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  • Traversée de l’Océan Indien – 2

    Traversée de l’Océan Indien – 2

    Des Chagos aux Seychelles : 1 000 NM

    Le 4 août au matin, nous quittons l’atoll de Salomon pour Peros Banhos où nous prévoyons de rester 2 jours avant de poursuivre vers les Seychelles. Le ciel est couvert de nuages d’altitude, le vent de sud-est à une douzaine de noeuds, la mer belle. Des conditions idéales pour cette courte navigation d’une trentaine de milles.

    L’atoll de Peros Banhos a la particularité d’être bien ouvert sur sa partie Sud, où la ceinture de récif est à plus de 10m sous la surface, et présente aussi plusieurs larges passes. Le lagon n’est donc pas protégé de la houle venant du sud, bien présente en cette période d’hiver austral, ni de la mer de l’alizé qui peut souffler fort à cette période. Heureusement, aujourd’hui le vent est suffisamment faible pour espérer trouver un endroit acceptable pour mouiller. C’est ce que nous finissons par faire sous le vent de l’ile Fouquet (une de plus!)

    Peros Banhos, sous le vent de Fouquet

    L’endroit est sublime, mais les conditions de mouillage assez inconfortables, c’est pourtant l’endroit le plus abrité de la partie ouest de l’atoll, seule partie autorisée, l’Est étant une zone interdite à la navigation.

    Nous ne passons donc qu’une seule nuit et levons l’ancre le 5 août au matin. Nous profitons d’une bonne visibilité et soleil dans le dos pour longer les différentes iles du sud-ouest de l’atoll et sortons par la passe de l’ile Poule. La longue houle de sud-ouest vient se briser sur le récif de cette ile en une vague parfaite, une gauche qui déroule impeccablement sur près d’un kilomètre, incroyable!

    Cap à l’ouest pour 1000 milles!

    Notre trace entre les Chagos et les Seychelles

    Dans un vent de sud-est de 15 à 18 noeuds, les Chagos disparaissent vite dans notre sillage. Nous filons bâbord amure sous grand-voile à un ris et code 0. Pour cette traversée qui doit durer moins de 5 jours, les conditions météo sont très favorables, pas trop ventées, mais avec une bonne orientation des vents en général, mis à part une petite zone d’instabilité prévue sur le dernier quart de la route.

    De belles journées de navigation donc pour les 3 premiers jours en mer, très peu de manœuvres, nous remplaçons seulement le code 0 par le solent avant la nuit. Cela nous ralentit un peu, j’estime à 15 milles le manque à gagner par nuit, mais le confort est optimum. Sur cette traversée, Moby va franchir le cap des 28 000 milles nautiques, nous sentons bien notre bateau et en prenons le plus grand soin car la route est encore longue avant Brest. Avec nos prévisions météo, il ne fait aucun doute que nous pourrons tenir la moyenne nous permettant d’arriver le 10 à l’aube à Victoria, même en tenant compte de la grosse molle prévue la veille de l’arrivée.

    Comme prévu, le 9 août, le vent mollit avant le jour, et au petit matin le ciel est chargé de nuages et la pression, qui avait été d’une remarquable stabilité jusqu’ici, a commencé à baisser de quelques millibars. C’est une petite bulle de basse pression qu’il nous faut traverser, elle ne fait guère plus de cent milles mais vient perturber l’alizé. Dès le milieu de matinée, les nuages se développent verticalement et nous sommes vite entourés de cumulonimbus aux quatre coins de l’horizon. Ils s’étendent et se rapprochent de nous. Le vent est faible et très variable en direction, mais nous anticipons une réduction de toile en prenant 2 ris au cas où le vent forcirait soudainement. Le grain se rapproche. Je tente quelques changements de cap pour éviter la première averse mais en vain. Nous nous retrouvons sous un déluge de pluie. Il n’y a pas de vent fort sous le nuage, moins de quinze noeuds, et nous ajustons les voiles pour faire route à l’ouest, vers la sortie. Le vent passe par toutes les directions et pour nous cela se traduit par quelques manoeuvres. Ce scénario se reproduit 4 ou 5 fois avant la fin de la journée, à chaque fois il nous faut près d’une heure pour négocier la traversée du grain.

    Pour positiver un peu, le bateau est impeccablement rincé, et nous préférons avoir traversé ces conditions de jour que de nuit! La bonne nouvelle, c’est que le ciel se dégage un peu avant le coucher du soleil, nous sommes passés à l’ouest de ce système perturbé.
    Le vent s’oriente au sud et à 18h, le port de Victoria n’est plus qu’à 94 milles droit devant. Nous entrons dans la zone des Grands Bancs des Seychelles qui s’étend vers l’Est à près de 100 milles et où les fonds sont parfois inférieurs à 20m. Le jeu de cette nuit va donc consister à ralentir suffisamment pour arriver au petit matin. Malgré les 2 ris et le solent enroulé, nous ne parvenons pas ralentir assez, d’autant plus qu’un courant portant de un noeud nous accompagne. Les premières lumières aperçues sont celles de l’ile Frégate, vers minuit, puis les lumières de Mahé deux heures plus tard. Nous arrivons à proximité de l’ile de Sainte-Anne vers 4 heures du matin soit deux heures avant les premières lueurs du jour. Je vire donc de bord, cap à l’est pour une heure avant de revenir au même point. Il est 6h, nous affalons la grand-voile et empruntons le chenal d’accès vers la zone de mouillage d’attente.

