Le Marin est une escale technique incontournable aux Caraïbes, d’autant plus depuis le passage du cyclone Irma qui a détruit une grande partie des infrastructures de St-Martin.
Nous sommes tout de même surpris par le nombre de bateaux : entre la marina, les trous à cyclones, et la baie de Ste-Anne, plusieurs centaines de voiliers viennent faire escale pour quelques jours, quelques semaines ou plus.Il faut dire que le site offre dans un rayon de 2 milles nautiques tout ce qu’un plaisancier peut rechercher :
une grande marina avec services, laveries, commerces en tout genre, banque, poste…
une zone technique dotée de professionnels dans presque tous les métiers du nautisme
2 trous à cyclones dans la mangrove, et pléthore de zones de mouillage
un spot de kite et de planche à la pointe des Boucaniers (où est installé de longue date Le Club Med)
une profusion de restaurants, bars, take-away, boulangerie etc…
2 supermarchés : un qui livre à bord, et l’autre avec un ponton d’accès en annexe
la grande plage de Ste Anne, très fréquentée le week-end, mais agréable en semaine, parfaite pour la baignade et les jeux des enfants, avec ses « lolos » (restos de plage), ses vendeurs de glace et de maillots de bain
le petit village de Ste-Anne avec son marché artisanal du week-end, ses petits bars de plage, son épicerie, et ses restos branchés….
Nous avions organisé quelques travaux, dont la révision des voiles et de l’enrouleur, avant la transat retour.
Bref, un stop-technique inévitable comme nous en avons fait tous les 6 mois sur notre parcours, à St-Martin, à Papeete, en Nouvelle-Zélande, en Australie, en Afrique du sud….
Nous en profiterons pour explorer la zone.
La plage de Sainte-Anne
Nous commençons par mouiller devant la plage de Ste-Anne, un dimanche…..Pour notre petite famille de tourdumondiste habitués aux mouillages déserts de l’Océan Indien et de Polynésie, c’est un peu oppressant…. Nous parcourons la plage à pied, un peu sonnés par toute cette joyeuse agitation : il nous faudra quelque jours pour nous acclimater!
Des jetskis par dizaines, la sono à fond,
Les pirogues locales s’entrainent à régater
Familles, touristes, groupe de retraités, tout le monde se retrouve le dimanche à la plage!
Cette épave que nous avions repérée de loin nous intriguait; il parait qu’elle est là depuis des années…
Le bar « tendance » de la plage, ambiance St-Trop : côté mer, on boit du rosé en maillot piedanlo sous les parasol, et côté plage, on se prélasse dans des transats
Un peu plus loin, un groupe de plaisanciers anglo-saxons se retrouve pour une bière devant leurs annexes
Nous reviendrons souvent dormir et nous baigner sur ce mouillage aux cours des 15 jours d’escale, pour profiter des superbes couchers de soleil du soir, et de la baignade du matin, à l’heure de la récré.
Un soir, les enfants nous suivent en annexe au coucher du soleil, du Marin jusqu’à la plage.
Les couchers de soleil sont magnifiques.
Le village de Sainte-Anne
Pour nous mettre dans l’ambiance, nous partons au village de Ste-Anne fêter notre arrivée en Martinique avec un ti-punch bien local (sec et sans glaçons, hips!!) au coucher du soleil, avec à l’horizon, le rocher du Diamant.
Un petit détour par la supérette, par curiosité : le produit phare, en tête de gondole dès l’entrée du magasin, c’est le rhum en cubi!!
Et il y a du choix!
Samedi matin, c’est jour de marché au village de Ste-Anne : j’y vais pour les accras frits juste sous nos yeux, pour les fruits et légumes, mais aussi pour le punch fait maison vendu par les « doudous » très bonnes commerçantes! Après en avoir testé une bonne douzaine de différents ( à 11h30 du matin…. c’est tôt pour l’apéro), nous optons pour le punch-coco, aussi crémeux qu’un Bailey’s, et pour un « Shrub » , liqueur aux agrumes à la délicieuse amertume. Un petit café sur la plage finit de donner l’ambiance typiquement française sous les tropiques : c’est le meilleur des deux mondes!
Le Marin
Lundi matin première heure, nous sommes au mouillage au Marin, et déposons les voiles.
Pour accéder à la zone technique il faut prendre un petit canal de mangrove, facilement accessible en annexe.
Je profite de cette escale citadine pour faire le plein de fruits et légumes au marché, et d’épicerie au supermarché. Là, je suis surprise de voir que l’immense majorités des fruits et légumes « tropicaux » sont importés,
de pays voisins ,
de partenaires commerciaux européens :
mais aussi de pays beaucoup plus lointains La mondialisation est passée par là. Et c’est récurrent tout le long de l’archipel antillais : les marchés sont correctement approvisionnés de produits locaux, vendus souvent plus cher qu’en grande surface, et les supermarchés importent tout, de loin, très loin, mais offrent des produits très compétitifs.
Nous profitons de ces 2 semaines pour bosser tous les 5 à fond :
Loïc sur l’entretien de Moby : il répare lui-même les toilettes, la machine à laver, la pompe à eau, et d’autres menues bricoles .
De mon côté, je range et brique l’intérieur du bateau pour prendre des photos : nous préparons en effet la mise en vente de Moby, pour l’été prochain, après notre retour en France. Après 2 ans et demi de grand voyage autour de la planète, c’est sans regret que nous le verrons prendre la mer avec de nouveaux propriétaires ; notre vie de terriens reprendra son cours, avec d’autres projets. Et aussi l’envie de repartir, dans quelques années, quand les enfants seront grands pour un nouveau tour du monde!
Les enfants travaillent dur tous les matins, et même l’après-midi pour Victor : le programme du CNED de troisième est exigent et copieux. Pour Arthur et Anna, nous nous appliquons à travailler les fondamentaux : ici le jeu de la marchande, pour apprendre à additionner et à rendre la monnaie. Là, Arthur n’en a pas l’air, mais il révise ses tables de multiplication avec son papa…
Nous croisons beaucoup de navigateurs arrivés de la « Transquadra ». Certains choisissent de faire rentrer leur bateau… en cargo!
Jeudi soir au Marin, nous profitons du bateau-pizza qui est notre voisin de ponton ! Original : c’est un vrai restaurant avec son four à pizza installé à l’arrière du cockpit. Le bateau passe la semaine à grenouiller entre Le Marin et Ste-Anne, et assure même les livraisons au mouillage! Nous en profitons et nous régalons de lasagnes et pizzas.
Trou à cyclones et Cirque marin
En milieu de semaine, nous allons mouiller dans l’un des deux trous à cyclones du Marin, par curiosité, de découvrir ce site naturel, qui est très calme .
C’est aussi parcequ’ il y a ce soir, au fond de la mangrove, un spectacle de cirque… sur l’eau!
Une troupe menée par les équipages de 3 bateaux, qui se sont rencontrés au fil de l’eau, entre la Bretagne, les Canaries et les Antilles. Clowns, vidéastes, poètes, musiciens, acrobates, mimes… Nous découvrons le show avec plaisir!Et nous ne sommes pas tout seuls!
C’est artisanal, et c’est leur première représentation! Nous sommes ravis de voir notre soirée illuminée par 2 heures de spectacle vivant, bon-enfant et tellement dépaysant!
Les Salines
Nous partons passer le week-end dans un site sauvage superbe, à 3 NM au sud de Ste-Anne : les Salines.
Le temps est très calme, et nous mouillons en bordure de plage, derrière l’ilot Cabri. Nous passons un week-end enchanteur, à 30mn à peine du Marin. Tout seuls-ou presque.
Nous explorons les 3 plages de la presqu’île :
Grande Terre, la plus sauvage,
Grand Anse, la plus animée, la plus aménagée aussi de restos, parking, jetskis etc…qui attire beaucoup de monde les week-end, et où nous ne restons pas,
et Petite Anse, une plage de naturistes, mais mixte, avec des touristes, des randonneurs qui dans la journée parcourent toute la presqu’île, de Ste-Anne à la Savane des pétrifications, en passant par les 3 plages des Salines.
Nous quittons le Marin début mars, direction la Guadeloupe où nous rejoignons mon frère Thomas et son amie Sonia pour 8 jours de croisière en famille.
