceux qui rentrent au pays après leurs études, l’îles offrant de maigres perspectives en terme d’emploi. Petite curiosité : il n’y a peu ou pas de tourisme à Wallis.
Cela est tout à fait curieux car le lagon est superbe, la population accueillante et les motus qui le bordent tout aussi beaux que bien d’autres en Polynésie. Nous nous régalons l’après-midi, en levant l’ancre du village pour aller la poser au bord d’un motu : eaux cristallines, et jolies plages, c’est la récompense des enfants après les heures d’école du matin.
baignade au Motu
picnic sur le trampoline
La seule visite que nous ferons est à la cathédrale, qui se dresse majestueusement devant le port, à quelques encablures de Moby.
la cathédrale
l’entrée
à l’intérieur
le plafond en bois peint
Vierge Marie Fleurie
pilatres peints
sortie de la Cathédrale
sur le front de mer
Moby au mouillage, rejoint par 2 autres voiliers
Il faut dire que la chaleur accablante n’est pas très propices aux balades : on sent que l’été arrive, l’eau est à 30°, et l’air encore plus chaud.
Anna m’accompagne à la Poste pour y déposer nos cartes postale de Suwarrow, et prendre en photo sa « Clémentine Aplatie », petite mascotte de sa classe de Moyenne section de Plougonvelin que nous faisons voyager.
Nous quittons Wallis après 4 jours d’escale fort paisible sans avoir pris temps d’explorer l’île ni de faire beaucoup de rencontres : c’est aussi cela la vie de bateau!
Il s’avère en plus que nous avions eu raison de repousser notre arrivée aux Fidji, qui ont reçu le passage d’une onde tropicale pendant le week-end, avec 2 jours de mauvais temps, des vents de 40 noeuds, 50 en rafale dans la marina de Vuda Point qui était notre point d’atterrissage prévu! Sans regrets donc.
Plus que 3 jours de navigation, cap au sud et nous serons aux Fidji.