    Nous mouillons à 6h30, rangeons le bateau en attendant la visite des autorités pour les formalités administratives d’entrée aux Seychelles.

    Le bateau-pilote débarque sur Moby les services d’immigration

    Entre les Seychelles et l’île Maurice : 930 NM parcourus

    Les voiliers effectuant la traversée de l’Océan Indien entre Cocos et l’Afrique du Sud choisissent :

    • soit la route Sud via Cocos, Rodrigues, Maurice, Réunion puis l’Afrique du sud en passant par le sud de Madagascar,
    • soit la route Nord via Cocos, Chagos, Seychelles, et Comores, en passant au Nord de Madagascar pour rejoindre l’Afrique du Sud par le canal du Mozambique. Ces deux routes offrent des conditions météo assez favorables en général avec des vents plutôt portant.

    En décidant de passer par les Seychelles puis Maurice nous étions conscients du challenge que représentait cette navigation. Ce passage long de 930 milles sur la route directe et orienté au 173° doit s’effectuer au près contre l’alizé de sud-est. Les courants océaniques portant à l’ouest ne facilitent pas la navigation en augmentant considérablement la dérive sur le fond et obligent donc à serrer le vent au plus près. De notre côté, nous avons le temps d’attendre une fenêtre météo optimale. Nous ne sommes que début septembre espérons être à Maurice vers la fin du mois, début octobre au plus tard. Cela nous laisse 3 à 4 semaines de marge au moins.

    Je surveille la situation météo quotidiennement pour m’imprégner des forces en présence et du rythme de leur évolution. Chaque saison, chaque année à ses particularités qui peuvent influencer les choix stratégiques.

    Ma première idée pour aborder cette traversée était d’attendre un passage temporaire de l’alizé vers l’est et de faire route bâbord amure vers le Sud, avec possibilité de relâche sur la route à Coëtivy puis Agalega.

    La réalité en ce début septembre est que le vent ne remonte pas vers l’Est. Sa direction varie entre le 180° et le 140°. Il change sur une période de 4 à 5 jours environ. Cette orientation plus sud que la normale provient de la présence d’une zone de basse pression au nord-est des Seychelles. De petites perturbations y naissent et évoluent ensuite vers l’ouest en « aspirant » l’alizé, ce qui l’oriente plus Sud.

    Cette situation ne me déplait pas finalement, car il nous est possible de profiter du vent de sud pour partir tribord amure et nous permettre de nous recaler bien à l’Est avant de virer vers le sud. La route sera plus longue et sans possibilité d’escale, mais possiblement plus confortable avec du près océanique moins serré pour aller chercher la bascule loin dans l’Est. Voilà pour la théorie!

    notre trace entre les Seychelles et Maurice

    Le lundi 11 septembre, les prévisions pour la fin de semaine semblent favorables. Nous préparons donc le départ. Les courses et les formalités sont effectuées le mercredi. Jeudi 14 à midi, nous larguons les amarres du ponton d’Eden Island où nous venons de passer quelques jours. Nous sortons par la passe de l’ile au Cerf, hissons les voiles.

    Le vent de sud-sud-est est modéré et nous faisons route tribord amure vers l’est pour nous rapprocher d’une zone de pression plus faible et exploiter au mieux la rotation des vents associés. Sous grand-voile à 2 ris et solent enroulé de 3 tours, Moby progresse bien dans une mer hachée en ce premier jour de mer. Le bateau passe bien. Comme prévu le vent adonne en tournant au sud en milieu de nuit. Il mollit et nous sommes sous-toilé mais comme le confort est bon au près entre 7 et 8 nœuds j’attends le jour pour renvoyer de la toile. Je suis satisfait du timing de notre départ qui nous a permis de bénéficier au maximum de la rotation du vent.

    Vendredi matin, environ 10 nœuds de vent, qui refuse et notre trajectoire s’incurve vers l’est. Nous croisons de près un chalutier en pêche que nous contournons à plus de un mille. C’était prévu, et à 11h la rotation des vents est plus marquée. Je pensais pouvoir me décaler encore vers l’est, mais la direction du vent impose de virer, cap au sud. Le vent mollit un peu en journée, la mer est encore assez hachée, nous empêchant de faire du cap. Nous sommes au près à 55-60° du vent qui souffle à 8-9 noeuds. Quelques bascules liées aux nuages dans l’après-midi, nous permettent de virer et de gagner encore un peu dans l’est.

    À la nuit, le vent à encore un peu baissé, il reste toute la nuit entre 5 et 8 nœuds et nous progressons lentement vers le sud. La mer s’est rangée et la glisse s’améliore. Moby avance entre 4 et 7 nœuds sur le fond, au près avec des mouvements souples dans la mer que tout l’équipage apprécie.

    Samedi 16, au lever du jour, un navire de pêche chinois est croisé.
    Le vent tourne un peu à gauche nous permettant une route au 170°. Tout ce qui peut être gagné vers l’est est bon, car dimanche, le vent doit s’établir au sud est et forcir. Idéalement nous aimerions faire la destination sur un seul bord bâbord amure, sans avoir à serrer de trop le vent et la mer. Belle journée de samedi, après une route au sud le matin, un changement de la direction du vent nous permet un recalage vers l’est. La mer est belle, même avec parfois moins de 5 nœuds de vent, les voiles restent remplies et nous progressons paisiblement. La route sera longue, mais au moins elle est agréable pour l’instant. Un autre navire de pêche chinois croisé au coucher du soleil. Belle nuit étoilée. Je prends mon quart à 1 heure du matin, le vent est toujours au 150°. Combien de temps avant la bascule?