Nous passons la nuit aux Anse d’Arlet, célèbres plages qui se trouvent sur notre route.
Nous n’aurons pas le temps de nous arrêter comme prévu à la Dominique, ce que nous regrettons car l’île a une histoire à part aux Caraïbes et beaucoup à offrir : densément boisée, avec les plus hautes montagnes des Antilles, elle ne fut pas colonisée pendant les XVI et XVII eme siècle. Les indiens Caraïbes étaient trop agressifs, et l’île fut déclarée terrain neutre. Elle fut plus tard le refuge de nombreux esclaves « marrons », et finit par être occupée à tour de rôle par les français et les anglais, mais avec un peuple toujours très farouche et indépendant, qui obtint après l’abolition de l’esclavage en 1831 d’établir le premier gouvernement noir des Caraïbes. L’île obtint son indépendance en 1974, et reste à l’écart du développement touristique des Antilles ; elle a subi des cyclones ravageurs ces dernières années, mais offre des forêt primaires intactes, et de belles balades en rivière.
Nous prenons vite le rythme : Loïc part au chantier tous les matins en vélo suivre l’avancement des travaux, attention, au chantier, l’équipement est réglementaire!
équipement de prêt à l’entrée du chantier
Pendant ce temps, nous restons à l’appartement travailler : Victor doit rendre tous ses devoirs du CNED pour le 16 juin, alors on cravache!
En fin de journée, nous nous octroyons une pause, et sortons nous balader : la piscine « lagoon » est à quelques minutes en trottinette,
en route pour la piscinela piscine lagonla plage en plein centre villevue de la piscine sur l’Esplanade
idem pour le skate park, et l’aire d’escalade.
A 5mn de notre appartement, il y a aussi la piscine municipale.
le bassin olympique
Son équipement est assez extraordinaire : un bassin de taille olympique, un second bassin de 25m chauffé à 32°!!!, des jeux d’eau pour les petits, un café, et surtout, un stand de glisse!
le stand de glisse
Ca n’est pas vraiment une piscine à vague, mais un jet d’eau propulsé sur un liner incliné, que l’on surfe, soit avec un boogie board,
Arthur tente le premier, en boogie boardpour se diriger, c’est avec les jambes
soit debout avec une planche style skate.
Le samedi après-midi les garçons s’y essaient, et c’est plutôt fun ! Premiers essais à plat ventre, puis debout pour Victor
Victor en action
et Loïc.
Loïc
Nous avons attendu toute la journée de samedi que le soleil se lève : il nous faut aller passer une seconde couche d’anti-fouling. Finalement, à 16h30, c’est bon, le ciel se découvre, nous allons pouvoir peindre!
Nous profitons que le bateau soit sorti de l’eau pour ajouter 2 couches supplémentaire. Moby n’en a pas vraiment besoin, car l’anti-fouling a été fait en Nouvelle-Zélande il y a 4 mois, mais 2 couches de plus nous permettrons peut-être de tenir encore un an!
Dimanche nous nous accordons tous une journée de repos : pas de travail au chantier pour Loïc, ni d’école pour les enfants. Direction Port Douglas au Nord de Cairns, où nous avons booké une sortie en bateau à la recherche des crocodiles… Nous avons tous très envie de découvrir ces « Salties », crocodiles d’eau de mer nombreux dans cette région d’Australie.
Le Lady Douglas nous balade pendant 1h30 dans le bras de rivière du « Dickson Inlet ».
embarqués à bord du lady Douglas
Nous scrutons les berges boueuses de la rivière, où les crocodiles d’eau de mer se réchauffent au soleil.
En principe, le moment est propice. Nous sommes l’hiver, l’eau est à 25° : c’est un peu peu frais pour les crocodiles, reptiles marins qui cherchent la chaleur pour maintenir leur température corporelle. Il est midi, la mer est basse : les berges de la mangrove sont donc largement découvertes, les crocos devraient être là à se réchauffer au soleil.
En regardant bien, nous en voyons un petit ;
un petit croco
Il mesure un mètre, il est très mince : il doit avoir dans les 18 mois/2 ans. Nous le laissons tranquille et allons un peu plus loin à l’intérieur de l’inlet voir si on y trouve ses grands frères et soeurs….
Mais nous n’en verrons pas d’autre, c’est un peu décevant : j’aurais bien aimé voir en grand ces grands prédateurs. Cela dit, les enfants sont contents, ils sont rassurés de n’en avoir croisé qu’un petit, et vont l’observer en pleine action : au retour, nous nous arrêtons en effet revoir le petit animal, qui descend de la berge :il a repéré de curieux poissons qui avancent au sec sur leurs nageoires pectorales.
Notre croco les approche, puis se glisse à l’eau et rode à la surface : on ne voit que ses yeux….
Ces prédateurs sont impressionnants. Les grands adultes ne bougent pratiquement pas de la journée, sont capables de jeûner pendant une année entière, et de tout à coup se ruer sur un mammifère gros comme une vache pour l’engloutir tranquillement… Les attaques sur les humains sont rares, mais quand elles ont lieu, elles sont toujours mortelles. La technique de chasse est en effet imparable : hyper rapides à l’attaque, leur grande gueule attrape la proie et l’amène sous l’eau pour la noyer. Le prédateur a alors tout son temps pour la déguster…
Même sans gros spécimen, la balade était sympa. La mangrove abrite de nombreux oiseaux, et beaucoup d’épaves aussi, coulées par les pluies diluviennes qui s’abattent l’été sur la région. La municipalité vient de voter le budget pour les renflouer, car une telle quantité de bateaux coulés, ça fait mauvais genre.
Avant de rentrer au port, petit détour par le village, avec sa charmante église de bardeaux, qui accueille près de 300 mariages par an (presque un mariage par jour, sauf le dimanche bien sûr!)
L’église du village
La cérémonie se fait dans l’église, les photos sur la plage, et la fête sur le ponton, au « boatshed » : tout cela doit être très photogénique.
le boatshed
Nous déjeunons à la marina
Resto sur pilotis
et faisons route à 20km de là vers la foret de Daintree, la véritable « tropical Rainforest » du Queensland. Là, au coeur d’une réserve a été créé par les aborigène eux-mêmes un centre d’interprétation de la forêt. Comme partout en Australie, le centre est très moderne, et bien organisé (trop même…), parking, resto et boutique…. un service de minibus fait la navette et nous emmène au coeur de la foret. Là, nous sommes (enfin!!!) libre de nous balader en liberté… sur sentier balisé uniquement.
sur le sentier
Ce qui surprend le plus, c’est la quantité de plantes épiphytes et de lianes.Arbres et plantes semblent avoir un destin inextricablement lié. les arbres sont comme colonisés par les plantes.
La taille des arbres nous épate : ils nous masquent presque totalement le soleil. Certains de ces arbres ont des racines gros comme des troncs, qui serpentent sur le sol pendant des dizaines de mètres.
la taille des racines!et leur longueur, qui coure sur plusieurs dizaines de mètres
Nous croisons plusieurs fois le cours d’eau, se jetant en cascade sauvage ou en sage bassin de nage.
La température n’est pas vraiment engageante pour la baignade, 23-24° max, et sans soleil.
On imagine l’endroit désaltérant en plein été.
Nous scrutons les sous-bois à la recherche des « Cassowary », appellés Casoars en français : de curieux volatiles de plus d’un mètre de haut, sortes de gros dindons de la famille des émus, à la tête blanche dotée d’un casque noir, d’un goitre bleu et de barbillons rouges.
voilà à quoi ressemble un cassowary
Nous n’en verrons pas, mais plusieurs sortes de petites poules sauvages fouillant le sol nous approchent. Les enfants sont enchantés de leur balade en forêt, le pont de singe était trop bien, les oiseaux rigolos,
drôle d’oiseau sur le parking…
, et les arbres impressionnants Je récolte une note de 8/10 pour la journée!
Une première semaine est passé, et il nous semble que les travaux avancent, mais toujours trop lentement à notre goût… Le moteur a été enlevé, le travail de stratification a lui aussi commencé. Cette semaine, nous espérons remettre à l’eau au plus tard vendredi matin, marée oblige. Cela implique que le moteur soit réinstallé jeudi, et donc le travail de stratification terminé mardi.