    Dimanche 17, vers 4h du matin, le vent tourne vers la gauche d’une vingtaine de degrés et semble se maintenir ainsi. Je vire, cap au sud. La nuit est belle, étoilée. Les seuls nuages sont loin vers l’est, sur l’horizon. La progression au sud est paisible. Au lever du jour, les nuages se sont rapprochés. Le temps change lentement mais surement et la journée s’annonce sous le signe des grains. Elle est rythmée par leur passages, accompagnés par des manœuvres de prises de ris, de virements, si nombreux que j’arrête de les compter et de les noter au journal de bord. La progression vers le sud demande du travail. À la tombée de la nuit, les grains sont moins nombreux et le vent moyen a un peu mollit. GV 1° ris et solent. La mer est hachée, nous longeons les bancs Saya de Malha sous leur vent, le courant est fort, supérieur à 2 nœuds, parfois portant parfois traversier. La navigation n’est plus très confortable. Le vent se renforce et refuse un peu, 2° ris pris vers 3h du matin.

    Lundi 18, joli lever de soleil, mer cuivrée et courte. J’ai réduit la vitesse mais ça tape quand même par moment. Heureusement que l’équipage est amariné. Il reste 365 nautiques pour Albatros, l’ile la plus au nord de Saint Brandon. Je crains fort que ça ne le fasse pas sur un bord. La journée me paraît longue, chaque mille se mérite.

    Un gros grain en milieu de journée, qui fait passer le vent du sud-est à l’est, donc de gagner au vent pendant près de 2h, avant de revenir au S-E.

    La mer se range un peu en début de nuit, puis vers 2 heures du matin il fraîchit à 20-25kt, je réveille Bénédicte pour la prise du 3° ris. Nous sommes un peu sous toilé mais passons plus confortablement. 5h, mer dans tous les sens, vagues de plein face, je vire pour retrouver un peu de confort pour la fin de nuit.

    Mardi 19, la mer se range à nouveau vers 8h, nous virons. La journée se déroule bien.

    Nous sommes confortablement installés dans ce rythme de près océanique et le bateau passe bien. Nous avons privilégié le confort sur la vitesse, pour le bien de tout l’équipage et aussi du matériel. Le soir, la mer se désorganise un peu à nouveau, mais le vent adonne et nous faisons route plein sud. Nous verrons demain si une courte escale est jouable à Saint Brandon. Si le détour est acceptable, tout dépend de la direction du vent dans les 24h. À 20h Maurice se trouve au 190°/370 milles, Saint Brandon 162°/175 milles. La nuit est agitée, la mer est croisée et dès que le bateau dépasse 6 noeuds, il tape fort. Alors je décide de rouler complètement le solent, ce qui stabilise la vitesse entre 5 et 6 nœuds sous GV 3 ris. Cette mer, démesurée par rapport au vent, je l’avais déjà rencontrée entre St Brandon et Maurice sur Nomade, notre précédent voilier. Une bascule temporaire du vent nous permet un petit contre-bord d’une quinzaine de milles vers l’est en fin de nuit, avant de remettre cap au sud.

    Mercredi 20, temps nuageux au lever du jour, mais cela se dégage avant midi pour laisser place à un ciel dégagé de tout nuage.

    La mer s’est un peu ordonnée, et nous faisons route directe vers Maurice sous 3 ris et 5 tours de solent. La météo reçue ce matin nous permet d’espérer une arrivée à Port Louis vendredi matin. En revanche, si nous relâchons à Saint Brandon, le vent va beaucoup baisser le week end avec 2 zones de calmes qui seraient à négocier sur les 220 milles du trajet. Nous décidons donc de filer vers l’île Maurice. Nous reviendrons à Saint Brandon courant octobre, avec une meilleure fenêtre météo. Le 3° ris est largué à 15h. Toujours du près serré mais ça glisse mieux. Le vent fraîchit à nouveau en soirée, et la mer se creuse. Le 3° ris est pris pour la nuit, confort oblige.

    Jeudi 21, comme la veille, les conditions s’améliorent dans la matinée et le 3° ris est largué. Nous attendons patiemment une adonnante prévue dans la journée par les derniers fichiers météo. Cela commence vers midi et pour la première fois de la navigation,  je sors du mode vent pour un cap direct vers la Pointe aux Canonniers au NW de l’île Maurice. Le vent mollit un peu dans l’après-midi au point que je m’apprête à larguer le 2° ris. Finalement je le garde car même ainsi, nous devrions être proche de l’ile au lever du jour.

    La soiré comme de coutume ces 3 derniers jours est agitée, la mer croisée nous chahute pas mal. Il y a beaucoup de traffic cargo et pêche à négocier toute la nuit.

    Vendredi 22 septembre. En fin de nuit, les lumières de Maurice sont bien visibles, éclairant les nuages de l’Ile d’une couleur ambrée.

    Aux premières lueurs du jour, j’aperçois sur bâbord les ilots du nord, l’Ile aux Serpents et l’Ile Ronde. Puis l’Ile Plate et Pigeon Rock, et enfin les sommets de Maurice.

    Je prends le temps d’apprécier. Toutes les approches d’îles à la fin d’une traversée sont belles, mais celle-ci a pour moi quelque chose en plus.

  • Traversée de l’Océan Indien -1

    Traversée de l’Océan Indien -1

    Nous sommes rentrés dans l’Océan Indien en franchissant le cap York (au nord de l’Australie) le 14 juin 2017 et en sommes sortis en passant le cap des Aiguilles (au sud de l’Afrique du sud) le 2 décembre de la même année. Nous avons parcouru 10 400 NM dans l’Océan Indien, et fait 7 escales à : Bali, Cocos (Keeling), Chagos, Seychelles, Maurice, St-Brandon, Réunion… Voici le récit de nos traversées.

    De Thursday Island à Bali, Mer d’Arafura, 1600 milles

    Nous quittons Thursday Island, dans le détroit de Torres le jeudi 15 juin.Nous  profitons de la dernière heure de jour et d’un fort courant favorable pour nous faufiler dans l’étroit chenal passant entre les iles Thursday, Prince of Wales, Hammond, Friday et Goods, débouchant ensuite sur le Normanby sound.

    De là, nous longeons le sud du chenal du détroit de Torrès vers sa sortie ouest, la Gannet Pass qui marque l’entrée dans la Mer d’Arafura. Dans toute cette zone, allant jusqu’à une cinquantaine de milles de Thursday Island, les fonds ne sont que d’une douzaine de mètres environ. Pour Moby, ce n’est pas un problème, mais les gros bateaux doivent suivre précisément l’étroit chenal dragué à 12m. Peu de traffic ce soir, seulement 3 cargos sur le début de nuit, nous nous attendions à beaucoup plus.

    Conditions de navigation idéales pour la première nuit en mer,

    Le vent souffle du sud-est à une vingtaine de noeuds, la mer est plate car nous sommes toujours assez protégés par la côte, et pour parfaire le tableau la lune nous accompagne à partir de 21h. Tout l’équipage apprécie ce type de départ en traversée, lorsque la transition escale/navigation se fait tout en douceur.

    Au petit matin de vendredi, nous entamons la traversée de la mer d’Arafura, qui se trouve entre le nord de l’Australie et toutes les iles de la partie orientale de l’Indonésie.

    Cette mer a la particularité d’être peu profonde dans sa partie sud et est, zone ou nous naviguons les 3 premiers jours. Cette navigation qui nous fait longer la côte nord de l’Australie nous amène à réaliser une fois de plus l’immensité de ce pays. Il nous a fallu 36 heures depuis le départ pour doubler le cap Wessel, et 36 heures de plus pour passer la longitude de Darwin.

    Toujours de belles conditions de navigation, le vent nous permettant de rester assez proche de notre route, en tous cas jusqu’au 4ème jour de mer.

    Assez peu de manœuvres, si ce n’est le passage au 2° ris pour les nuits, car le vent montre une tendance à se renforcer en cours de nuit. Deux empannages pour se recaler un peu vers le nord le dimanche matin et la même chose en début de nuit.

    Le lundi 19 juin, un peu avant midi, nous sommes survolés par un avion des gardes-côtes australiens. « Border Air Force 112 », un Dash 8, nous contacte par VHF pour nous demander quelques infos sur notre provenance, destination, ETA, nombre de personnes à bord, nationalité,  etc, puis poursuit son vol de patrouille vers l’est, le long de la frontière maritime.

    Bali se trouve maintenant à 830 milles dans l’ouest. Nous avons donc fait la moitié de la route. Le vent doit baisser un peu et tourner vers l’est. Cela va nous contraindre à quelques empannages et va donc rallonger un peu la route. Nous pensons donc arriver à Bali au plus tôt vendredi soir, mais plus probablement samedi sans trop se presser.

    Les jours se suivent et se ressemblent en Mer d’Arafura. La brise tourne à l’est entre 12 et 18 noeuds, avec quelques degrés d’oscillation entre les jours et les nuits. Nous empannons donc deux fois par jour afin d’exploiter au mieux ces variations pour descendre sur la route. Les fichiers de vent prévoient une rotation des vents plein Est puis Est-Sud-Est à une dizaine de noeuds seulement pour les jours à venir. Cela signifie quelques empannages, plus de distance et donc un peu plus de temps pour rejoindre Bali. Les vents et courants sont certes plus favorables sur la partie nord de la mer d’Arafura, mais nous préférons garder nos distances des côtes du Timor et d’Indonésie, réputées denses en embarcations et engins de pêche en tout genre, le plus souvent non-signalés de nuit.

    Le 21 en fin de Journée, nous avons dépassé la longitude de l’ile Pulau Roti, à l’extrémité du Timor occidental. Notre route vers Bali est maintenant au 290°, au sud des Iles de la Sonde. Toujours de très belles journées de navigation, angle au vent mis à part, qui nous empêche de faire route directe et nous impose nos manoeuvres d’empannages bi-quotidiennes.