La semaine est intense. Nous changeons pour la troisième fois d’appartement-dans la même résidence, certes… au fur et à mesure que notre séjour se prolonge, nous gagnons en confort et en vue!Les derniers jours, nous terminons au 5 ème étage, avec vue!
Nous avons aussi vite compris pourquoi les tarifs de cette résidence bien placée étaient si compétitifs : l’immeuble voisin est en travaux pour plus d’un an…. c’est donc un chantier très bruyant de 7h du matin à 16h l’après-midi, 6 jours sur 7. Heureusement, l’immeuble est bien insonorisé : et comme nous bossons à l’intérieur et sortons les après-midis, ca n’est pas trop gênant.
vue depuis la terrasse, sur les travaux de l’immeuble voisinle skeg est finalement recollléle berceau du moteur aussi
Moby est presque prêt
Quand le chantier nous avait indiqué qu’il y en avait pour une semaine de travail, cela n’incluait pas le temps morts, ni le séchage ni les week-end et jours fériés…
les travel-lifts du chantierle travel-lift arrive soulever Mobyprêt à flotter de nouveau
Nous finissons par remettre à l’eau à l’arrache vendredi matin, 15 jours exactement après la sortie de l’eau.
Nous sommes très heureux de retrouver notre bateau,
Merci à toute l’équipe de Norsand pour leur travail
Nous nous donnons 48h pour le préparer : un grand ménage, un petit approvisionnement, et nous appareillons sans tarder pour Thursday Island, île septentrionale de l’Australie, à l’entrée du détroit de Torrès.
Nous voilà donc en Australie, pays dans lequel nous avions longtemps hésité à faire escale : un territoire si grand et si riche en découvertes et activités nous semblait difficile d’appréhender en quelques semaines. Nous avions donc opté pour des escales en Nouvelle-Zélande/Nouvelle-Calédonie/Indonésie.
Chenal de Cairns
Mais tant qu’à y être, nous sommes décidés à profiter au mieux de cette escale forcée.
Moby au ponton de Marlin Marina, Cairns
Priorité numéro 1, c’est sortir le bateau de l’eau, réparer, pour repartir au plus vite! Cette partie-là, c’est Loïc qui gère. Il est relation avec les chantiers de Cairns depuis 48h.
Nous devrons attendre 3 jours et 4 nuits dans la marina de Cairns pour bénéficier d’un créneau de sortie de l’eau. Il a d’abord fallu sélectionnier le chantier. Cairns est réputé pour sa réparation navale, et pour cause : c’est la plus grande base touristique pour visiter la célèbre Grande Barrière de Corail, mythique zone corallienne, le plus grand et plus célèbre récif corallien du Monde!
Il y a donc pléthore de professionnels, et 3 grands chantiers.
l’entrée de la rivière, où sont installés les chantiers nautiques de Cairns
Deux d’entre eux sont clairement sur-dimensionnés pour nous lever : ils disposent pour sortir les bateaux de slipways jusqu’à 3500t, adaptés pour des navires de 50 à 100M et pesant jusqu’à 3500t …. (à titre de comparaison, Moby mesure 15m et pèse 12 tonnes….)
la cale du chantier BSE
Ce qu’il nous faut c’est un travel-lift, sorte d’ascenseur à bateau ; c’est l’idéal pour les catamarans comme nous, et le seul chantier à en avoir un à notre taille, c’est Norship.
le travel-Lift de Norship
Loïc leur arrache péniblement un créneau de levage le vendredi qui suit notre arrivée : le chantier est situé dans un bras de rivière, et comme le marnage est important en cette période de nouvelle lune, le travel-lift n’est opérationnel que 2h par jour, tôt le matin. Il nous reste donc à attendre 3 jours à la marina.
Pour être honnête, nous sommes plutôt bien tombés en ayant choisi Cairns comme zone d’atterrissage! La marina est en coeur de ville. Nous découvrons une station balnéaire touristique franchement sympathique, dotée d’infrastructures urbaines et touristiques géniales : une très grande promenade arborée de 5km longe la ville, parsemée à intervalles réguliers d’activités pour petits et grands :
promenade arborée
La plus incroyable est cette piscine-lagon en pleine ville! C’est une piscine d’eau de mer (l’eau est pompée du Trinity Water Inlet), mais c’est aussi une plage (avec du vrai sable sur les berges et au fond), où les enfants peuvent jouer et s’asperger comme à la plage, et les grands faire des longueur, et profiter du plein air
la piscine « Lagoon » du centre vile de Cairns
la vue sur la mer au soleil couchant offre une belle perspective.
soleil couchant sur la piscine « lagoon »la plage de Cairns à grande marée basse
Il faut dire que le bord de mer n’est pas vraiment praticable, c’est une vasière-mangrove qui découvre à marée basse,
le front de mer, et la Marina en arrière plan
et peuplée potentiellement de méduses dangereuse en été (les mortelles Box Jellyfishes et les Irukandji…), et de crocodiles d’eau de mer toute l’année : ces géants carnassiers font partie des prédateurs les plus rapides et dangereux pour l’homme, mais soyons rassurés, il est rarissime de les retrouver en pleine ville, préférant les estuaires et les méandres des fleuves.
Il y a aussi ces pistes cyclables qui longent toute la ville, accessibles aux trottinettes et aux skate-boards.
pistes cyclable du front de mer
Le soir, les éclairages mettent en valeur la végétation. Habitants et touristes investissent en soirée les parcs, aires de picnic et de barbecue. C’est très populaire en effet de manger dehors, et le climat tropical participe de beaucoup à ce style de vie de plein air.
aire publique de BBQ
Le week-end, de nombreux groupe pic-niquent sous les arbres pour fêter un anniversaire, se regrouper en famille ou au sein d’un club sportif.
des tables de pic-nic tous les 100m
Beaucoup de sportifs aussi sur le front de mer : qui courrent, font du vélo, mais aussi du yoga, de la gym, des étirements…
Salle de gym en plein air
En plus de tout cela, des restaurants, cafés, une incroyable concentration de marchands de glace et des aires de jeu particulièrement bien pensées :
Air de jeu de Muddy’s
Le « FigTree », cabane dans un véritable arbre
le skate park
la trotinette
Le Muddy’s water playgroundLes enfants sont aux anges, ca leur change des îles!
Autre curiosité sympa de la marina : au bout de notre ponton, un ancien petit bateau de pêche reconverti en resto/take-away : des fruits de mers, simplement cuits à l’étuve come on les aime et ultra-frais bien sûr : crabe, langouste, crevettes, huitres….Mon papa serait leur meilleur client! Nous ce qu’on préfère, ce sont les crevettes, que l’on ramène à bord pour faire des pâtes aux fruits de mer, des salades aux crevettes, des poélées , des flambées….
Le lendemain, nous partons en ville acheter des cartes téléphoniques locales. Nous découvrons beaucoup d’espaces verts et de lieux ombragés. Et encore tout plein de place pour les engins à roulette. Nous décidons d’investir dans des trotinettes pour Arthur et Anna, et un skate pour Victor. Ils vont avoir 2 semaines devant eux pour s’entrainer et pratiquer les sports urbains de glisse.
Nous sortons Moby de l’eau vendredi matin, sur le travel-lift.
A l’entrée de la rivière, il nous faut patienter, car un gros navire sort de chantier et nous devons le laisser manoeuvrer.
Une grosse unité en effet.
Nous sommes très impatients de voir les dégats.
sortie sur le travel-lift
Ca y est, Moby est sorti de l’eau.
Finalement, il n’y a aucun impact ni fissure sur la coque.
inspection de la coque babord
Ouf, cela veut dire qu’il n’y a pas de dommage structurel. Il semble que la bille de bois ait glissé sous la coque, puis tapé le skeg, qui sous la force a cédé, puis touché l’embase du moteur, soulevant dans un mouvement vertical le chassis du moteur, qui s’est décollé partiellement, laissant l’eau rentrer.
Pour réparer, l’équipe du chantier nous a indiqué sa procédure :
Il faudra d’abord enlever le moteur et le sail-drive-c’est la première grosse partie du travail, effectuée par un motoriste.
Ensuite, c’est le travail de fibre qui commence : d’abord enlever le bati moteur, préparer les surfaces, stratifier, enduire, poncer…
Pendant les travaux, Loïc passe de longues heures au chantier pour surveiller et coordonner les travaux.
le port du casque et du gilet est obligatoire! on ne plaisante pas avec la prévention..
Il nous faudra compter encore une à deux semaine d’immobilisation de Moby ces étapes étant réalisées les unes après les autres, et demandant du séchage- nous croisons les doigts pour que le temps reste sec.
Moby sur son ber
Comme nous ne pouvons pas rester vivre à bord- ce chantier n’autorise pas la présence d’enfants sur la chantier… il nous faut louer un appartement…
Je me met donc en recherche d’un logement. Ca n’est pas très difficile, car Cairns est un lieu éminement touristique : la porte d’entrée vers la Grande barrière de Corail, mais également vers les forêts tropicales du Queensland : en effet le « Queensland Wet Forest » est classé au Partimoine Mondial de l’Unesco, c’est l’une des plus ancienne forêts tropicales du monde, datant de plusieurs dizaines de millions d’années, antérieur en âge aux dinosaures et sans doute reminiscente du continent unique, le Gondwana. Son isolation du reste du monde en fait l’une des forêts la plus concentrée en plantes uniques et endémiques, comparable en cela aux forêts de Madagascar et de la Nouvelle-Calédonie.
C’est donc sans difficulté que nous nous trouvons un petit appart’ bien placé sur l’Esplanade, à 2 pas du centre ville, et à 5mn du skate park. Cela nous évite d’avoir à louer une voiture; Loïc pourra aller en vélo au chantier tous les matins, et avec les enfants, nous nous déplacerons à pied et à roulettes!
Nous nous offrons tout de même 2 jours de détente pendant le week-end , histoire de décompresser de cette semaine un peu stressante. Cap sur les Tablelands, à la rencontre des Wallabies!
Devant les étraves de Moby, plus de 2600 milles de navigation vers Kupang, dans la province du Timor Occidental, en Indonésie. Les prévisions météo sont bonnes pour la première semaine de mer et la traversée de la Mer de Corail vers le détroit de Torres. Depuis le passage de Donna en début de semaine, le temps s’est remis à un bon régime d’alizés, généré par un bel anticyclone sur la mer de Tasman. Du vent arrière donc, mais suffisament fort pour bien avancer en tirant des bords de grand largue vers notre but.
Photo satellite de la Mer de Corail la veille du départ. Donna s’évacue au sud-est et Ella, en route vers Vanuatu se comble lentement
Nous quittons Nouméa comme prévu à 9h du matin. Dans le grand lagon du sud de la Nouvelle Calédonie, le vent de sud-est forcit à mesure que nous nous éloignons de la côte. Nous glissons sur l’eau plate du lagon en direction de la passe de Dumbéa. Le lagon est superbe, avec ses nombreux ilôts, nous aurions bien aimé pouvoir rester quelques semaines de plus. Juste avant la passe, nous doublons de près un dugong, qui nous gratifie d’un fort battement de queue en guise d’au revoir.
Sortie du lagon en approchant de la passe de Dumbéa
Une fois en mer, l’alizé souffle à une vingtaine de noeuds et nous filons vers l’ouest, babord amure à 10 noeuds de vitesse. Le logiciel de routage prévoit une série d’empannages à intervalle assez régulier pour les 3-4 jours prochains. Pas d’options franche, mais plutôt rester assez proche de la route directe en zig-zagant afin de tirer au mieux parti des petites variations dans la direction du vent. Trois empannages donc, en ce premier après-midi de mer, histoire de reprendre les bonnes habitudes de manoeuvres.
Repos pour Bénédicte, en ce début de traverséeMoby (point bleu) prend un peu d’avance sur le routage (bateau vert) le point rouge représente un bateau allant en route directe
A la tombée de la nuit, le solent vient remplacer le code 0, Moby perd donc un peu de sa vitesse, mais la route est longue et le confort et la tranquilité sont une grande priorité la nuit.
Premier coucher de soleil de la traversée, la code 0 a laissé sa place au solent
Lundi 15 mai :
Le vent à bien mollit en milieu de nuit, au petit matin nous renvoyons le code 0 et larguons le ris dans la grand-voile. Le vent tourne tranquillement à l’est, ce qui nous permet de faire route directe. Vers midi, le vent forcit un peu et tourne nord-est. Le solent vient remplacer le code 0, puis une heure après, prise du 1° ris.
Premières 24h : moyenne honorable avec une belle pointe en surf
De nombreux grains apparaissent sur notre route, la masse nuageuse se soude en fin d’après midi. Un peu avant la nuit les grains nous encerclent, la pluie est violente, peut-être une des plus grosses averses rencontrée jusqu’ici. En revanche très peu de vent associé à ce grain, jamais plus de 15 noeuds, mais il tourne dans tous les sens, m’obligeant à régler les voiles en permanence. Pour moi, c’est la grosse douche du soir. Quand nous sortons de cette zone de grains, vers 20h, les réservoirs d’eau douce sont remplis et le bateau parfaitement rincé.
Grain en vueTemps à grainsPluie battante sous grainTrace des premières 48h
Mardi16 mai :
Le vent reste assez faible toute la nuit, environ une dizaine de noeuds, soit une bonne force Beaufort de moins que la prévision. Le ciel est nuageux, aussi nous préférons naviguer sous-toilé au cas où un grain ne nous surprenne dans la nuit noire. A 4h du matin, le ciel se dégage et le dernier quartier de lune nous rassure qu’il n’y a plus de grains autour. Le ris est donc largué et nous envoyons le gennaker. Quand le jour se lève, nous avons paré les récifs Nereus, haut-fonds de plus de 30 milles dont 12 affleurants.
Passage au nord de Chesterfield et Bampton reefs
Il n’y a plus de nuages, et le vent se renforce légèrement. Les conditions de navigations sont agréables, la mer qui était agitée depuis notre départ dimanche s’est maintenant calmée, tout l’équipage apprécie. Ce soir, sur notre route, se trouvent les récifs et les iles Chesterfield, il me faut donc anticiper dès le matin de quel coté nous les contournerons, car cette zone fait tout de même 70 milles de long et barre notre route directe. Après consultation des fichiers météo, il apparait que le contournement par le nord soit plus favorable, nous empannons donc à 11h pour faire route vers le nord des récifs Bampton.
En milieu d’après-midi, nouvel empannage pour parer ce que nous appelons le récif fantôme. Je m’explique : nous disposons de plusieurs sources pour la cartographie à bord. Les cartes électroniques des traceurs B&G sont d’origine Navionics, sur mon iPad je dispose de l’application iSailor, excellente et précise jusqu’ici, avec des cartes de Transas, filiale marine de Jeppesen, leader mondial de la cartographie electronique aviation et marine. Nous avons aussi les cartes papier du SHOM pour l’ensemble des routiers du voyage. Pour compléter ces 3 sources, une application iPad OvitalMap, sorte de GoogleEarth mais qui se consulte sans connection internet. Donc de ces 4 sources, 2 n’indiquent rien de plus qu’une sonde à 1474m (Transas et SHOM) et Navionics, en zoomant au maximum fait apparaitre un récif de 5 milles de long, et l’image sattellite d’OvitalMap, bien qu’avec une définition médiocre, semble montrer un ilot ou récif. Face à ces contradictions, je n’hésite pas un instant et laisse la zone douteuse à 10 milles dans notre Est. Les enfants sont déçus, ils se voyaient déjà découvrir une ile inconnue et y planter leur drapeau!
L’ile fantôme
L’ile fantôme
l’ile fantôme
C’est la journée des manoeuvres, encore 3 empannages à 16h30, 19h45 et 22h, puis le vent fraichissant prise du 1° ris à 22h30. Babord amure, nous parons la caye du nord-est de Bampton, la laissant à 5 milles dans notre sud peu avant minuit.