    Nous naviguons maintenant au sud des iles Indonésiennes.

    de multiples d’empannages les 3 derniers jours de mer

    Nous sommes sortis du plateau continental australien, les fonds sont à plus de mille mètres, le courant se fait sentir et la mer n’est plus aussi belle que les premiers jours. Les courants sont assez complexes, car liés non seulement aux marées, importantes dans cette zones, mais aussi au fort courant général  de nord-ouest qui provient de la zone Pacifique, via la mer des Philippines, mer de Florès et mer de Java. Les cartes de courants dont je dispose donnent une idée générale du flot, mais nous sommes parfois surpris par la force et la direction de ces courants.

    Notre moyenne sur la route a un peu baissé, nous espérions arriver le 23 juin avant la nuit, mais cela semble désormais compromis.

    Je choisis donc de rester à une distance confortable au sud des iles de Sumba, Sumbawa et Lombok. Le vent est assez irrégulier sur cette fin de traversée, pour la première fois depuis le départ de Thursday, je note une mer agitée, croisée, au journal de bord.

    Plus qu’une nuit en mer et nous arriverons à Bali le 24 au matin. Beaucoup de traffic en se rapprochant des cotes : des cargos, des bateaux de passagers, des bateaux de pêches gros, moyens, petits. Il y a foule sur l’eau en cette dernière nuit. Moins de la moitié de ces trafics sont équipés d’AIS, il faut donc bien surveiller leurs feux pour préparer les croisements.

    Au lever du jour, l’ile de Bali est en vue.

    Les derniers milles se font avec un courant incroyable de face, car nous sommes au maximum du courant de marée qui s’ajoute au courant permanent portant au sud-ouest présent dans le passage entre les iles de Lombok et Bali.

    plus de 8 noeuds de courant dans le Selat Lombok

    Heureusement, le vent d’est s’est un peu renforcé au lever du jour et notre vitesse surface nous permet de braver ce courant qui ferait reculer beaucoup de voiliers moins rapides.
    Je finis d’ailleurs par me rapprocher à moins de un mille de la côte, pour m’abriter de la veine de courant la plus forte.

    L’entrée du port de Benoa est en vue.

    Nous contournons les cargos à l’ancre et empruntons le chenal d’accès au port. Il est 10h du matin, c’est déjà l’effervescence sur l’eau. Des centaines d’embarcations de tous types transportant et divertissant des touristes traversent le chenal dans tous les sens, au milieu des navires de commerce ou de pêche. Le niveau de pollution de la mer, par le plastique atteint des records. J’essaie au mieux de garder Moby dans une eau claire, car ce n’est pas le moment de colmater nos prises d’eau de refroidissement moteur avec ces saletés.

    Nous arrivons peu après à la Marina de Bali, d’ou nous ferons nos formalités d’entrée. La marina et ses pontons sont dans un état de délabrement avancé, mais l’accueil y est chaleureux.

    Moby à la marina de Bali

    Le nouveau système informatique mis en place par les autorités Indonésiennes pour les bateaux de plaisance est remarquable. J’avais enregistré à l’avance toutes les infos concernant le bateau et l’équipage et il m’a suffi d’un passage aux bureaux des douanes, de l’immigration et du port pour que les formalités soient faites. Ce système est en place depuis une année et fonctionne bien à Bali. Il est normalement en pratique dans tous les ports d’entrée d’Indonésie.

    Le mot de Bénédicte :

    Passage express de 36 heures à Thursday Island : le temps de nous reposer, de faire les formalités d’immigration de départ d’Australie, et de remplir le frigo pour les 8-9 jours de navigation à venir, direction BALI!

    Sa situation géographique, à quelques encablure de la Papouasie-Nouvelle Guinée (PNG) et en plein milieu du détroit de Torres est exceptionnelle. Nous sommes en effet sur la route des « petits » cargos n’empruntant pas le détroit de Malacca, et également sur la route des voiliers quittant et arrivant d’Asie.

    La frontière est très surveillée, et les gardes-côtes particulièrement actifs.

    Nous apprenons en faisant nos formalités  qu’il existe un traité entre les îles australiennes du détroit de Torres et les iles /villages PNG de la côte sud, permettant aux populations traditionnelles la libre-circulation des personnes, et la pratique de leur coutume (pêche, visites, mariages, récoltes etc…). Ils évitent fort heureusement les pénibles formalités de visa sur lesquelles  les australiens sont tellement tatillons. En revanche ces habitants « australiens », ne disposent pas de véritable nationalité australienne, et doivent s’acquitter d’un visa pour voyager sur le continent.

    Il nous tarde de rejoindre Bali et de reprendre notre programme de voyage. Le stop de 3 semaines à Cairns aura littéralement « mangé » notre temps de séjour indonésien. Aussi l’escale balinaise devra-t-elle se réduire au strict minimum : formalités d’arrivée et de départ, avitaillement, et sans doute tout de même une à deux journée de tourisme pour découvrir cette île si réputée pour son bon-vivre.

    Depuis notre départ, les conditions de navigation sont plaisantes, la mer est peu agitée, le vent portant nous fait longer sur un seul bord la côte Nord Australienne. A bord, le programme scolaire est considérablement allégé : Victor a terminé officiellement son année : nous avons respecté la date limite du vendredi 16 juin pour rendre les dernières évaluations. Nous attendons avec impatience son bulletin scolaire, qui devrait contenir de bonnes appréciations.

    Arthur a commencé aujourd’hui ses évaluations de fin de trimestre,

    et à raison de 1 à 2h de travail par jour, nous aurons terminé avant d’arriver à Bali.

    Nous avons donc du temps pour lire, discuter, cuisiner, faire des jeux de société, regarder la mer…

    le coup de fil hebdomadaire aux grands-parents

    Depuis notre départ, nous avons eu la change de croiser un lamentin, furtivement, car nous naviguions à 10 noeuds quand nous l’avons vu plonger. Il ressemblait à un énorme phoque pour sa nage et son plongeon, sa peau était marron clair tirant sur le doré.

    Je n’ai malheureusement pas pu immortaliser le mammifère, mais en revanche, nous avons croisé deux serpents de mer, blancs, d’environ 2m de long, qui nageaient en rond à la surface. Autre curiosité : les poissons volants, de belle taille, qui atterrissent sur le trampoline. Nous allons tous les matins les rejeter à la mer. La plupart sont mort, mais nous arrivons parfois à en sauver quelques-uns.

    Il ne reste plus qu’à croiser un crocodile, et nous aurons fait la connaissance de toutes les curiosités aquatiques locales….

    Traversée entre Bali et Cocos (Keeling), 1100NM

    de nombreux bateaux de pêche sur la route

    C’est à la mi-journée du vendredi 30 juin que nous quittons Bali pour L’ile Australienne de Cocos(Keeling), distante d’un peu plus de 1100 milles, route au 260°. Le vent d’Est, entre 10 et 15 noeuds nous permet de nous éloigner assez vite des côtes, aidés en plus du fort courant du Selat Lombok, qui nous est favorable

    Nous filons bâbord amure sous grand-voile et gennaker à une dizaine de noeuds.

    Pour cette petite traversée qui doit durer entre 5 et 6 jours, les prévisions météo sont bonnes. Le vent est prévu à une quinzaine de noeuds pour les deux premiers jours, puis mollira à une dizaine de noeuds avant de se renforcer à environ 25 noeuds sur la fin du trajet. Seul bémol, lorsque le vent d’est-sud-est soufflera à l’approche de Cocos, il sera accompagné d’une forte houle de sud-ouest, générée par une grosse dépression lointaine, qui traverse le sud de l’océan indien en cet hiver austral. Je choisis donc de faire route légèrement au sud de la route directe, afin de nous décaler progressivement et de bénéficier d’un angle plus favorable avec le vent et la mer lorsque les conditions se renforceront.

    un paisible déjeuner en mer

    Du 1er au 4 juillet, un très beau temps, conforme aux prévisions nous accompagne. Le vent d’est, faible à modéré nous donne de belles conditions de navigation, sous un beau soleil d’hiver. Une baisse du vent le 4 au matin me confirme que nous allons passer de l’influence d’un anticyclone à l’autre, et que nous pouvons nous attendre à une rotation des vents au sud-sud-est dans les heures à venir. Cette situation se confirme en fin d’après midi. Le vent augmente graduellement et le code 0 vient remplacer le gennaker, et le premier ris est pris en début de nuit. Au lever du jour le 5, le code 0 est rangé, place au solent, puis nous prenons le 2° ris, non pas à cause du vent, mais car la houle nous arrive de 3/4 avant bâbord et il faut rester à environ 8 noeuds pour garder un bon confort. Le ciel est couvert, avec quelques averses, cela nous change des jours précédents. Vers midi, nous dépassons le voilier Ariel IV, de nos amis suédois Erik et Birgitta, partis 2 jours plus tôt que nous de Bali. Ils en sont déjà à leur deuxième tour du monde plus un passage du Nord-ouest sur leur joli monocoque de 16m en acier.

    Les milles défilent de plus en plus vite pour Moby, et il nous faut ralentir, non-seulement pour le confort mais aussi pour ne pas arriver avant le lever du jour à Cocos, car l’entrée dans le lagon ne peut se faire que à vue, pour rejoindre l’abri du mouillage. Nous prenons donc le 3° ris avant la nuit, puis finissons par enrouler complètement le solent. Ce ne sera pas suffisant, le vent montant à une trentaine de noeuds, je suis à portée de la passe de Cocos vers 3 heures du matin. Je tire donc quelques bords sous le vent de l’ile, bien abrité de la houle, en attendant le lever du jour.

    Dès que la lumière est suffisante, nous entrons dans le lagon et allons mouiller sous  le vent de Direction Island, seul mouillage autorisé dans l’atoll de Cocos.

    A 9h, le fonctionnaire australien en charge des formalités nous rend visite à bord, les passeports tamponnés, nous allons pouvoir profiter de ce magnifique lagon bleu.

    4 bateaux au mouillage de Direction Island

     

    Le mot de Bénédicte : 

    Cette traversée fut d’autant plus agréable que nous avions à bord un équipier de choix : mon frère Thomas, qui avait déjà traversé l’Atlantique avec nous en février 2016, et qui nous a rejoint à Bali.

    Un troisième adulte à bord est appréciable pour le partage des tâches (Merci Tom pour la vaisselle!!!), et surtout pour les quarts de nuits. Nous partageons la nuit en 3 : je continue à prendre le premier quart, de 20h30 à minuit, Thomas celui de minuit à 3h30, et Loïc celui du petit matin de 3h30 à 7h. Cela nous permet d’avoir de bonnes nuits de sommeil.