Trace de la journée du Mardi 16. Les récifs de la Mer de Corail à éviterCoucher du soleil du mardi 16 mai
Mercredi 17 mai :
De belles conditions pour la nuit, le bateau file à 150° du vent, parfaitement équilibré ; la lune, dont il ne reste qu’un croissant se lève vers 2h du matin et nous tient compagnie jusqu’au lever du soleil. Pour profiter d’une petite bascule du vent, nous empannons une fois de plus à 7h. Le vent forcit graduellement le matin et nous prenons le 2° ris dans la GV à 11h. Les milles défilent régulièrement et notre vitesse moyenne surface est d’un peu plus de 10 noeuds, avec un VMG de 8,3 ce qui nous donne nos 200 milles de gain sur la route par 24h. Tout cela sans forcer et dans le plus grand confort. Un empannage de plus à 14h, c’est le 9° depuis notre départ de Nouméa.
Le gennaker est déporté sur l’étave au vent permettant de gagner un peu de VMGLa nuit arrive- mercredi 17 mai
Un peu avant minuit nous passons au sud du récif Mellish, petit atoll de 6 milles orienté nord-sud et le dernier directement sur notre route avant l’entrée du détroit de Torres. Nous pouvons donc à nouveau empanner et profitons d’un passage du vent à l’est pour faire route directe vers Torres, tribord amure.
Jeudi 18 mai :
Les conditions sont optimales. Pour la première fois depuis le départ, l’orientation du vent nous permet d’être en route directe vers le phare d’East Cay, qui balise l’entrée Est du passage du détroit de Torres. Pas une manoeuvre de toute la journée. Seul l’état de la mer a changé au fil des heures, conformément aux prévisions, nous subissons une houle d’est, qui a été générée par la tempête tropicale Ella, qui est passé au nord des Fiji puis à fait route à l’ouest pour s’éteindre au nord des Vanuatu il y a 2 jours. Nous avons aussi croisé 2 cargos en provenance du Japon qui faisaient route vers Brisbane. Il faut attendre 20h et un vent fraichissant pour que nous décidions d’affaler le gennaker et le remplacer par le solent pour la nuit. Sous 2 ris et solent, nous serons un peu sous-toilé pour la nuit, mais le gain en confort le justifie bien.
GV 2 ris, GennakerTribord amure, gennaker déportéSunset le 18 mai
Vendredi 19 mai :
Le vent est resté soutenu toute la nuit, puis a molli au matin, avec une mer toujours un peu confuse. En mollissant, le vent est revenu au sud-est. Le 2°ris a donc été largué, puis nous avons renvoyé le gennaker à 8h.
Temps à grains dans l’alizé
A 11h, le premier ris est largué, puis nous empannons à 14h car le retour du vent au sud-est nous permet de mieux gagner sur la route en étant babord amure. Dans l’après-midi, le vent mollit encore un peu et le ciel se couvre. Quelques grains apparaissent au nord, mais ne semblent pas très actifs. Il faut attendre 20h pour que le vent reviennent franchement. Tout comme la veille, nous réduisons la toile. D’abord le solent pour remplacer le gennaker, 1° ris puis le 2° une heure après, nous voilà en mode safe pour éviter d’autres maneuvres de voile en cours de nuit.
Samedi 20 mai :
Nous n’avons pas regretté l’anticipation de réduction de voilure, car durant la nuit le vent est monté à plus de 25 noeuds à 2 reprises, lors de passages de grains. Entre ces grains nous étions certes sous-toilé, mais la vitesse n’est jamais descendue sous 7 noeuds, pas de quoi se plaindre, d’autant plus que la direction du vent permettait d’être assez proche de notre route. Vers 5h du matin, le vent bascule suffisament pour justifier d’empanner, puis comme il mollit, nous larguons les ris et remettons le gennaker. La baisse du vent continue pour passer entre 8 et 10 noeuds à partir de 11h. L’état de la mer ne s’est en revanche pas arrangé, ce qui nous oblige à naviguer à 120°-130° du vent au lieu des 150° habituels, afin de maintenir assez de pression dans les voiles et éviter qu’elles ne déventent, pénalisant la vitesse et source d’usure du gréement.
Nous sommes tribord amure et faisons route au 340°. Les côtes de la Papouasie-Nouvelle Guinée sont à 130 nautiques devant. D’après le routage émanant des dernières prévisions météo, la route à temps optimal nous ferait poursuivre sur ce bord jusqu’à proximité des côtes de PNG, pour empanner en milieu de nuit et faire route vers l’ouest le long des côtes de Papouasie.
Ce routage ne représente que 2 heures de gain sur les 36h de mer qu’il nous reste avant le détroit de Torres. En revanche, il nous ferait naviguer de nuit, sans lune ou presque, à proximité des côtes de PNG, potentiellement fréquentées d’embarquations de pêche locale, pirogues mal ou pas éclairées et ne disposant certainement pas d’AIS. Je décide donc d’empanner et faire route vers l’ouest à partir de midi. Ainsi nous resterons au moins à 100 milles des côtes et limiterons ainsi les risques liés à ces traffics de bateaux de pêche et aux nombreux cargos venant de l’est et allant vers le détroit de Torres.
L’après-midi est tranquille, la mer a tendance à se calmer, et bien que le vent soit toujours inférieur à 10 noeuds, nous progressons gentillement entre 6 et 7 noeuds.
16h20, c’est l’heure du thé, que nous prenons dans le cockpit. Le soleil est déjà assez bas sur l’horizon en ce début d’hiver austral, quand soudain nous entendons un bruit surprenant assez difficile à définir. Cela ressemble un peu au bruit que peut faire une crête de vague contre le dessous de la nacelle lorsque le bateau est lancé à grande vitesse, mais ça ne peut être le cas car nous sommes à moins de 7 noeuds. Nous pensons donc de suite à une collision avec un OFNI. Nous regardons derrière dans notre sillage. Rien dans un premier temps, puis au bout de quelques secondes, peut-etre 15 ou 20s après le choc, nous apercevons un objet blanchatre qui apparait rectangulaire à un peu plus de 50m derrière nous. Est-ce ce que nous venons de heurter, ou cela est-il un morceau du bateau? Impossible à dire!
Je décide de rouler le gennaker et de faire demi-tour pour aller voir et éventuellement récuperer cet objet flottant. Comme pour une manoeuvre d’homme à la mer, nous manoeuvrons vite. Arthur, avec ses jumelles, est chargé de ne pas quitter l’objet des yeux. Les moteurs sont mis en route sans être embrayé avant que Bénédicte et Victor ne se soient assuré qu’aucun bout ne traine dans l’eau. Je loffe, puis effectue le virement de bord qui nous permet de faire route vers l’objet flottant. Cela nous a pris moins de 2 minutes pour faire demi-tour. Nous approchons ensuite prudemment de l’endroit de la collision. A une longueur de bateau, nous identifions l’objet flottant blanc, il s’agit d’un de nos skegs de protection, appendice placé devant l’embase du moteur et chargé de le protéger. Nous apercevons aussi à moins de 20m du skeg, 2 billes de bois de près d’un mètre de diamètre, faisant l’une 5m et l’autre 8m environ, qui sont à l’origine de la collision.
trace de la manoeuvre de récupération du skeg
Je positionne le bateau au mieux afin de récupérer le skeg à partir de la jupe arrière tribord. Bénédicte et Victor sont à la récupération dans la jupe, avec gaffe et bout. Arthur à l’avant surveille les billes de bois qui sont très proches des étraves et m’informe de leur distance. Elles flottent entre deux eaux, affleurant à peine à la surface. Le skeg échappe une première fois des mains de Bénédicte; je me repositionne et la seconde tentative est la bonne. Le skeg est à bord. Nous nous éloignons vite des billes de bois et remettons le cap à l’ouest.