    Thomas s’occupe aussi beaucoup de ses neveux : il initie Anna à la guitare

    et organise de petites expériences scientifiques pour les garcons, du yoga/relaxation pour les petits

    Il faut dire que les enfants sont en vacances, il n’y a donc plus d’école à bord tous les matins, ce qui nous laisse plus de temps que d’habitude pour bricoler, faire des jeux de société, en particulier le Carcassonne, notre jeu préféré à tous : ce jeu de stratégie est abordable, puisque nous y avons initié les plus jeunes dès 5-6 ans, et qu’enfants ET adultes y trouvent autant de plaisir. Les nombreuses extensions de jeu développées depuis quelques années permettent aussi de mettre un peu de fantaisie et de nouveauté.

    Côté animaux, nous sommes chanceux, et croisons en pleine mer, la veille de notre arrivée, des dauphins!

    Cette traversée passe très vite, en 6 jours à peine, nous voilà arrivés dans un mouillage de rêve, avec des copains, et sur un atoll à l’histoire étonnante.

    Moby au mouillage aux Chagos avec nos bateaux-copains de l’Indien : Shuti, Cool Runnings et Ariel IV

    Traversée Cocos (Keeling)- Atoll de Salomon, Chagos : 1520 NM

    En ce 14 juillet, c’est une étape de 1520 milles nautiques que nous avons devant nous pour rejoindre les Chagos, plus particulièrement l’atoll de Salomon qui se trouve dans la partie nord de l’archipel.

    notre trace entre Cocos (Keeling) et les Chagos

    Au plus fort de l’hiver austral, la situation générale météorologique est classique et bien réglée sur l’Océan Indien : les grosses dépressions générant du très mauvais temps se succèdent vers 45-50° de latitude Sud. Au dessus, centrés par 25-30°S, de puissants anticyclones  alimentent le régime d’alizés de sud-est. Enfin, plus au nord, c’est l’équateur météo où convergent les alizés des deux hémisphères, zone de basse pression relative, peu active à cette saison.

    situation générale sur l’Océan Indien au matin du 16 juillet 2017

    La particularité météo pour la zone nous concernant, c’est ce que j’appelle le « triangle de Sumatra » : c’est une vaste zone triangulaire d’environ 800 milles de coté situé juste à l’ouest de l’ile de Sumatra. Des calmes plats y règnent la majeure partie du temps, seulement rythmés par de très violents grains orageux. Dans cette zone, il est courant de voir une bulle de basse pression se former, puis descendre plein sud, donc vers Cocos en se creusant et en donnant naissance à une dépression de taille limitée qui trouve son chemin entre le passage de 2 anticyclones. Ces phénomènes ne sont pas dangereux en hiver, mais peuvent donner des conditions de mer et de vent fort où un plaisancier ne souhaite quand même pas se trouver. Il est donc important de quitter Cocos en ayant vérifié qu’un tel phénomène n’est pas en formation lors du départ.

    Un tel système est passé légèrement dans l’Est de Cocos le 12 juillet et s’est éloigné dans le sud, nous sommes donc tranquilles pour quelques jours et profitons le jour du départ d’un bon alizé. Départ en début d’après-midi, nous choisissons de partir tribord amure, vers le nord et nous rallonger donc la route, juste pour aller longer l’ile de North Keeling qui se trouve au nord à une quinzaine de nautiques. Le débarquement y est interdit, mais nous souhaitons passer assez près pour voir à quoi cette ile ressemble, par simple curiosité. Après être passé sous le vent de l’ile, nous abbattons en restant tribord amure et attendons le soir avant d’empanner cap à l’ouest.

    Partis avec 2 ris dans la grand-voile et le solent, nous prenons le 3° ris pour la nuit. La mer croisée ne permet pas de bien glisser, alors mieux vaut réduire un peu la vitesse, le gain confort est appréciable, surtout la nuit.

    Le lendemain, 15 juillet, nous voyons les cibles AIS de nos amis de Shuti et Cool Runnings à une quinzaine de milles dans notre sud. Ils sont partis 8h plus tôt que nous de Cocos. Nous nous appelons par VHF. Pour eux, ces conditions musclées sont encore plus dures, car leurs catas ne font que 38 et 40 pieds. D’ici 2 à 3 jours, le vent doit mollir un peu et la houle croisée doit disparaitre, il faut être patient. Nous nous souhaitons une bonne traversée et nous donnons rendez-vous aux Chagos à leur arrivée.

    Dans la nuit du 15 au 16, nous sommes rattrapés par deux grains, accompagnés de rafales à 35 noeuds et de fortes averses. Mais nous avons la toile du temps car nous avons toujours nos 3 ris et le solent un peu roulé.

    Grand voile 3 ris

    C’est toujours ça de pris de ne pas avoir à manoeuvrer de nuit. En revanche, entre les grains, nous sommes sous-toilé mais sommes toujours entre 7 et 8 noeuds, pas de quoi se plaindre. Au matin, le ciel reste très chargé, mais le vent est régulier, toujours autour de 25 noeuds. Nous nous installons dans la routine des traversées, au rythme des repas, des quarts et de la marche du bateau. Les conditions restent musclées plusieurs jours et l’accalmie relative prévue au départ tarde à arriver. Le vent d’est-sud-est des 4 premiers jours nous permet de faire une route à l’ouest et même de gagner quelques milles vers le nord. Nous avons en effet besoin de monter de 7 degrés pour rejoindre la latitude de Chagos.

    Loïc aperçoit sous l’eau cette énorme masse bicolore
    C’est une baleine!

    A partir du 19 juillet, le vent commence sa rotation vers l’est et baisse d’une force en moyenne. Nous empannons pour naviguer tribord amure et le 3° ris est enfin largué. La mer est beaucoup plus agréable sur ce bord, car les vagues nous viennent maintenant de l’arrière. Le bateau glisse sur l’eau et part régulièrement dans des surfs à plus de 20 noeuds. En début de nuit, lors du quart de Bénédicte, et alors que je dors dans ma cabine, je suis réveillé par un surf rapide. En fait, c’est la durée de ce surf qui me tire de mon sommeil, car il dure vraiment plus longtemps que les autres. Rien d’inconfortable, la glisse est bonne mais je monte quand même sur le pont pour voir. Bénédicte a le sourire, tout va bien, nous ne sommes pas sur-toilé, les conditions de hauteur et de longueur des vagues sont juste parfaites pour Moby. Un coup d’oeil aux instruments qui ont enregistré la pointe de vitesse : 26,67 noeuds! Nouveau record! Je retourne me coucher.

    A l’arrivée de cette traversée, Moby a battu un nouveau record de vitesse

    Le 20 juillet, le temps change. Le vent moyen est au 110° et varie beaucoup en direction et en force. Il était prévu entre le 080° et le 090° sur la zone, depuis notre départ et ceci avait motivé ma stratégie de navigation de ne faire de tribord que sur les derniers jours. C’est raté! C’est souvent comme ça sur la fin d’une traversée et c’est assez logique, car il est possible de caler le départ pour bénéficier de conditions optimum, mais après 5 jours on est forcé de prendre ce qui vient et la réalité est parfois un peu différente des prévisions. De plus, en se rapprochant de l’équateur, le gradient de pression est généralement faible et les fichiers météo ne sont pas toujours précis. Les changements entre deux prévisions prises à seulement 12 heures d’intervalle m’ont déjà laissé perplexe.

    nous croisons la route des cargos entre le détroit de Malacca et l’Afrique du sud

    Il nous faut donc pas mal manoeuvrer pour maintenir la moyenne et espérer l’arrivée le 21 avant la nuit. L’après-midi du 20 nous fait perdre l’espoir d’une arrivée le lendemain. Le vent nous à lâché et nous peinons à garder un gain sur la route de 5 noeuds.

    Le vent revient un peu en début de nuit et nous remontons tranquillement vers le nord-nord-ouest, tribord amure. Nous sommes à environ 150 milles dans l’est de Diego Garcia et Salomon est au nord-ouest à 210 milles. La journée du 21 est belle, avec toujours un vent irrégulier entrainant quelques manoeuvres. En fin d’après-midi le ciel se couvre et nous apercevons assez loin de gros cumulonimbus, annonciateur de grains. Comme l’arrivée à Salomon est assurée demain matin, nous prenons 2 ris dans la grand-voile et surveillons de près le déplacement des grains. Dès la nuit tombée, ces grains génèrent tant d’éclairs qu’il devient facile de les localiser. Nous n’hésitons pas à changer radicalement notre route pour garder une bonne distance. Nous y parvenons assez bien mais préférons prendre un troisième ris au cas où. Quelques soudaines et brèves rafales à plus de trente de noeuds arrivent jusqu’à nous, mais nous évitons les averses. En milieu de nuit, les orages s’éloignent et laissent place à un ciel couvert et une pluie continue.

    Au lever du jour, nous faisons notre dernier empannage à proximité des récifs de Blenheim et filons vers la passe de l’atoll de Salomon.

    arrivée à Peros Banhos sous un grain

    Nous appelons le Pacific Marlin, le navire de surveillance du BIOT pour les informer de notre arrivée. Entre 2 averses, nous apercevons l’Ile de la Passe. Arrivés sous le vent de l’ile, nous affalons les voiles et à la demande de nos amis de Cool Runnings et de Shuti effectuons une reconnaissance d’une possible zone de mouillage d’attente au cas ou ils arriveraient de nuit. Il s’avère qu’il n’y a aucune zone satisfaisante à l’extérieur de l’atoll.

    Nous pénétrons ensuite dans l’atoll en prenant soin de relever quelques way-points et allons mouiller  entre l’ile Fouquet et l’ile Takamaka, sur un joli fond de sable et une profondeur de 4m.

    Ce séjour aux Chagos sera l’un des plus beaux et mémorable de notre voyage.

  • Il y a 10 ans déjà… traversée de l’Indien sur Nomade

    Il y a 10 ans déjà… traversée de l’Indien sur Nomade

    Nous avions acheté Nomade à Phuket en 2004 et lui avons fait faire un refit complet dans un chantier de la marina Boat Lagoon. Cet ancêtre du « Lévrier de Mer » construit par le chantier Leguen-Hémidy était un bateau léger, rapide et très marin, que nous avons convoyé à deux jusqu’à l’île Maurice. Notre projet de l’époque était (déjà!) un tour du monde par l’hémisphère sud, au départ de Maurice, avec notre fils ainé Victor qui n’avait que 3 ans à l’époque… Les aléas de la vie ont fait que nous avons renoncé à ce projet de grand voyage, et vendu notre voilier, en gardant l’espoir et le rêve de repartir un jour….

     

    https://www.youtube.com/watch?v=moUA-sPJ0Ek&list=PL9njTPcJKifP7N8cwQMu9_SNi3L_mZYOg