Récupération du skeg, les billes de bois se distinguent à peine
Récupération du skeg, les billes de bois se distinguent un peu plus loin
OFI : Objet flottant Identifié, 2 billes de bois entre 5 et 8m de long
La priorité est à l’évaluation des dommages. Les cales sont inspectées. Pas d’eau dans la partie centrale des coques. Reste à inspecter les cales moteurs situées à l’arrière et dont l’accès se fait par un capot dans la jupe. Les moteurs ont été éteints après la manoeuvre. Je commence par le coté babord, car il nous a semblé que c’était le côté touché. Effectivement, en ouvrant le capot, je vois une vingtaine de centimètres d’eau dans la cale. La pompe de cale semble étaler car le niveau ne semble pas monter. Je descends dans la cale, cherche du regard l’entrée d’eau. Puis je passe la main à l’endoit où des remous me semblent indiquer la source de la fuite et découvre ce qui ressemble à une fissure ou un décollement sur le coté gauche et l’avant du bâti moteur. L’entrée d’eau, que j’évalue à 3-4 litres par minute est bien étalée par la pompe de cale mais je décide de tenter de la colmater avec du mastic époxy à prise rapide, même dans l’eau. Une fois la pâte préparée, je l’étale au mieux le long de la fissure. L’effet est assez miraculeux, en 5 minutes je pense avoir réduit la fuite aux 3/4. Seul un endroit situé sous le support de l’échappement moteur ne m’est pas accessible.
Partie visible de la fissure d’où rentre l’eau
Pour l’heure je suis satisfait, la situation n’est pas critique du point de vue de la navigabilité, dans le pire des cas, si la brèche visible venait à s’élargir et que la pompe de cale n’étalait pas, le niveau ne monterait pas à plus de 30 ou 40cm car la cale moteur est parfaitement étanche dans toute sa partie inférieure.
Je renonce à une inspection sous marine de la coque, car les conditions ne permettraient pas de le faire en toute sécurité. Je fait le bilan de la situation, car il va falloir prendre une décision pour la suite. C’est donc le moment d’appliquer la petite matrice décisionnelle dont j’avais l’habitude dans mon métier et qui a tout autant sa place en mer que dans l’air: FORDEC ( Facts-Options-Risks/Rewards-Decision-Execution-Crosscheck). J’ai copié collé ci-dessous le détail de cette matrice pour ceux que ça intéresse, car elle s’applique très bien à toute prise de décision quel que soit le domaine.
FORDEC is an acronym for decision making. It is the model used by the EU/EASA/JAR NOTECHS (non-technicals) Behaviour Marker CRM Skills measurement system and is required to be assessed during recurrent simulator training (LPC/OPC) as part of CRM.
F – Facts (what is the problem) O – Options (hold, divert, immediate landing etc.) R – Risks/(Benefits sometimes included) (what is the downside of each option, what is the upside, i.e. a runway may be further away but is longer) D – Decide (which option) E – Execute (carry out selected option) C – Check (did everything work/go to plan, what else needs to be done)
Facts is the first step to solve a problem or make a decision. It is necessary to find out what is has happened, what is wrong (i.e. define the problem) and if possible what causes it. Often an aircraft’s computers (EICAS – Boeing, ECAM – Airbus) will diagnose the fault but it is important to confirm and to avoid “confirmation bias”. The Facts stage involves determining and confirming the problem.
Options is determining what choices you have given the problem and circumstances. Not all faults are urgent or require immediate action. If action is required, such as a diversion there may be choices in airfields such as one where there is engineering or company support, length of runway given the fault(s).
Risks is assessing the potential downsides and benefits of each viable option. Often there are several choices available and there needs to be a reasonable decision made. This is normally associated with airport and runway choice but there are other scenarios as well. Even the act of diverting requires risk assessment and it may be less risk adverse to continue (short runways, bad weather etc.) When all options are equally safe, an airport with maintenance or company support has greater benefit.
Decide is choosing the best option available to you. In a modern cockpit environment this should be discussed with both crew members.
Execution is carrying out the appropriate action and to assign tasks to people who are to execute them.
Check is a constant process, not solely when the actions are complete. It is needed to ensure that everything is proceeding according to plan, and the desired safe outcome is likely. If this is not the case the process can be started again to fact check what has changed or what is not working and then adapt as necessary. There is also time critical FORDEC and non-time critical FORDEC. The difference is when evaluating the risks and benefits you are looking for the best option with no time constraints. When you have time constraints you need to choose the quickest suitable option, which may not be the most desirable.
Donc dans le cas qui nous concerne, voici l’aperçu de la situation:
Facts : Voie d’eau, maitrisée mais pas complètement colmatée-Skeg arraché-La sécurité ne semble pas en jeu mais une inspection approfondie est indispensable dans les meilleurs délais.
Option 1 déroutement vers Cairns
Option 2 déroutement vers Thursday Island
Risks / Rewards
1-Déroutement vers Cairns, Australie (+)Port le plus proche (320NM) ayant les infrastructures pour sortir Moby de l’eau et des pros à même d’effectuer un grand nombre de réparations. (-) C’est du près serré pour rejoindre Cairns dans un alizé modéré à fort et de la mer.
2-Continuer vers le détroit de Torres et relacher à Thursday Island afin d’inspecter la coque en plongée. (+) C’est sur notre route à 380NM mais au portant pour y aller. (+) Si une réparation provisoire est possible nous pourrons continuer vers l’Océan Indien et sortir de l’eau aux Seychelles ou à Maurice(-) Si une sortie de l’eau s’impose, il nous faudra soit faire route vers Cairns (420NM au louvoyage) ou Darwin (700NM au portant mais avec des infrastructures bien plus limitées)
Decision
Les options ne sont pas nombreuses, et afin de minimiser les risques, le déroutement sur Cairns semble la meilleure. J’appelle par téléphone nos amis américains Dave et Gudrun sur le catamaran Cool Runnings, qui se trouvent en ce moment à Thursday Island. J’expose les faits à Dave et lui demande de rechercher sur internet des compléments d’infos sur les infrastructures dont dispose la cote nord de l’Australie. Il me rappelle moins de trente minutes plus tard et me confirme que Cairns est le port le plus proche avec les services requis. Darwin est très mal équipé et ensuite il n’y a simplement plus rien! Nous décidons donc de faire route sur Cairns.
Execute
La route vers Cairns est au 210° et le vent est au 150°. Cela n’est pas si mal, si le vent se maintient en direction le près ne sera pas trop serré, à 60° du vent. Pour ce qui est de sa force, la prévision de renforcement du vent en soirée de samedi se confirme, et le changement de cap de 90° a pour effet immédiat d’augmenter considérablement le vent apparent qui passe à une vingtaine de noeuds. Je prends un ris initialement, puis ne tarde pas à prendre le 2° ris quelques minutes plus tard. Nous avançons bien, en revanche, nous avons beaucoup perdu en confort. Il va falloir faire avec.
Après m’être bien occupé du bateau vient le temps de la communication : j’appelle par téléphone satellite le MRCC (Maritime Rescue Coordination Centre) de Brisbane pour les mettre simplement au courant de notre avarie, leur signaler que tout va bien à bord et que nous faisons route vers Cairns avec une ETA lundi matin. Nous convenons d’un compte-rendu de position et situation toutes les 12h, par liaison satellite. Je rentre également en contact avec le Border control, les Services des Douanes et Immigration d’Australie pour leur signifier notre arrivée. Heureusement, je les avais déjà notifié de notre transit dans les eaux territoriales australiennes avant de partir de Nouméa, ce qui me simplifie grandement la tâche. Nous passons aussi un coup de téléphone à la famille, pour les informer mais surtout les rassurer car notre changement de trajectoire, qu’ils verront bientôt via le tracking sattellite, ne leur passera pas inaperçu. Enfin un e-mail à notre assureur, pour l’informer au plus tôt, car nous aimerions bien sûr que les réparations se fassent dans les meilleurs délais.
Il est presque 20h dimanche lorsque je prends le temps de soufler un peu. Depuis la survenue de l’avarie, je suis allé inspecter la cale moteur une dizaine de fois, tout va bien, la pompe de cale étale parfaitement. Nous avons déjà fait 25NM et il nous reste 275NM pour rejoindre le Grafton Passage, passe dans la grande Barrière de Corail qui conduit à Cairns ; il restera ensuite 30 milles à faire à l’intérieur de la Grande Barrière pour rejoindre le port.
Dimanche 21 mai :
Le vent à forci sensiblement dans la nuit, j’ai donc réduit la surface du solent en le roulant de 3 tours. Comme toujours en navigation au près sur un catamaran comme Moby, le jeu consiste à maintenir la vitesse qui donne le passage le plus doux et confortable dans les vagues. En général entre 8 et 9 noeuds, le passage dans la mer se fait bien, au delà on prend le risque de taper assez fort en retombant dans les creux, ça tire sur le bateau et c’est inconfortable, donc on ralentit. Le pilote automatique fait son travail à merveille, dans les conditions de la nuit, il est réglé sur un maintien de l’angle de vent apparent à 43°, cela nous permet de gagner quelques degrés au vent de la route directe, sans aller moins vite que la mer ne le permet, ce sera toujours ça de pris si le vent se met à refuser plus tard.
Les conditions restent stables au cours de la journée, notre vitesse sur le fond n’est jamais inférieure à 8 noeuds. Les milles défilent, c’est bon pour le moral du bord. Bénédicte et moi sommes bien sûr déçus de voir notre programme contrarié après 2200 milles sans soucis, mais nous nous disons que cela fait un peu partie de l’aventure. Décue aussi de devoir dire à son frère de faire machine arrière et de ne pas réserver son billet vers l’Indonésie : les 3 semaines que nous avions prévues pour explorer le chapelet d’îles entre Florès et Bali sont fortement compromises. Les enfants, d’une bonne humeur inébranlable sont contents de faire escale en Australie, à l’idée de voir des kangourous et autre crocodiles de mer.
En route vers Cairns contre l’alizé- Plus que 130NM avant d’arriver au but!Dernier coucher de soleil sur cette traversée
Vers 20h, nous passons au vent du minuscule atoll Bougainville reef, dont nous voyons bien le feu à éclats blancs. A 21h30 le vent forcit de quelques noeuds, dans les rafales le vent apparent approche 30 noeuds, nous prenons donc le troisième ris, ce qui n’a aucune conséquence sur la vitesse et améliore le confort, tout en soulageant les efforts sur le gréement.
Vendredi 19, Samedi 20 Dimanche 21 et arrivée Lundi 22 mai
Lundi 22 mai :
L’augmentation de la force du vent n’aura été que de courte de durée, vers 2h du matin le vent est revenu à 20 noeuds, mais nous attendons le lever du jour pour larguer le 3° ris. A 7h30, nous apercevons la tour phare batie sur l’Euston reef, balisant l’est du Grafton Passage.
J’appelle la marina, les douanes et l’immigration, le MRCC pour leur donner une ETA précise. Je me donne un peu de marge et leur dis que nous accosterons à 13h30. Autant laisser à chacun sa pose déjeuner, et cela nous permettra de mettre le bateau en ordre avant l’arrivée.
Nous pénétrons à l’intérieur de la Grande barrière de Corail à 8h, la houle d’Est s’estompe, en revanche, sous l’effet des forts courants, la mer est incroyablement hachée. Le vent refuse franchement et nous nous retrouvons au près serré pour parer Green Island, spot de plongée très réputé. Ensuite nous pourrons laisser porter vers Cairns.
Sur l’AIS apparaissent des dizaines de cibles, c’est l’armada de bateaux de charters de plongée partant à la journée sur la Grande Barrière de Corail. Le développement de cette industrie touristique est impressionnante, je crois que nous n’avons encore jamais vu ça!
Après avoir contourné Green island, nous faisons route vers Mission Bay, située à 5 milles du port de Cairns. Nous affalons les voiles et mettons de l’ordre dans le bateau. Je rince même tout le cockpit à l’eau douce, car ces 2 jours de près dans l’alizé ont apponté leur dose de sel. Nous déjeunons rapidement et nous nous engageons dans l’étroit chenal d’accès au port de Cairns.
Le Cap GraftonArrivée dans le chenal d’entrée de CairnsChenal de Cairns
Nous accostons exactement à l’heure prévue, avec un excellent service de la marina pour nous prendre les amarres. Les services des douanes, immigration et quarantaine sont là. Les formalités se passent vite et bien, il y a certes beaucoup de paperasse, mais ils sont très pros et en moins d’une heure tout est réglé.
C’est maintenant que va commencer un nouveau challenge : organiser la sortie de l’eau, l’expertise et les réparations dans les meilleurs délais.
C’est à Whangarei que nous avons décidé de sortir Moby de l’eau pour effectuer l’entretien annuel : antifouling, révision du gréement et des moteurs, et tout un tas de petits travaux d’entretien plus faciles à faire à sec qu’en mer.
Déjà un an que Moby a quitté la Grande Motte, et bientôt un an que j’ai rejoint le bord avec les enfants à Lanzarote….Une année riche en aventures, où les enfants ont incroyablement grandi, gagné en maturité et autonomie, en indépendance et sociabilité. Et où Loïc et moi avons beaucoup appris aussi, gagnant en compétance, et en assurance au fur et à mesure des expériences gagnées : nouveaux pays, nouveaux mouillages, nouvelles rencontres : à chaque fois il faut s’adapter.
Nous avons sélectionné le chantier il y a un mois déjà, lors de notre passage à Whangarei. Il nous avait séduit par son imposant travel-lift, ses prix de sortie de l’eau attractifs, la propreté du chantier, son cadre tranquille, des champs d’un côté, la rivière de l’autre, mais à quelques minutes en voiture d’une petite ville fort bien achalandée en ship-chandlers, professionnels du nautisme et boutiques en tous genres.
Les équipement pour la vie à terre nous avaient aussi semblé intéressants : une grande salle à manger/salon télé, une immense cuisine avec 2 frigos américains, un bureau, un coin BBQ, une lingerie, des vélos, une voiture de courtoisie à se partager…
Car une fois au sec, Moby n’a plus l’eau courante, ni de frigo (refroidissement à l’eau de mer), plus de toilettes, de douche, d’évier etc….
Notre sortie n’est prévue qu’à 13h, mais nous arrivons tôt le matin, ce qui nous permet d’assister à la sortie de l’eau d’un voilier : c’est toujours utile de voir l’opération de loin.
Les enfants sont eux aussi impressionnés.
Arthur suit les opérations avec attention
en moins de 20mn, ce monocoque est sorti de l’eau
Après le déjeuner, c’est au tour de Moby. Nous avancons vers le travel -lift, les 2 sangles sont glissées sous les coques. Loïc plonge sous les coques pour vérifier qu’elle passent bien aux bons endroit, et donne son feu vert pour la sortie de l’eau!
En 15mn, l’opération est rondement menée : Moby est sanglé et avance sur des roulettes! Il part se faire nettoyer la coque au karcher. Comme c’est la fin de la journée, l’équipe n’aura pas le temps de nous caler à terre : nous passons donc la nuit dans les sangles, et partons dîner au resto fêter cela!
Je teste des moules à la bisque de homard : elles sont énormes! Pas loin de 15cm chacune, charnues et plutôt croquantes. Loïc tente un risotto de fruits de mer et se régale tout autant.Le lendemain, le marathon commence : il faut courir après les entreprises pour obtenir des devis, une intervention, un conseil. Au final, nous décidons de faire réaliser l’antifouling et la révision du gréement : Loïc fera le reste!
Il travaille 10h par jour s’arrêtant à peine pour déjeuner :
les whinchs sont démontés, nettoyés et graissés
idem pour les hélices,
les moteurs révisés, vidangés, les filtres changés
entretien du guindeau, nettoyage de la chaine
nettoyage en grand de l’annexe
plus de nombreuses petites choses à réparer, bricoler, améliorer.
Les préparatifs pour l’antifouling commencent. Moby est mis sous bache
Une couche de primer est passéePuis l’antifouling
De mon côté, ce n’est pas des vacances non plus… J’assure l’école tous les matins,
Anna travaille les notions de grandeur avec les barettes Cuisenaire « en escalier » et la notion de symétrie « miroir » avec les Attrimaths
Sans oublier les repas et l’avitaillement bien sûr, et me suis donné pour tâche le nettoyage en grand de chacune des 4 cabines : je vide tout, y compris le stockage sous les lits, le nettoyage des bibliothèques, matelas, vaigrages, portes, charnières, ventilos, intérieur des placards etc….Tous est lessivé et passé au vinaigre, merveilleux produit qui nettoie, fait briller, tue les moisissures, et favorise le séchage!
A bord de Moby, très peu de produits sont nécessaires : du savon noir, du vinaigre, une batterie de lingettes microfibres, des « éponges magiques », des brosses de toutes tailles, goupillons, baguettes en bois et lames en plastique pour les recoins et c’est tout!
Dans les temps morts, c’est moi aussi qui effectue en voiture ou en vélo les petites courses. J’ai en tête également que dans 2 mois, nous quitterons la Nouvelle-Zélande pour 8 mois de navigation dans de petites îles de l’Océan Indien : il me faut donc profiter de la voiture de courtoisie pour me ravitailler ici en pharmacie, papeterie, fournitures scolaires, articles de bricolages, vêtements (les enfants ca grandit!!) etc…
Chacun leur tour, les enfants m’accompagnent. Ici Arthur, rêveur devant cette règle de 1m de haut!!
Nous passons également quelques soirées « administratives » à organiser notre visa long séjour en Nouvelle-Zélande, et une autre à préparer le renouvellement des 3 passeports des enfants, en prévision de la suite du voyage. Le process de renouvellement étant de 4 à 6 semaine, notre escale en Nouvelle-Zélande est donc l’endroit idéal.
Notre vie au sec s’organise. En dehors des temps d’école et de nettoyage/bricolage, nous passons pas mal de temps dans la « recreational Area », avec les autres équipages. En tout une vingtaine de bateaux au sec dans ce chantier, et environ 5-6 familles ou couples vivant et travaillant sur leurs bateaux, partageant la cuisine et les repas. Cela crée une ambiance multi-culturelle très sympa :
Owen et Stewart, un couple de neo-zélandais d’Auckland qui rénovent leur ancien motoyacht de 80 ans, tout en bois,
Tatiana et Mike, jeune couple americano-brésilien contraint au repos forcé pour cause de sciatique,
Christine et Franck, un couple d’allemands, qui refont tous les vernis de leur joli sloop cinquantenaire, Shangri-La,
Karen et Craig, avec leurs enfants Freya 11 ans et Blake 7 ans, une famille de néozélandais qui retapent un cata de plus de 20 ans acheté à l’état d’épave, et vivent depuis 4 ans à l’année dessus : il est architecte naval et elle est architecte, ils passent leurs étés en chantier ou dans des mouillages, et leurs hivers à la marina de Gulf Harbour, dans la péninsule de Whangaparoa
Yves et Pascale, avec leurs enfants Lucille 17 ans et Simon, 14 ans, francais d’Arcachon naviguant sur un Outremer 49, modèle précédent le notre.
Les deux Outremers au sec!
Samedi matin, je vais avec Anna au marché. Les produits sont presque tous bio car les néo-zélandais sont très préoccupés par leur santé alimentaire : ils ont là-dessus 20 ans d’avance sur nous les français! Les légumes sont superbes, et la diversité des origines de peuplement des néo-zéalndais et la qualité du climat en font des étals d’une variété incroyables.
on y trouve bien sûr tous les fruits d’été : prunes, myrtilles, melons,
mais aussi quelques produits tropicaux qui poussent grace à la douceur du climat quasi-méditerranéen : le kumara (patate douce importée par les prmiers habitants polynésiens il y a 10 siècle), des avocats, du taro, de l’igname, et même des bananes!
tous les légumes asiatiques, bokchoy, petsai, chou chinois, pousses de bambou, épinards vietnamiens…et certains produits typiquement indiens comme la margoze ou l’aubergine blanche
et bien sûr toutes ces plantes « santé » à la mode en ce moment : le kale (sorte de légume-feuille entre le chou frisé pour le look et le brocoli pour le goût), le broccolini (brocoli à longues tiges et fins bouquets) des algues, le miel de Manuka (myrthe sauvage aux vertus antiseptiques et anti-inflammatoires)
Cela nous nous empêche pas Anna et moi de nous délecter d’un très gras et donc croustillant croissant au beurre….et de sourire avec gourmandise devant la roulotte de cette authentique crêpière bretonne, mariée à un néo-zélandais! Décidément, ils sont partout, ces bretons!
Intéressant aussi, ce marchant de plantes épiphytes. Je suis tentée d’en prendre une, l’anniversaire d’Arthur n’est pas loin, il serait ravi! Mais la règle est stricte à bord de Moby : pour limiter les petites bêtes, pas de plantes à bord. Dommage, celles-ci avaient fière allure.
L’après-midi, les enfants jouent dans la salle commune. Ils se spécialisent dans la fabrication d’avions en papier. Dimanche, nous nous autorisons à prendre un après-midi pour aller à la plage! Nous rejoignons Karen, Craig, Blake et Freya, avec les bodyboards et les skim.
Karen
Freya et BlakeCraig
Nous avons 45mn de route pour rejoindre la plage d’Ocean Beach, réputée pour ses vagues et ses dunes.
Nous n’avons pas l’habitude de plages si fréquentées : il y a un club de surf local, et même des coast gards qui surveillent la baignade!
Oh, surprise, Christine et Franck nous rejoignent à la plage… avec de la glace! ice-cream pour tout le monde!
Loïc fait du bodysurf,
Moi du body board
Tout comme Anna
et Arthur
Victor alterne body board…
et skimboard
Les enfants s’éclatent pendant des heures, les mamans aussi!
C’est bon la glisse entre filles!
C’est aussi génial à partager avec son ado!
Victor initie Blake au skimboard.
La planche est un peu lourde pour Blake
Victor lui lance la planche, et Blake saute dessus,
avec succès!
Arthur et Anna se réchauffent au soleil en jouant dans le sable.
19h, il est temps de rentrer, car la journée de demain sera bien longue!
Il nous reste 3 jours pour terminer de préparer Moby! L’antifouling est terminé.
Pendant ce temps, les enfants continuent l’école le matin, et les jeux l’après-midi. Depuis quelques jours, il nous trotte dans la tête à Karen et à moi de faire un atelier de travail en commun avec les 5 enfants. En effet, Karen elle aussi fait l’école à la maison-ou plutôt en bateau! Ce que l’on appelle en anglais le « home-schooling ». Nous avons déjà eu l’occasion d’échanger sur nos méthodes, chacune peu désormais s’inspirer de l’autre.
Le thème d’aujoud’hui sera la Nouvelle-Zélande!
Karen a préparé tout un tas de petits éléments à découper et compléter sur le thème de la Nouvelle-Zélande, sous forme de « scrapbooking » dans des «folders ».
Je suis contente d’être initiée à cette technique de présentation de projets. C’est un dossier cartonné, plié en deux, avec une jolie page de garde coupée dans son milieu = pour ce projet-ci, il s’agit d’une carte de la Nouvelle-Zélande.
A l’intérieur, on colle des petites pochettes, que l’on remplit avec des infos, un drapeau, des données sur le pays. Chaque dépliant est personalisé, et unique!
Au bout d’une heure, les plus jeunes se lassent et commencent à s’agiter. Il est temps de passer au bricolage!
Nous optons pour la fabrication de balles de Poi : ce sont des boules que l’on fait tourner au bout de cordelettes élastiques, lors de danses maories, un peu à la manière des majorettes de chez nous, à mi-chemin entre la danse, le jonglage et les percussions !
La fabrication est presque terminée…C’est parti pour les essais : répétition générale!
Prêts pour le spectacle!
Le lendemain, nous participons à un « Pot-luck » (traduire : « à la fortune du pot »), tradition anglo-saxonne assez sympa connue aussi sous le nom de «bring and share», où l’on se retrouve dans un endroit donné en groupe, chacun apporte à manger, et on partage, façon « buffet ».
C’est en plus l’anniversaire de Craig, qui fête ses 49 ans : c’est buffet de desserts !
Au menu : salade de potiron au lait de coco, plat traditionnel bresilien, authentique curry indien, salade de boeuf thaî, curry indien…. Pour l’occasion, j’ai fait des crêpes
Dernier dîner au chantier, nous nous disons au revoir, échangeons les coordonnées, et nous retrouverons un jour, qui sait?
Moby est prêt!
Il est remis à l’eau le jeudi matin, après 9 nuits et 8 jours au sec.
A 8h30, nous sommes à l’eau, il pleut des cordes, 30 noeuds de vent, quel contraste avec cette semaine ensoleillée que nous venons de passer.
Mais il nous tarde de retourner naviguer, cap vers l’île du SUD!